Vers une forte hausse des prix des sodas et de l’alcool ?

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Les taxes sur les sodas et l’alcool pourraient fortement augmenter dans les prochaines années. Derrière cette hypothèse, une stratégie assumée de santé publique portée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui vise directement les prix payés par les consommateurs.

Des boissons toujours trop accessibles, selon l’OMS

Boissons sucrées et alcoolisées restent aujourd’hui faciles à acheter, y compris pour les plus jeunes. C’est le point de départ du raisonnement de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui estime que la fiscalité actuelle ne joue plus son rôle de frein.

Dans plusieurs pays, les taxes existent déjà, mais leur niveau est jugé trop faible pour influencer réellement les comportements d’achat. Résultat : même lorsque les prix augmentent légèrement, l’effet est souvent annulé par l’inflation ou la hausse des revenus. En clair, les sodas et l’alcool ne coûtent pas forcément plus cher, rapportés au pouvoir d’achat, peut-on lire dans les analyses relayées par les Nations unies.

Pour l’OMS, ce décalage alimente une consommation durablement élevée, avec des conséquences sanitaires connues : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, mais aussi accidents et violences liés à l’alcool.

Sodas : une taxe qui ne couvre pas tous les produits sucrés

De nombreux pays taxent déjà les boissons sucrées. Mais dans les faits, le périmètre est souvent limité.

Les sodas classiques sont généralement concernés, tandis que d’autres produits très sucrés passent entre les mailles du filet : jus de fruits à 100%, boissons lactées aromatisées, thés ou cafés industriels prêts à boire. Cette différence de traitement permet aux industriels de contourner la fiscalité en ajustant leurs gammes, sans réduire réellement l’exposition au sucre, selon plusieurs documents cités par l’OMS.

Autre point soulevé : le niveau des taxes. Dans de nombreux États, la part fiscale représente seulement quelques centimes par bouteille. À ce niveau, l’impact sur le choix du consommateur reste marginal, surtout lorsque les promotions et formats familiaux compensent largement la hausse.

Alcool : la taxe ne suit plus le coût de la vie

Côté alcool, le raisonnement est similaire mais le mécanisme est plus discret. Une taxe figée dans le temps perd progressivement de son efficacité si elle n’est pas indexée sur l’inflation.

Depuis 2022, l’OMS observe que dans plusieurs pays, certaines boissons alcoolisées sont devenues plus abordables, non pas parce que leur prix a baissé, mais parce que les taxes n’ont pas été réévaluées. La bière et les spiritueux sont particulièrement concernés, rapporte l’agence onusienne.

Le cas du vin reste à part. Dans de nombreux pays européens, il n’est toujours pas soumis à une taxation spécifique comparable aux autres alcools. Une exception culturelle que l’OMS juge incohérente d’un point de vue sanitaire, car les effets sur la santé ne dépendent pas du type d’alcool consommé.

Ce que l’OMS appelle une “taxe santé”

Pour l’Organisation mondiale de la Santé, la fiscalité n’est pas qu’un outil budgétaire. Elle la présente comme un levier de prévention.

L’idée est simple : faire en sorte que le prix payé par le consommateur reflète davantage le coût réel pour la collectivité. Soins médicaux, arrêts de travail, perte de productivité ou prise en charge des accidents sont aujourd’hui largement financés par les systèmes publics, tandis que la fiscalité sur ces produits reste limitée.

« Les taxes sur les produits nocifs pour la santé figurent parmi les instruments les plus efficaces », souligne Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, dans un communiqué repris par l’ONU.

Une hausse durable des prix

L’objectif affiché n’est pas une augmentation ponctuelle, mais une trajectoire de long terme. L’OMS défend une stratégie visant à augmenter les “prix réels” du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées d’au moins 50% d’ici à 2035.

Le terme est important : il s’agit de hausses qui tiennent compte de l’inflation, pour éviter que les produits redeviennent progressivement abordables. Cela passe par des taxes ajustées régulièrement et élargies à l’ensemble des produits concernés.

Les recettes générées pourraient, selon l’organisation, être réinvesties dans les systèmes de santé, l’éducation ou la protection sociale, rapporte l’ONU.

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