Addictions chez les jeunes : ce que le baromètre Macif dit

Les addictions ne se jouent pas seulement dans les excès visibles, les soirées ou les conduites à risque. Le nouveau baromètre Macif montre qu’elles traversent aussi la vie ordinaire des jeunes : l’apéritif, les trajets, les écrans au lit, les notifications, les festivals, les retours de soirée et les moments passés seul chez soi. Derrière les chiffres, l’étude raconte donc un quotidien où l’alcool recule, mais où les pertes de contrôle, le protoxyde d’azote et les usages numériques continuent de peser lourd.
Publié en juin 2026, le baromètre « Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes » a été réalisé en ligne du 23 avril au 15 mai 2026 auprès de 3 500 personnes âgées de 16 à 30 ans, selon Macif, Ipsos et BVA. Cette sixième édition permet de suivre les addictions depuis 2021. Elle éclaire surtout une question concrète : comment les consommations s’installent-elles dans la vie quotidienne, à la maison, entre amis, dans les déplacements et face aux écrans ?
Addictions et baromètre Macif : alcool, tabac, cannabis, des usages qui changent
Le premier résultat du baromètre tient en une nuance importante : les addictions aux substances ne progressent pas toutes, mais elles restent très présentes dans les habitudes des jeunes. L’alcool demeure la substance la plus consommée. Selon Macif, 45 % des 16-30 ans déclarent en consommer régulièrement, dont 26 % de manière quotidienne ou hebdomadaire. Cependant, cette consommation régulière recule depuis six ans. En parallèle, les usages plus occasionnels gagnent du terrain : 37 % des jeunes sont des consommateurs non réguliers, soit trois points de plus qu’en 2025. Autrement dit, l’alcool semble moins installé dans une routine régulière, mais il reste fortement associé aux moments sociaux, aux sorties et aux pertes de contrôle.
Cette évolution ne signifie donc pas une disparition du risque. Le baromètre Macif indique que 54 % des jeunes ont perdu le contrôle de leurs actions au moins une fois après avoir consommé de l’alcool au cours des douze derniers mois. Parmi eux, 22 % déclarent que cela leur est arrivé plus de dix fois. Dans la vie quotidienne, ce résultat change la lecture du phénomène : le danger ne dépend pas seulement de la fréquence, mais aussi des circonstances. Une consommation ponctuelle peut suffire à provoquer une dispute, un trajet dangereux, un accident ou une décision regrettée. Par ailleurs, les écarts restent marqués : 50 % des hommes consomment régulièrement de l’alcool, contre 40 % des femmes, et 52 % des 25-30 ans sont concernés, contre 37 % des 16-19 ans.
Le tabac conserve, lui, une place très stable dans les addictions du quotidien. Selon Macif, 54 % des jeunes déclarent en consommer ou avoir déjà essayé, et 27 % fument régulièrement. Plus révélateur encore, 16 % fument plusieurs fois par jour. Ce chiffre renvoie à un usage répété, ancré dans les pauses, les trajets, les sociabilités et parfois la gestion du stress. Le cannabis arrive ensuite comme troisième substance la plus consommée, tout en montrant un recul par rapport à 2021. En 2026, 66 % des jeunes déclarent n’en avoir jamais consommé, contre 62 % en 2021. La consommation régulière atteint 8 %. Pourtant, là encore, le baromètre invite à regarder les situations concrètes : 13 % des jeunes déclarent avoir perdu le contrôle au moins une fois à cause du cannabis dans l’année.
Ces données dessinent une carte sociale des addictions. Les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes à consommer régulièrement du cannabis, avec 12 % contre 6 %. Les jeunes actifs consomment plus que les inactifs, tandis que la colocation apparaît comme un cadre plus exposé : 16 % des jeunes vivant en colocation consomment régulièrement du cannabis, soit deux fois la moyenne. Ainsi, le lieu de vie, le statut professionnel et l’environnement amical comptent autant que l’âge. Les addictions se construisent souvent dans des routines, des cercles et des espaces partagés.
Protoxyde d’azote, soirées et jeunes : quand l’addiction gâche tout
Le protoxyde d’azote est l’un des principaux signaux de cette édition. Nouvelle substance testée dans le baromètre, elle a déjà été consommée au moins une fois par 12 % des jeunes, selon Macif. Dans le détail, 3 % en consomment régulièrement et 9 % de manière mensuelle ou plus rare. La donnée est importante, car le protoxyde d’azote dépasse désormais l’expérimentation déclarée de certaines drogues dures.
Selon le baromètre Macif, 71 % des consommateurs de protoxyde d’azote disent en avoir pris en soirée ou lors d’une fête entre amis. Ils sont aussi 31 % à l’avoir fait en festival ou en concert, et 27 % dans l’espace public. Les motivations déclarées relèvent d’abord du plaisir immédiat : 42 % disent consommer pour s’amuser, 21 % pour se déstresser, autant pour ressentir du bien-être, et 20 % pour perdre le contrôle ou se laisser aller. Cependant, le baromètre montre que cette consommation ne reste pas toujours cantonnée à la fête. Chez les consommateurs réguliers, 51 % ont déjà consommé seuls chez eux, 47 % dans l’espace public et 43 % avant un trajet en tant que conducteur.
