Asthme et allergies : ce que cache l’usage précoce des antibiotiques

Le 16 avril 2025, une vaste étude publiée dans le Journal of Infectious Diseases a ravivé un débat de fond sur la prescription d’antibiotiques chez les jeunes enfants. Selon cette recherche menée par des spécialistes de l’Université Rutgers, l’exposition précoce à ces traitements pourrait augmenter sensiblement le risque de développer des maladies chroniques, en particulier l’asthme et certaines allergies. Une alerte sérieuse sur la manière dont nous soignons nos enfants – et sur les effets à long terme de traitements trop souvent banalisés.
Des chiffres qui interpellent
L’étude a suivi plus d’un million d’enfants britanniques, de leur naissance à l’adolescence. Ceux ayant reçu des antibiotiques avant l’âge de deux ans présentent un risque accru de 47 % de développer de l’asthme, 32 % d’allergies alimentaires, et 24 % de rhinites allergiques. Ces résultats sont d’autant plus frappants qu’ils se confirment même en comparant des frères et sœurs au sein d’une même famille.
Autrement dit, ce n’est pas uniquement l’environnement familial ou les prédispositions génétiques qui influencent ces pathologies, mais bien la fréquence et la précocité des traitements antibiotiques. Un véritable signal d’alarme pour les parents comme pour les prescripteurs.
Le rôle clé du microbiote chez les tout-petits
Pourquoi ces médicaments, pourtant indispensables dans de nombreux cas, posent-ils problème chez les jeunes enfants ? La réponse tient en un mot : microbiote. Ce terme désigne l’ensemble des micro-organismes qui peuplent notamment notre intestin, et qui jouent un rôle fondamental dans l’équilibre immunitaire.
Chez les enfants de moins de deux ans, ce microbiote est en pleine construction. Les antibiotiques, surtout ceux à large spectre, viennent bousculer cet équilibre fragile en détruisant autant les mauvaises que les bonnes bactéries. Résultat : un système immunitaire qui peut apprendre à réagir de façon excessive à des éléments inoffensifs… et favoriser ainsi les allergies, l’asthme ou d’autres déséquilibres.
Antibiotiques : indispensables mais pas systématiques
Faut-il pour autant fuir les antibiotiques comme la peste ? Évidemment non. Lorsqu’ils sont bien indiqués – notamment pour traiter une infection bactérienne sévère comme une pneumonie – ils sauvent des vies. Mais dans bien des cas, notamment en présence d’infections virales comme les rhumes ou les bronchites simples, leur usage est non seulement inutile, mais potentiellement nocif.
Le Dr Daniel Horton, principal auteur de l’étude, rappelle d’ailleurs que « les médecins doivent être prudents lorsqu’ils en prescrivent aux enfants de moins de 2 ans, car une utilisation fréquente peut affecter la santé des enfants à long terme ». Et pour cause : ces médicaments ne sont pas des bonbons. Leur prescription doit être pensée, justifiée, et accompagnée d’une vraie discussion entre professionnels et parents.
Des gestes simples pour des soins plus sûrs
En tant que parent, quelques réflexes permettent de mieux encadrer la consommation d’antibiotiques chez les plus jeunes. Demander si l’infection est virale ou bactérienne. S’assurer que l’ordonnance est nécessaire. Éviter l’automédication avec des restes de traitements passés. Et surtout, faire confiance au médecin tout en posant les bonnes questions. La prévention passe aussi par là.





