Un trimestre de retraite offert aux bénévoles : vraie reconnaissance ou illusion ?

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Un trimestre de retraite offert aux bénévoles : vraie reconnaissance ou illusion ? © Speedy life

La France ne serait pas le premier pays à introduire une reconnaissance du bénévolat dans le calcul des droits à la retraite.

Un trimestre de cotisation pour la retraite sans avoir à travailler ? C’est l’idée que défend une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale. Cette mesure, censée valoriser l’engagement associatif, divise déjà les parlementaires. Si elle pourrait bénéficier à des millions de bénévoles, ses détracteurs dénoncent une réforme coûteuse et inégalitaire. Peut-on réellement offrir du temps sans le financer ?

Un trimestre de retraite : un cadeau pour les bénévoles engagés

Depuis des décennies, les associations jouent un rôle central en France. Elles tissent du lien social, soutiennent les plus vulnérables et pallient même les carences de certains services publics. Aujourd’hui, plus de 12,5 millions de Français consacrent une partie de leur temps au bénévolat. Pourtant, leur engagement n’est reconnu ni par le fisc ni par le système de retraite. C’est pour corriger cette situation que Christophe Naegelen, député du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), a déposé une proposition de loi le 13 février 2025. Son idée ? Accorder un trimestre de retraite gratuit aux bénévoles ayant exercé des responsabilités dans une association pendant huit ans, consécutifs ou non.

L’argument principal repose sur la nécessité de valoriser un travail essentiel pour la société, mais souvent invisible. À l’heure où l’âge légal de départ a été repoussé à 64 ans et où 172 trimestres sont désormais requis pour une retraite à taux plein, ce coup de pouce pourrait permettre à certains bénévoles de partir un peu plus tôt ou d’éviter une décote sur leur pension.

Un dispositif généreux mais comment le financer ?

Si l’intention est louable, cette réforme soulève immédiatement plusieurs interrogations. D’abord, sur son financement. Un trimestre offert signifie une pension versée plus longtemps, sans cotisations en contrepartie. Or, le système de retraite est déjà sous pression. Qui payera cette facture ? L’État, donc les contribuables ? Les caisses de retraite, au risque d’aggraver leur déficit ? Pour l’instant, aucune réponse claire.

Ensuite, la sélectivité de la mesure pose question. Seuls les bénévoles occupant des postes à responsabilité seraient concernés : présidents, vice-présidents, trésoriers et secrétaires. Les autres, ceux qui donnent de leur temps sans fonction officielle, seraient exclus. Pourquoi avantager le président d’un club de football et non l’entraîneur qui passe ses soirées à encadrer des jeunes ?

Des précédents en Europe, mais un modèle unique en France

La France ne serait pas le premier pays à introduire une reconnaissance du bénévolat dans le calcul des droits à la retraite. En Allemagne, un système similaire existe déjà, mais uniquement pour les aidants familiaux qui s’occupent d’un proche en perte d’autonomie. En Italie, des avantages fiscaux sont accordés aux bénévoles, mais sans impact direct sur la retraite. En France, l’idée d’intégrer l’engagement associatif au calcul des pensions est régulièrement évoquée, mais jamais appliquée.

Ce projet de loi, s’il était adopté, constituerait une première. Il viserait notamment à compenser le recul progressif de l’engagement bénévole. Depuis la crise sanitaire, de nombreuses associations peinent à recruter. Offrir un trimestre de retraite pourrait donc être un moyen de relancer l’engagement citoyen.

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