Venise envisage de une taxe d’entrée à 30 euros en 2027

Venise s’apprête à multiplier par six sa taxe d’entrée touristique, passant de 5-10 euros à 30 euros en 2027. Cette escalade tarifaire traduit l’échec des mesures précédentes face au surtourisme qui submerge une ville de 48 000 habitants accueillant 30 millions de visiteurs annuels. Mais peut-on vraiment sauver la Sérénissime en la transformant en attraction payante ?
Venise ploie sous l’afflux de ses admirateurs : trente millions de visiteurs se pressent chaque année dans une ville de seulement 48 000 résidents. Depuis 2024, la municipalité tente de gérer ce flot avec un droit d’entrée, mais les tarifs de 5 à 10 euros n’ont eu aucun effet. Une augmentation à 30 euros est envisagée pour 2027, mais peut-on réellement préserver Venise en la transformant en parc à thème ?
Venise, entre mythe et musée
La Sérénissime subit une affluence sans précédent. Chaque jour, des croisiéristes affluent, capturant le Rialto en photo, traversant la place Saint-Marc, puis disparaissant, ne laissant que des déchets derrière eux. Ces touristes ne séjournent pas à Venise, ne profitent pas de sa gastronomie ni de ses commerces. Le Figaro souligne que ce tourisme rapporte peu tout en saturant les infrastructures.
La ville des doges et de Casanova ressemble désormais plus à un décor qu’à une cité vivante. Les gondoliers continuent à naviguer pour des clients pressés, les masques du Carnaval ornent les vitrines toute l’année, et les palais servent de toile de fond à des selfies. Venise se transforme en musée à ciel ouvert, où les visiteurs ont remplacé les habitants.
Le déclin vénitien : une histoire de tarifs
Les tentatives de régulation par la municipalité ont échoué. En 2024, Venise introduit un droit d’entrée de 5 euros pour 29 jours au printemps. En 2025, ce dispositif s’étend à 54 jours avec une tarification variable, atteignant 60 jours en 2026. Mais malgré 680 000 billets vendus et 5,2 millions d’euros de recettes, les flux touristiques restent inchangés. Didier Arino de Protourisme affirme que ces tarifs n’ont pas d’effet dissuasif. Selon Michele Zuin, conseiller municipal, le tarif passera à 30 euros en 2027, faisant de Venise une des villes les plus chères d’Europe pour y entrer.
Les Vénitiens : un peuple en fuite
Chaque Vénitien voit défiler plus de 600 visiteurs annuellement dans les ruelles. Cette pression démographique rend leur vie quotidienne difficile. Les prix des logements grimpent à cause d’Airbnb, tandis que les commerces traditionnels ferment, remplacés par des boutiques touristiques. Les écoles et hôpitaux se vident de leur population résidente.
Les lits touristiques surpassent désormais ceux des habitants permanents, symbolisant le déclin de la vie locale. En trente ans, un tiers des Vénitiens a quitté la ville pour des endroits plus accessibles comme Mestre. Les résidents se sentent étouffés par le tourisme, privant la ville de sa vitalité.
Le coût de la beauté : une ville marchandisée
Les paquebots de croisière illustrent l’impact brutal du surtourisme. Ces navires débarquent des milliers de passagers qui consomment peu localement et ne participent pas à la vie culturelle. Didier Arino souligne que l’enjeu est de privilégier les visiteurs respectueux et investis dans l’économie locale. Les clients d’hôtels, déjà soumis à une taxe de séjour, ne sont pas concernés par cette nouvelle taxation, qui vise surtout les excursionnistes.
La géographe Sylvie Brunel avertit contre la « Disneylandisation » des villes. Elle craint que Venise ne devienne une sorte de parc à thème, un « Disneyland adriatique », vidé de sa vie réelle. Cette transformation questionne la nature même d’une ville lorsqu’elle devient un produit de consommation culturelle, un précédent inquiétant pour d’autres villes comme Barcelone ou Amsterdam.
Le dilemme de Venise : fermer pour sauver ?
Fixer l’entrée à 30 euros pose une question de prix face à un problème existentiel. Venise souffre d’une saturation physique et identitaire, plus que d’un manque de revenus touristiques. Aucun tarif ne ramènera les familles, ne rouvrira les commerces de quartier, ni ne redonnera à Venise son âme. La solution résiderait dans des mesures drastiques : limiter les visiteurs, interdire les paquebots géants, réserver des quartiers aux résidents. Mais ces décisions semblent hors de portée politique, laissant Venise monétiser lentement sa disparition.






