Vers la fin de l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités ?

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Vers la fin de l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités ? © Speedy life

Le défi pour le gouvernement sera de trouver un équilibre entre les impératifs budgétaires et la préservation d’une certaine stabilité pour les retraités.

Depuis quelques jours, une proposition en apparence technique mais au potentiel de bouleversement majeur anime le débat public en France. Patrick Martin, président du Medef, a relancé l’idée de supprimer l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités sur leurs pensions.

Abattement fiscal des retraités : une mesure héritée des années 1970

L’abattement fiscal de 10 % pour les retraités n’est pas une nouveauté. Ce dispositif, instauré en 1978 sous le gouvernement de Raymond Barre, visait à compenser la perte de revenus lors du passage à la retraite. Il s’agissait alors d’étendre aux retraités un avantage similaire à celui accordé aux actifs, qui bénéficient également d’un abattement équivalent au titre des frais professionnels. Toutefois, contrairement aux actifs, cet abattement pour les retraités a toujours été plafonné. Actuellement, ce plafond s’élève à 4 321 euros par an, un montant qui n’a pas été révisé pour 2025 en raison de l’absence d’indexation du barème fiscal.

Cet avantage permet de réduire mécaniquement le revenu imposable des retraités, leur offrant ainsi une baisse directe de leur charge fiscale. En dépit de son coût pour l’État, il a été justifié pendant des décennies comme une mesure d’équité pour atténuer la baisse de niveau de vie à l’arrêt de l’activité professionnelle.

Une réforme portée par Patrick Martin et Gilbert Cette

Patrick Martin, à la tête du Medef, a récemment pris position en faveur de la suppression de cet abattement. Lors d’une intervention sur BFM TV le 9 janvier 2025, il a qualifié cette mesure de « contre-nature », estimant qu’il est incohérent qu’un retraité bénéficie d’un avantage fiscal destiné à compenser des frais professionnels qu’il n’a pas. Cette prise de position fait écho à une proposition avancée quelques jours plus tôt par Gilbert Cette, président du Conseil d’orientation des retraites (COR). Ce dernier, dans une interview au journal Les Échos, a défendu cette idée en mettant en avant son rendement budgétaire potentiel : près de 4 milliards d’euros par an.

Selon Gilbert Cette, cette réforme serait équitable, car elle n’impacterait pas les retraités les plus modestes, qui ne paient généralement pas d’impôt sur le revenu. Ces propos ont trouvé un écho favorable au sein des milieux économiques, où l’on pointe depuis longtemps le coût jugé excessif de certaines niches fiscales.

Une niche fiscale au coût élevé

Avec un coût estimé à 4,54 milliards d’euros par an, l’abattement de 10 % pour les retraités représente la deuxième dépense fiscale la plus importante pour l’État, juste après le crédit d’impôt pour l’emploi à domicile. Ce montant conséquent nourrit les critiques de certains économistes et institutions comme le Conseil des prélèvements obligatoires, qui considèrent cet avantage injustifié, notamment pour les retraités les plus aisés. En outre, cette niche fiscale est souvent perçue comme un frein à une réforme plus globale et équitable du système fiscal français.

Toutefois, l’abattement pour les actifs, qui coûte lui aussi plusieurs milliards d’euros, est rarement remis en question. L’argument avancé par l’administration fiscale est qu’il ne s’agit pas d’une « dépense fiscale » mais d’une simplification administrative, évitant aux contribuables de déclarer leurs frais professionnels réels.

Les conséquences pour les retraités

La suppression de cet abattement aurait des effets différenciés selon le niveau de revenus des retraités. Les économistes s’accordent à dire que les retraités non imposables, qui représentent une part importante des pensions les plus modestes, ne seraient pas affectés par cette mesure. En revanche, pour les retraités aisés, l’impact pourrait être significatif. Une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime que les 20 % des retraités les plus riches verraient leur impôt augmenter de plusieurs centaines d’euros par an, avec une hausse moyenne dépassant les 700 euros pour les foyers les plus favorisés.

Au-delà de son rendement budgétaire immédiat, la suppression de l’abattement de 10 % est perçue par certains comme une mesure symbolique. Elle s’inscrit dans un contexte de débat récurrent sur les niches fiscales, souvent accusées de profiter de manière disproportionnée aux catégories les plus favorisées. Pour l’État, elle constituerait un geste fort dans la rationalisation des dépenses publiques, mais au prix d’une potentielle crispation sociale.

Le défi pour le gouvernement sera de trouver un équilibre entre les impératifs budgétaires et la préservation d’une certaine stabilité pour les retraités. Si cette proposition devait être mise en œuvre, elle représenterait une étape supplémentaire dans les réformes fiscales, mais également un test politique sur la capacité à réformer sans creuser les inégalités sociales.

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