Quand les informations biaisées prennent d’assaut le débat public : l’exemple des PFAS

Dans le débat sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), une constante se dégage : la surmédiatisation d’informations parfois incomplètes, voire erronées, qui viennent perturber le débat public.
Informations tronquées, chiffres exagérés, titres racoleurs et même fake news. Dans une société où la polémique a pris le dessus sur le débat et l’information, faire la part du vrai et du faux relève de la gageure. A cet égard, le cas du débat récent sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) est particulièrement représentatif. Si l’on comprend la volonté de simplifier un sujet complexe par nature, certains activistes et ONG ont parfois franchi la ligne rouge en proposant une vision simpliste voire tout simplement fausse de ces substances et de leurs usages en jouant sur l’ambiguïté des dénominations. Résultat, un récit qui sème la confusion parmi les consommateurs, déstabilise des industries entières et détourne l’attention des véritables problématiques.
Les « polluants éternels » : un qualificatif simpliste
Depuis quelques années, le terme de « polluants éternels » est omniprésent dans les articles et rapports consacrés aux PFAS. Si cette expression reflète effectivement la persistance chimique de certaines substances, elle masque une réalité bien plus nuancée. Les PFAS forment une famille de plus de 12 000 composés, dont seule une minorité est associée à des risques avérés pour la santé humaine et l’environnement.
Ce discours généralisateur, largement relayé par les ONG, fait ainsi abstraction des distinctions essentielles entre les PFAS interdits depuis des années (tels que le PFOA et le PFOS) et les alternatives modernes conçues pour être moins persistantes et moins toxiques. Par exemple, les PFAS à chaîne courte, utilisés dans de nombreuses applications industrielles actuelles, présentent des profils de dégradation plus favorables et sont soumis à des régulations strictes en Europe. Ils sont le fruit d’une longue recherche des industriels qui se sont depuis longtemps engagés dans un processus de recherche et développement poussé pour répondre à ces problématiques.
Une bataille des chiffres
En outre, les chiffres avancés dans le débat public sur les PFAS sont souvent utilisés sans contexte, alimentant un climat volontairement alarmiste, fidèle à la stratégie de polémisation de la société. Un exemple frappant est la récente étude de l’Anses, qui a révélé que 50 % des Français consomment de l’eau contenant des traces de PFAS. Si ce constat a fait les gros titres, il a rarement été précisé que dans la majorité des cas, les concentrations détectées étaient bien en deçà des seuils de danger établis par les régulateurs européens. Cette absence de mise en perspective alimente l’idée que toute présence de PFAS constitue un danger immédiat, sans distinction entre les niveaux détectés, les types de composés concernés ou les contextes d’exposition. Résultat : les consommateurs sont induits en erreur, et les industriels respectant les normes se retrouvent stigmatisés, au même titre que des acteurs peu vertueux.
La tentation du sensationnalisme des médias
Aussi et alors que le débat prenait de l’ampleur, de nombreux médias, soumis à la logique de l’audience, ont adopté une une approche sensationnaliste. Les articles titrant sur « l’eau contaminée de la moitié des Français » ou « les dangers cachés des poêles antiadhésives » ont pullulé. En 2023, une étude menée par l’Observatoire de la qualité de l’information environnementale a montré que 70 % des articles sur les PFAS publiés en France comportaient des risques sans mentionner les réglementations en vigueur ou les progrès réalisés par les industriels. Cette asymétrie d’information contribue à installer une méfiance généralisée envers tous les industriels. Une confiance érodée qui pèse sur les ventes et in fine, sur les résultats des champions industriels français.
Les conséquences d’une information tronquée
Paradoxe de la situation, entreprises françaises, soumises à l’une des réglementations les plus strictes au monde, se retrouvent parmi les principales cibles des critiques malgré leurs efforts. Par exemple, Arkema et Saint-Gobain, deux leaders de l’industrie chimique française, ont respectivement investi 200 millions d’euros et 25 millions d’euros ces dernières années pour développer des alternatives écologiques aux PFAS traditionnels. Ces efforts, pourtant reconnus par les régulateurs européens, sont rarement mentionnés dans les campagnes médiatiques.
La diabolisation généralisée des acteurs de l’industrie, à l’image du cas des PFAS, crée un déséquilibre concurrentiel au détriment des entreprises françaises. Alors qu’elles respectent des normes strictes, les produits importés de pays moins régulés continuent d’affluer sur les marchés européens. Selon une analyse de l’Union des industries chimiques (UIC), les importations de textiles contenant des PFAS non conformes ont augmenté de 15 % en 2022, exposant les consommateurs à des risques accrus tout en fragilisant les producteurs locaux. Cette situation met en lumière un paradoxe : en cherchant à protéger l’environnement, les discours alarmistes favorisent involontairement des pratiques moins vertueuses à l’échelle mondiale.






