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Céline Bardet : "contre les violences sexuelles, il faut une approche holistique"


Clarisse Rosius
Vendredi 27 Septembre 2019





Céline Bardet est juriste internationale et fondatrice de l'association de lutte contre le viol comme arme de guerre We Are NOT Weapons Of War (WWoW). En mars, elle participait au colloque sur les violences sexuelles organisé par Women Safe au Sénat.


Source  Pixabay, image libre de droits
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Céline Bardet explique : "Il y a un retard général à l'échelle mondiale en matière de lutte contre les violences sexuelles. En Europe, il y a en plus une division entre les réponses apportées par des pays comme l'Espagne ou certains pays d'Europe du Nord, qui donnent des fonds aux associations d'expertise, et la France. En France, on fait face à un phénomène de burn-out militant : sous la présidence d'E. Macron, le gouvernement n'a pas alloué les financements nécessaires pour répondre à l'augmentation de plaintes suite au mouvement MeToo (+ 17 % pour les viols, + 20 % pour les agressions sexuelles). Le sujet est plus abordé mais les financements ne suivent pas. Les réponses fournies ne sont souvent pas les bonnes. Il est capital de déployer des solutions spécifiques pour ce type de violences. Il faut une approche holistique, un accompagnement global.Certaines associations comme Women Safe mettent déjà cela en oeuvre. Au niveau international, nous avons beaucoup à apprendre de certains pays - notamment en Afrique - qui ont mis en place des réponses holistiques depuis très longtemps."

Céline Bardet poursuit : "Il y a plein d'initiatives locales, parfois dans des endroits où on ne s'y attend pas. Dans certains villages au Kenya, des postes de police ont mis en place des permanences dans les hôpitaux. Les victimes n'ont pas à raconter plusieurs fois ce qu'elles ont vécu. C'est une réponse plus qu'efficace d'un point de vue judiciaire comme du point de vue de la victime : elle peut évacuer le moment difficile de la déposition sans se rendre au commissariat et être prise en charge psychologiquement plus rapidement. En RDC, en Guinée ou encore au Liban, des « gender police desks » existent depuis longtemps. Ce sont des postes de police spécialisés sur les violences de genre qui réunissent policiers, ONG et psychologues.

Ces mesures seraient très simples à mettre en oeuvre en France, je ne comprends pas pourquoi ce n'est toujours pas le cas. On a tendance à trop penser que la solution réside dans la formation. Ce n'est pas la solution. La bonne réponse est d'assurer la présence de tous les acteurs (juristes, psychologues, médecins) en un même lieu pour qu'ils puissent travailler ensemble et que les victimes, elles, ne se sentent pas seules.


Les ONG françaises souffrent d'un manque de compréhension du gouvernement sur le sujet et de la politique menée, qui se résume trop souvent à des actions de communication.C'est très grave. Il n'y a plus de dialogue entre Marlène Schiappa et les associations. Celles-ci sont réduites à la traque aux financements et ne peuvent plus faire leur travail, pourtant vital, d'accompagnement des victimes."




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