Épargner pour ne pas sombrer : le nouveau réflexe des Français

Pas de frénésie spéculative ni d’appétit démesuré pour le risque : si les Français épargnent, c’est d’abord pour se protéger. Et derrière ce réflexe prudent, se cache un profond sentiment d’incertitude.
Le 5 juin 2025, l’Ifop a révélé les résultats de la 7e édition de son baromètre annuel pour Altaprofits, dédié à l’épargne en France et en régions. Dans un climat de tensions internationales, d’instabilité économique et de réformes sociales contestées, les Français confirment une tendance de fond : épargner pour parer aux coups durs, préserver leur niveau de vie et sécuriser leur avenir. Le mot-clé ? Prévoyance.
L’épargne comme bouclier contre l’imprévu
Selon l’étude, 83 % des Français déclarent épargner — un chiffre en hausse de trois points par rapport à 2024. Mais cette progression s’accompagne d’un autre indicateur moins rassurant : 13 % affirment ne plus épargner du tout, un bond de huit points qui témoigne des tensions sur le pouvoir d’achat.
Chez ceux qui continuent à placer de l’argent, le réflexe est clairement défensif : 73 % optent pour des produits sans risque, quitte à sacrifier la rentabilité. Cette frilosité, en hausse de 4 points, traduit un rejet manifeste des placements spéculatifs. Le contexte géopolitique tendu, la guerre commerciale relancée par les États-Unis, les contraintes budgétaires françaises ou encore la volatilité des marchés n’incitent pas à l’audace.
« Derrière l’image d’épargnant “bon père de famille” raisonnable, une forte aversion au risque perdure en matière d’argent », observe Catherine Baudeneau, directrice Marketing chez Altaprofits. Une posture qui se renforce particulièrement chez les femmes, 76 % d’entre elles choisissant des placements sécurisés, contre 69 % des hommes.
Préparer sa retraite : l’obsession du déclassement
La prévoyance trouve un autre terrain d’expression : la retraite. Le baromètre le confirme, les actifs n’ont plus foi dans le système par répartition. Seuls 28 % pensent que leurs revenus viendront intégralement de leur pension légale, en baisse de 11 points depuis novembre 2024.
72 % anticipent une baisse de leur niveau de vie une fois à la retraite. C’est dans ce contexte anxiogène que s’impose une certitude partagée : il faut épargner soi-même. 85 % des actifs en sont convaincus, dont 43 % de façon absolue. Et ce sentiment est encore plus marqué chez les femmes et les moins diplômés, particulièrement inquiets pour leur avenir.
Le Plan Épargne Retraite (PER) émerge alors comme un refuge. 34 % des actifs envisagent d’y souscrire, 19 % l’ont déjà fait. Mais les réticences restent nombreuses : blocage des fonds, complexité, fiscalité peu lisible. Pour 47 % des actifs, ce n’est pas une option envisageable, souvent faute de marge de manœuvre financière.
Une épargne de précaution, pas de conviction
Ce baromètre dévoile une autre vérité : les Français n’épargnent pas par stratégie patrimoniale, mais par crainte du lendemain. La prévoyance est la motivation première, bien avant la performance. Cette posture conservatrice se retrouve dans le peu d’appétence pour les produits risqués (4 %), ou les investissements socialement responsables (7 %, en baisse de 2 points).
L’épargne devient ainsi un acte de survie plus que de construction. Elle reflète un rapport anxieux à l’avenir, une défiance envers les institutions, et une tendance à privilégier les solutions accessibles, liquides et sans surprise : Livret A, LDDS, assurance-vie.
Même l’investissement dans la Défense nationale, pourtant présenté comme un engagement citoyen, n’échappe pas à cette logique de prudence. 71 % des Français refusent de s’y engager, souvent pour des raisons de risque ou d’inadéquation avec leurs besoins.





