Pharmacies en grève : la garde de nuit suspendue à partir du 1er juillet

Privées d’un levier économique vital, des milliers de pharmacies ferment symboliquement la nuit dès ce 1er juillet. Une grève inédite, massive, qui fait redouter des ruptures de soins pour les patients.
Un choc pour les pharmacies, une réforme qui fracture
À partir du mardi 1er juillet 2025, les pharmacies de garde cessent leurs services nocturnes dans toute la France. L’appel à la grève illimitée a été lancé par 13 organisations représentatives, en réponse à une réforme gouvernementale modifiant en profondeur le cadre économique des officines. Le point de tension ? La nouvelle réglementation qui plafonne les remises commerciales sur les médicaments génériques à 20 % ou 25 %, contre jusqu’à 40 % auparavant, et à 15 % pour les médicaments biosimilaires.
Cette décision, intégrée à un plan d’économies de 600 millions d’euros pour l’assurance maladie, est dénoncée par les syndicats comme un coup fatal porté aux petites pharmacies, déjà fragilisées par l’explosion des charges. Selon la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), cette réforme pourrait coûter jusqu’à 80 000 euros annuels par officine. Le risque immédiat : la fermeture de 800 points de vente et la perte de 20 000 à 25 000 emplois dans la filière.
Pharmaciens en alerte : “On sera contraint de licencier”
“On sera contraint de licencier en moyenne un pharmacien par officine”, alerte Élise Palfray, représentante de la FSPF, dans une déclaration rapportée par France 3 Normandie, le 29 juin 2025. L’organisation, comme d’autres, redoute une désorganisation de l’accès aux soins de proximité et une pénurie de médicaments si la réforme entre pleinement en vigueur.
La grogne est telle que plusieurs territoires – notamment la Seine-Maritime – ont débuté la mobilisation dès le jeudi précédent. Dans ces zones, aucune pharmacie de garde n’assure plus les permanences de nuit, sauf en cas de réquisition officielle.
Garde supprimée : ce que cela signifie pour les patients
Contrairement aux grèves précédentes, celle-ci ne concerne pas uniquement l’organisation des gardes, mais les pharmaciens eux-mêmes, selon une note explicative publiée sur Le Moniteur des Pharmacies. Chaque professionnel mobilisé doit adresser une déclaration individuelle à l’Agence régionale de santé (ARS). Sans cela, il s’expose à une réquisition par le préfet.
Conséquence directe : sans réquisition formelle, aucune officine n’ouvrira la nuit, même en cas d’urgence. Les syndicats ont distribué affiches, flyers et autocollants pour informer les patients. Les villes de taille moyenne, les campagnes et certaines banlieues risquent d’être les premières touchées par ce désengagement du service de garde, faute de pharmacies ouvertes à proximité.
Une démonstration de force nationale
Le 1er juillet, les professionnels se rassembleront à Paris pour une mobilisation nationale inédite. L’objectif : faire pression sur le gouvernement et l’assurance maladie pour obtenir l’abandon du plafonnement des remises, ou à défaut une compensation économique pérenne. En toile de fond, c’est tout le modèle économique de la pharmacie de proximité qui vacille, alors que l’État cherche à contenir les dépenses de santé estimées à 1,7 milliard d’euros pour 2025.






