Espèces nuisibles : une étude juge leur destruction inefficace et coûteuse

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Renards, fouines, corneilles ou pies sont éliminés chaque année au nom de la lutte contre les espèces jugées nuisibles. Mais une étude publiée le 9 mars 2026 conclut que cette politique ne fait pas baisser les dégâts déclarés et qu’elle coûte davantage que les dommages qu’elle vise à éviter. 

Faut-il continuer à financer une politique de destruction massive des espèces nuisibles si son efficacité n’est pas démontrée ? C’est le débat relancé par une étude parue dans Biological Conservation, à partir de sept années de données collectées en France.

Espèces nuisibles : une politique qui concerne bien plus que quelques animaux isolés

En France, le cadre officiel parle d’« espèces susceptibles d’occasionner des dégâts », ou ESOD. Ce dispositif permet de détruire certains animaux par tir, piégeage ou déterrage, y compris hors des périodes classiques de chasse, selon les espèces et les départements. D’après le Muséum national d’Histoire naturelle, environ 1,7 million d’animaux sont concernés chaque année.

L’étude s’appuie sur sept saisons de chasse, entre 2015 et 2022, et sur un total de 12,4 millions d’animaux détruits. Dix espèces ont été prises en compte : le renard roux, la fouine, la martre des pins, le putois, la belette, la corneille noire, le corbeau freux, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet.

Cette liste montre que le sujet ne se limite pas à une seule figure emblématique comme le renard. Parmi les animaux étudiés, les mustélidés regroupent la fouine, la martre, le putois et la belette. Les corvidés, eux, comprennent notamment la corneille noire, le corbeau freux, la pie bavarde et le geai des chênes. Ce sont donc des profils très différents qui sont réunis sous une même logique de destruction.

Ce que les chercheurs ont observé sur les dégâts

L’idée de départ paraît intuitive : si l’on supprime davantage d’animaux accusés de provoquer des dommages, les dégâts devraient reculer. Or c’est précisément ce lien que les chercheurs disent ne pas retrouver dans les données. Le Muséum résume leur conclusion en expliquant que la destruction de ces animaux ne réduit pas les dégâts déclarés, et que le fait de ne pas les abattre ne provoque pas non plus de hausse observable de ces dommages dans un territoire.

Le Monde rapporte la même analyse en indiquant que les chercheurs n’ont pas mis en évidence de relation entre l’ampleur des destructions et l’évolution des dégâts. Le quotidien précise aussi que l’étude qualifie cette politique d’« inefficace, injustifiable économiquement et éthiquement questionnable ».

Les auteurs se sont aussi intéressés aux oiseaux visés par cette politique. Là encore, les résultats sont peu favorables à la logique actuelle : pour les espèces étudiées, les destructions ne semblent pas faire baisser les effectifs reproducteurs observés au printemps. Autrement dit, même du point de vue de la régulation des populations, l’effet attendu n’apparaît pas clairement.

Un coût annuel estimé entre 103 et 123 millions d’euros

Le point qui frappe le plus dans cette affaire concerne sans doute l’argent mobilisé. Selon le Muséum, les chercheurs ont évalué le coût des destructions en prenant en compte le temps consacré à ces opérations, les transports, le matériel et les munitions. Leur estimation situe le coût annuel entre 103 et 123 millions d’euros. Dans le même temps, les dégâts déclarés attribués à ces espèces sont évalués entre 8 et 23 millions d’euros par an.

Vu de l’extérieur, la question devient alors simple : une politique censée limiter des pertes peut-elle être maintenue si elle revient plus cher que le préjudice qu’elle cherche à éviter ? Le Monde précise que, selon les hypothèses retenues, le coût des destructions dépasse celui des dégâts d’un facteur allant de 1,66 à 8.

Le Muséum avance également un coût moyen d’environ 64 euros par animal détruit sur la période observée.

Vers des réponses plus ciblées et plus pratiques

L’étude ne nie pas que certains animaux puissent occasionner des dommages localement. En revanche, elle remet en cause l’idée selon laquelle une réponse large et répétée serait la meilleure solution. Le Muséum met en avant d’autres pistes, comme les semences protégées, les dispositifs d’effarouchement et des mesures de prévention mieux adaptées aux situations rencontrées sur le terrain.

Dans un article publié le même jour, Le Monde rappelle qu’un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable avait déjà recommandé de privilégier l’élimination d’individus identifiés au cas par cas plutôt qu’une destruction systématique à l’échelle d’une espèce entière. Cela revient à passer d’une logique générale à une gestion plus précise, plus locale et potentiellement plus utile pour les personnes directement concernées.

L’étude publiée le 9 mars 2026 relance ainsi un débat ancien sous un angle très concret : celui de l’efficacité. Lorsqu’une politique coûte davantage que les dégâts qu’elle prétend limiter, sans preuve claire de résultats, sa remise en question devient inévitable.

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