Diabète : cette découverte pourrait permettre de repérer plus tôt les patients à risque

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Le diabète de type 2 représente plus de 90% des cas de diabète dans le monde, selon la Fédération internationale du diabète. | Speedy life

Des chercheurs ont identifié quatre profils immunitaires distincts de patients atteints de diabète de type 2. Une découverte qui pourrait surtout aider les médecins à repérer beaucoup plus tôt les patients exposés aux complications les plus sérieuses.

Quand on surveille un diabète, le regard se porte naturellement sur la glycémie. Pourtant, une partie de l’avenir de la maladie pourrait aussi se lire dans les globules blancs. Une équipe de l’Institut Necker-Enfants malades, associant l’Inserm, le CNRS et Université Paris Cité, s’est intéressée aux cellules immunitaires présentes dans le sang. Les travaux, publiés dans Cell Metabolism, aboutissent à une classification en quatre profils biologiques. Surtout, certains semblent annoncer un risque accru de complications cardiovasculaires ou rénales plusieurs années avant leur apparition, indique l’Inserm.

Dans le diabète de type 2, les globules blancs deviennent des indicateurs

Le changement de perspective est important. Il ne s’agit plus seulement d’observer la manière dont l’organisme régule le sucre, mais de regarder ce que le système immunitaire peut révéler de la trajectoire future du patient atteint de diabète.

Pour construire leur méthode, les scientifiques ont étudié le nombre de plusieurs catégories de cellules immunitaires circulant dans le sang, notamment les neutrophiles, les lymphocytes et les monocytes. Une équation reposant sur ces données a été élaborée à partir de prélèvements effectués chez plus de 1.500 personnes récemment diagnostiquées avec un diabète de type 2, précise l’Inserm.

L’intérêt pratique de cette piste tient à la banalité de l’examen nécessaire. Il n’est pas question, à ce stade, d’un test sophistiqué réservé à quelques laboratoires spécialisés : le comptage des cellules sanguines fait déjà partie des analyses couramment pratiquées.

« Pour que ces marqueurs aient une vraie valeur en clinique, il fallait qu’ils soient facilement mesurables, peu coûteux et qu’ils ne prennent pas de temps supplémentaire aux médecins », explique Nicolas Venteclef, directeur de recherche Inserm et responsable de l’équipe ayant conduit les travaux.

Cette simplicité potentielle est loin d’être anecdotique. Une méthode de prédiction n’a véritablement d’intérêt à grande échelle que si elle peut s’intégrer au suivi médical sans multiplier les examens lourds et coûteux.

Quatre profils qui ne présentent pas les mêmes risques

Les chercheurs ont distingué quatre sous-types, désignés par les acronymes SIND, MIND, LYRD et LYDD. Derrière ces noms se trouvent des états immunitaires très différents.

Le profil SIND (Severe Inflammatory Diabetes) correspond à une forme fortement inflammatoire. Il concentre l’attention car il est associé à davantage de complications. Environ 15% des patients étudiés appartiennent à cette catégorie caractérisée par un nombre globalement élevé de cellules immunitaires, selon l’Inserm.

Le profil MIND (Mild Inflammatory Diabetes) correspond, lui, à une inflammation plus modérée. Les chercheurs distinguent également le LYDD (Lymphocyte-Deficient Diabetes), caractérisé par un déficit en lymphocytes.

Le quatrième profil réserve une observation particulièrement intéressante. Baptisé LYRD (Lymphocyte-Rich Diabetes), il se caractérise par une présence importante de certains lymphocytes. Cette configuration est associée dans les travaux à un effet protecteur et à l’absence de complications observées, rapporte Version Femina.

Cette classification montre ainsi pourquoi le diagnostic commun de « diabète de type 2 » peut masquer des évolutions très différentes. Certains patients peuvent rester relativement protégés tandis que d’autres présentent une signature biologique qui appelle potentiellement une surveillance renforcée.

Repérer certaines complications jusqu’à cinq ans plus tôt

Reste une question essentielle : ces signatures immunitaires sont-elles suffisamment stables pour avoir une véritable valeur prédictive ?

Pour le vérifier, les chercheurs ont étudié leur évolution pendant 5 à 10 ans dans trois cohortes européennes indépendantes réunissant près de 8.500 volontaires. Le nombre des différentes catégories de cellules immunitaires s’est révélé particulièrement stable au cours du temps, rapporte l’Inserm.

Les résultats ont ensuite été confrontés aux données de cinq cohortes nationales et internationales représentant plus de 70.000 personnes. À cette échelle, les marqueurs immunitaires identifiés ont permis d’anticiper le risque de complications cardiovasculaires et rénales associées au diabète de type 2 jusqu’à cinq ans avant leur apparition.

C’est probablement l’un des aspects les plus prometteurs de l’étude. Aujourd’hui, une même maladie diagnostiquée chez deux patients ne signifie pas nécessairement qu’ils développeront les mêmes complications. Pouvoir distinguer plus tôt les trajectoires permettrait donc de concentrer davantage la surveillance sur ceux dont le profil biologique paraît le plus défavorable.

« Cette approche offre un outil précieux, simple, pratique et adaptable pour mieux prédire le risque pour chaque patient », souligne Nicolas Venteclef.

Le système immunitaire pourrait aussi devenir une cible thérapeutique

Ces travaux ne se limitent pas à une nouvelle manière de ranger les patients dans quatre catégories. Ils renforcent l’idée que l’inflammation participe directement à certaines formes de diabète et pourrait, à terme, devenir une cible thérapeutique plus importante.

L’équipe a notamment étudié 20 volontaires prédiabétiques et observé que certains états fortement inflammatoires pouvaient être réversibles après des interventions médicamenteuses ou chirurgicales, selon l’Inserm.

Cette observation reste à considérer avec prudence compte tenu du faible nombre de personnes concernées, mais elle ouvre une piste : le profil immunitaire d’un patient ne serait pas nécessairement figé.

Des essais cliniques sont d’ailleurs déjà en cours. Ils portent sur 300 patients présentant un diabète de type 2 classé SIND et évaluent de nouvelles stratégies destinées à agir sur leurs dysfonctionnements immunitaires, indique l’Inserm.

Pour les chercheurs, les patients présentant une forte composante inflammatoire pourraient notamment, à l’avenir, bénéficier de traitements anti-inflammatoires en complément des médicaments antidiabétiques habituels. Cette perspective doit encore être validée cliniquement avant de pouvoir modifier les pratiques médicales.

Une maladie qui concerne des centaines de millions de personnes

L’enjeu dépasse largement le laboratoire. Le diabète touche près de 589 millions de personnes dans le monde et le type 2 représente plus de 90% des cas, selon les données de la Fédération internationale du diabète reprises par l’Inserm.

En France, plus de 4 millions de personnes sont concernées par le diabète de type 2, rappelle Linternaute. La maladie peut évoluer silencieusement pendant plusieurs années et provoquer à terme des atteintes cardiovasculaires et rénales, mais aussi neurologiques ou oculaires.

La découverte des quatre profils immunitaires ne signifie donc pas qu’un nouveau test va immédiatement entrer dans le suivi courant de tous les patients. Elle dessine plutôt une évolution possible de la médecine du diabète : passer progressivement d’un diagnostic commun à une estimation beaucoup plus individuelle du risque.

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