Raphaël Glucksmann se lance dans la présidentielle : le pari qui peut rebattre toutes les cartes à gauche

Le suspense est terminé. Raphaël Glucksmann a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, dimanche 23 août sur TF1. Mais derrière une déclaration attendue se cache une bataille autrement plus explosive : celle pour savoir qui peut encore prendre le leadership d’une gauche française éclatée entre sociaux-démocrates, écologistes et Jean-Luc Mélenchon.
« Je suis candidat » : Glucksmann entre officiellement dans l’arène
Cette fois, il y est.
Invité du journal de 20 heures de TF1 dimanche 23 août, Raphaël Glucksmann a prononcé la phrase qui transforme plusieurs mois de préparation en véritable campagne présidentielle : « Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle. » Le coprésident de Place publique a ajouté ne pas prendre cette décision « à la légère ». L’annonce n’est pas une immense surprise. Dès le mois de mai, Glucksmann s’était donné trois mois pour parcourir la France, défendre son projet de « contrat patriotique » et tenter de réunir sa famille politique. Mais son entrée officielle dans la course change malgré tout la mécanique de la présidentielle.
Car Raphaël Glucksmann ne se présente pas seulement pour ajouter son nom à la longue liste des prétendants à l’Élysée. Son véritable défi consiste d’abord à devenir le candidat incontournable de la gauche sociale-démocrate. Et pour y parvenir, il a accepté ce qu’il refusait encore il y a quelques mois : passer par une primaire.
Avant l’Élysée, il devra gagner une première élection à gauche
La première grande bataille de Glucksmann n’aura donc pas lieu en avril 2027, mais dès cet automne. Le député européen participera à la primaire organisée par Place publique et le Parti socialiste, prévue les week-ends des 11 et 18 octobre. Ce changement de stratégie est notable : Glucksmann avait longtemps manifesté son hostilité à l’idée d’une primaire avant de finalement accepter ce processus de désignation. Et la promenade de santé n’est pas garantie. Plusieurs personnalités socialistes sont susceptibles de concourir, notamment Philippe Brun, Jérôme Guedj ou encore Ségolène Royal. Mais la confrontation politique la plus importante pourrait opposer Glucksmann au premier secrétaire du PS, Olivier Faure. François Hollande reste lui aussi en embuscade dans le paysage social-démocrate.
Glucksmann possède toutefois un atout : sa capacité à dépasser le seul électorat socialiste. Lors des européennes de 2024, la liste PS-Place publique qu’il conduisait avait obtenu près de 14 % des suffrages, le propulsant au centre du jeu à gauche. Surtout, un premier soutien important vient déjà de tomber. Ce lundi 24 août, l’ancien candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a annoncé soutenir Raphaël Glucksmann « sans hésitation », le présentant comme le mieux placé pour articuler justice sociale, écologie, démocratie et Europe. La bataille pour attirer les écologistes est donc officiellement ouverte.
Le véritable duel porte déjà un nom : Glucksmann contre Mélenchon
C’est ici que cette candidature devient beaucoup plus intéressante. Raphaël Glucksmann ne cherche pas seulement à battre ses concurrents sociaux-démocrates. Il veut proposer une autre gauche que celle incarnée par Jean-Luc Mélenchon. Le calendrier a d’ailleurs offert une image presque parfaite de la fracture : dimanche, alors que Glucksmann officialisait sa candidature sur TF1, Mélenchon clôturait les Amfis de La France insoumise dans la Drôme en affirmant lui aussi que la victoire en 2027 était possible. Deux candidatures, deux stratégies et surtout deux conceptions de la gauche. Glucksmann assume une orientation pro-européenne, sociale-démocrate et particulièrement ferme face à Vladimir Poutine. Il veut construire une coalition capable d’attirer des socialistes, des écologistes et une partie des électeurs modérés, mais refuse une alliance avec LFI. Sur TF1, il a ainsi expliqué vouloir « refonder la gauche » sans La France insoumise. Le problème est mathématique autant que politique. Une gauche divisée entre Mélenchon, Glucksmann et éventuellement plusieurs autres candidatures risque de disperser ses voix dès le premier tour. Les Ecologistes eux-mêmes sont traversés par cette question stratégique et Marine Tondelier continue d’appeler à l’union. La présidentielle de 2027 pourrait donc commencer par une présidentielle dans la présidentielle : qui de Mélenchon ou Glucksmann réussira à imposer son leadership sur la gauche ?
Léa Salamé quitte le 20 heures : une conséquence immédiate très médiatique
L’annonce de candidature produit aussi un effet spectaculaire loin des états-majors politiques.
Léa Salamé, compagne de Raphaël Glucksmann, se retire de la présentation du journal de 20 heures de France 2. La journaliste avait annoncé dès son arrivée à ce poste qu’elle prendrait cette décision si son compagnon devenait officiellement candidat à l’élection présidentielle. L’annonce du 23 août a donc automatiquement déclenché son retrait. Cette situation donne forcément à la candidature Glucksmann une dimension médiatique supplémentaire. Quelques jours auparavant, des photographies du couple en vacances en Corse publiées par Paris Match avaient déjà participé à installer l’idée d’une candidature imminente. Mais derrière ce feuilleton médiatique commence désormais une séquence beaucoup plus sérieuse. Glucksmann doit transformer sa notoriété et la sympathie dont il bénéficie en intentions de vote suffisamment élevées pour convaincre le PS et les écologistes qu’il représente leur meilleure chance. Et ce passage est loin d’être automatique.
Le pari Glucksmann : devenir l’alternative avant que la campagne ne se fige
Voilà finalement tout l’enjeu de son annonce. Raphaël Glucksmann dispose désormais de quelques semaines pour créer une dynamique avant la primaire d’octobre. Il lui faut gagner son propre camp, attirer une partie des écologistes, marginaliser les candidatures concurrentes de la gauche modérée et démontrer qu’il peut rivaliser avec Jean-Luc Mélenchon. Le soutien immédiat de Yannick Jadot lui offre un premier signal encourageant. Mais la campagne qui commence sera aussi un test grandeur nature : celui de sa capacité à passer du statut de figure populaire des élections européennes à celui de candidat crédible pour l’Élysée. La présidentielle de 2027 vient donc de gagner un nouveau protagoniste. Et derrière la candidature de Raphaël Glucksmann se joue déjà une question beaucoup plus large : la gauche française peut-elle se reconstruire autour d’un projet social-démocrate et pro-européen, ou arrivera-t-elle une nouvelle fois au premier tour divisée en plusieurs blocs concurrents ? La réponse commencera à se dessiner dès cet automne.






