Les mammouths seront-ils bientôt ressuscités grâce aux souris laineuses ?

Des chercheurs ont franchi une nouvelle étape dans la quête de la résurrection des mammouths laineux. Le 4 mars 2025, la société de biotechnologie Colossal Biosciences a annoncé avoir génétiquement modifié des souris pour leur donner une fourrure semblable à celle de ces géants disparus.
L’expérience des souris laineuses : le laboratoire du futur ?
Colossal Biosciences, une entreprise américaine spécialisée dans la biotechnologie, mène depuis plusieurs années un projet ambitieux : ramener à la vie le mammouth laineux, disparu il y a environ 4 000 ans. Pour cela, les chercheurs ont commencé par expérimenter sur des souris en introduisant des modifications génétiques censées imiter certains traits caractéristiques du mammouth.
Le 4 mars 2025, l’entreprise a annoncé avoir réussi à modifier jusqu’à cinq gènes chez des souris, leur donnant une fourrure longue, bouclée et plus dense, proche de celle des mammouths. Les scientifiques ont identifié huit gènes affectant la longueur et la texture des poils et ont procédé à des altérations ciblées via la technique CRISPR. Cette technologie consiste à couper une partie de l’ADN pour la remplacer par une autre séquence, afin de modifier certains paramètres génétiques.
Cette avancée, bien que spectaculaire, pose encore des questions. Love Dalén, chercheur à l’Université de Stockholm et membre du comité consultatif de Colossal Biosciences, rappelle que ces résultats chez la souris ne garantissent pas le succès de l’opération chez des éléphants, qui possèdent une peau beaucoup plus épaisse et peu de poils.
Pourquoi ramener les mammouths ?
Le retour des mammouths n’est pas une simple lubie scientifique. Derrière ce projet se cache un objectif écologique : restaurer l’équilibre des écosystèmes de l’ère glaciaire et potentiellement lutter contre le réchauffement climatique.
Les mammouths laineux jouaient un rôle clé dans la régulation des steppes glaciales. En broutant la végétation et en piétinant le sol, ils empêchaient la prolifération des forêts et favorisaient le maintien des prairies herbeuses, ce qui contribuait à piéger le carbone dans le sol. Aujourd’hui, la fonte accélérée du pergélisol libère d’énormes quantités de gaz à effet de serre. Certains chercheurs estiment que le retour des mammouths pourrait contribuer à stabiliser cet écosystème en ralentissant le dégel du permafrost.
Cependant, cette théorie reste largement spéculative. D’autres scientifiques, comme Vincent Lynch de l’Université de Buffalo, sont sceptiques. « Les mammouths sont éteints et ne peuvent pas être ramenés. Tout ce qu’on peut faire, c’est modifier un éléphant pour lui donner une apparence similaire. »
La prochaine étape : des éléphants laineux en 2028 ?
Si les souris laineuses constituent une avancée, la véritable étape cruciale sera de modifier des éléphants asiatiques, leurs plus proches cousins vivants, pour leur donner les caractéristiques du mammouth laineux.
Colossal Biosciences prévoit d’appliquer ces modifications génétiques aux éléphants d’ici 2028. L’enjeu est immense. Les éléphants ont une gestation de 22 mois, rendant les expérimentations bien plus longues que chez les souris. De plus, les modifications génétiques sont plus complexes chez des animaux aussi grands.
Malgré ces obstacles, les scientifiques avancent. Thomas Hildebrandt du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research en Allemagne a déjà réussi à collecter des ovules d’éléphants pour la première fois, une étape clé pour la fécondation in vitro et la modification génétique.