Cette bascule est décisive pour comprendre l’impact quotidien des addictions. Une substance d’abord perçue comme festive peut ensuite entrer dans des usages plus isolés, plus fréquents, moins encadrés. Les conséquences déclarées le confirment. Parmi les consommateurs de protoxyde d’azote, 35 % disent avoir ressenti des émotions plus négatives, 35 % avoir connu des échecs scolaires ou professionnels, 33 % des problèmes financiers et 33 % un isolement social. En outre, 31 % signalent des troubles de la sexualité. Ces résultats montrent que l’addiction ne se limite pas à la santé physique. Elle peut aussi affecter l’école, le travail, l’argent, les liens sociaux et l’estime de soi.
Le baromètre Macif souligne également un paradoxe : les jeunes connaissent globalement les dangers, mais les consommateurs les minimisent davantage. Ainsi, 83 % des jeunes savent que le protoxyde d’azote peut causer des problèmes de santé, et 81 % qu’il peut affecter la capacité à conduire ou à se déplacer en sécurité. Pourtant, 32 % des consommateurs pensent qu’une consommation occasionnelle ne présente aucun danger, contre 9 % en moyenne. De même, 20 % estiment que la substance est sans danger parce qu’elle est vendue légalement, contre 8 % en moyenne. Dans la vie quotidienne, cette confusion entre accessibilité et innocuité constitue donc un point d’alerte majeur.
Addictions aux écrans et mobilité : les risques du quotidien ordinaire
Les écrans occupent une place à part dans le baromètre, car ils concernent presque tous les moments de la journée. Selon Macif, 41 % des jeunes passent six heures ou plus par jour devant des écrans interactifs, tandis que seulement 19 % y passent deux heures ou moins. Les 16-19 ans sont les plus concernés : 51 % passent au moins six heures par jour devant les écrans, contre 41 % des 20-24 ans et 35 % des 25-30 ans. Ces chiffres ne décrivent pas seulement un loisir. Ils parlent du réveil, des transports, des pauses, des conversations, du coucher et des habitudes de concentration.
La perte de contrôle liée aux écrans constitue le résultat le plus spectaculaire. Selon le baromètre Macif, 74 % des jeunes déclarent avoir perdu le contrôle au moins une fois au cours des douze derniers mois à cause des écrans. C’est 13 points de plus qu’en 2021. Plus encore, 55 % disent que cela leur est arrivé dix fois ou plus, et 40 % plus de vingt fois. Chez les 16-19 ans, 60 % rapportent plus de dix épisodes. Dans un quotidien déjà saturé de notifications, de réseaux sociaux, de vidéos courtes et de messageries, ces chiffres traduisent une difficulté massive à maîtriser son temps et son attention.
Pourtant, les jeunes ne restent pas passifs. Le baromètre note une prise de conscience autour des usages numériques. Parmi ceux qui ont au moins un réseau social installé sur leur téléphone, 63 % ont désactivé les notifications, 53 % se sont désabonnés de certains contenus, et 42 % se sont désinscrits d’un ou plusieurs réseaux sociaux. Par ailleurs, 37 % éloignent leur téléphone de leur lit, 27 % ont instauré des plages horaires sans téléphone, et 22 % ont déjà fait une détox numérique d’au moins vingt-quatre heures. Ces gestes racontent une tension très quotidienne : le smartphone reste indispensable, mais il devient aussi un objet dont on cherche à se protéger.
La mobilité illustre enfin la façon dont les addictions se prolongent dans les gestes ordinaires. Selon Macif, 86 % des jeunes sont déjà rentrés en voiture comme conducteurs, à vélo, en trottinette, à scooter ou à pied après avoir consommé des substances. Ces comportements ne sont pas isolés : 72 % des jeunes concernés les ont répétés plusieurs fois. Après alcool, 34 % sont rentrés en voiture, 32 % à vélo, 18 % en trottinette, hoverboard ou roller, et 15 % à scooter ou moto. Après cannabis, les proportions restent élevées : 52 % à vélo, 41 % en voiture, 42 % en trottinette ou équivalent, et 40 % à scooter ou moto.
Le smartphone ajoute une autre couche de risque. Selon le baromètre Macif, 71 % des jeunes ont déjà utilisé leur téléphone en situation de mobilité en voiture, à vélo ou à scooter. Ils sont même 35 % à le faire souvent. À pied ou en trottinette, 95 % ont déjà adopté un comportement dangereux lié au smartphone, et 75 % le font souvent. En voiture, 54 % ont déjà téléphoné en conduisant, tandis que 47 % ont envoyé ou consulté des SMS ou des courriels au volant. En marchant, 90 % ont déjà écrit ou lu des messages, 80 % consulté les réseaux sociaux et 55 % se sont filmés ou pris en photo. Le baromètre montre donc que les addictions ne sont pas seulement une affaire de produits. Elles se lisent aussi dans les réflexes quotidiens, les trajets, les automatismes numériques et les petits arrangements avec le danger.






