Cartes postales : ce rituel estival qui résiste encore au tout-numérique

Publié le
Lecture : 4 min
Cartes Postales
Cartes postales : ce rituel estival qui résiste encore au tout-numérique © Speedy life

Dans une époque saturée d’écrans, un simple bout de carton continue de susciter de fortes émotions. Loin d’un jackpot financier comme celui de l’Euromillions, les cartes postales permettent de remporter un autre type de gain, affectif celui-là. Ce geste, à la fois ancien et précieux, demeure un lien tangible pour des millions de Français.

En plein cœur des vacances d’été 2025, l’envoi de cartes postales n’a rien perdu de sa puissance évocatrice. Malgré la chute vertigineuse du courrier en France — passé de 18 milliards de lettres en 2008 à seulement 6 milliards en 2024, selon 20 Minutes — ce rituel résiste. Il attire autant les nostalgiques que les jeunes générations, et demeure une manière unique de faire plaisir. Entre tradition, souvenir et connexion humaine, la carte postale n’a pas dit son dernier mot.

Une pratique à contre-courant… qui perdure

À l’opposé des gains chiffrés que promettent les tirages de l’Euromillions, les cartes postales offrent un autre type de lot : celui de l’émotion. Pour beaucoup, l’envoi reste une tradition incontournable. « C’est un rituel pour moi, j’en envoie à ma famille proche et à mon meilleur ami », a confié Stéphane à 20 Minutes. Chaque été, des milliers de vacanciers répètent ce geste, parfois même avec dévotion.

Loin d’être marginale, cette pratique mobilise une communauté fidèle. En 2021, une étude de l’Union professionnelle de la carte postale (UPCP) estimait que 74 millions de cartes circulaient encore chaque année via La Poste, selon Actu.fr. D’autres chiffres, plus globaux, évoquent un volume moyen de 330 millions de cartes envoyées par an, soit 904 000 par jour, selon Planetoscope.

Les éditeurs, eux, n’ont pas baissé les bras. Bertrand Stoll, président de l’UPCP et PDG des éditions Jack, explique à actu.fr : « Depuis une grosse quinzaine d’années, quand les réseaux sociaux ont pris beaucoup de place, on est sur une stagnation des ventes ». Pourtant, malgré ce contexte, le marché tient bon, notamment en raison de l’attachement émotionnel que suscite ce petit objet de papier.

Le souvenir à l’heure du selfie

Dans l’ère du numérique instantané, la carte postale incarne un plaisir opposé : celui de la lenteur choisie. « Envoyer une carte postale, c’est montrer qu’on a une pensée pour ceux qu’on aime, même loin », observe Amandine dans 20 Minutes. Le contraste est frappant avec le narcissisme des selfies, comme le souligne Isabelle : « Rien à voir avec le narcissisme stupide des selfies ! ».

Ce geste désintéressé est particulièrement prisé des personnes âgées. Sandrine rappelle que « les  »anciens » sont toujours contents d’en recevoir », un constat partagé par Gérald dans 20 Minutes : « C’est une façon de leur dire que je pense à eux autrement qu’avec un SMS ». Le lien social passe donc par le courrier, à l’ancienne — preuve que les usages numériques n’ont pas tout effacé.

La carte devient même parfois un lien intergénérationnel. Sylvia, mère de deux enfants, explique encore dans 20 Minutes : « Nous les avons habitués à écrire des cartes depuis qu’ils sont tout petits… Depuis quelques années, certains de leurs copains font également des envois en retour ». La tradition se transmet, à l’instar d’un héritage affectif.

Une économie qui s’adapte et résiste

Dans un secteur bouleversé par le numérique, l’industrie de la carte postale s’est réinventée. Face à la baisse globale des courriers envoyés, les éditeurs misent sur la personnalisation, la qualité et la diversification. « On a pris ce virage pour répondre à une demande du public », confie Bertrand Stoll à Actu.fr. Les fameuses « cartes de luxe », vendues entre 2 et 3 euros, cohabitent désormais avec les classiques à 50 ou 60 centimes. Et parfois même avec des cartes numériques expédiées via applications.

Maud, par exemple, raconte à 20 Minutes avoir adopté une solution hybride : « J’achète mes crédits d’avance, je personnalise la carte postale avec mes photos prises lors de mes vacances et le tout est envoyé depuis la France à un prix compétitif ». Le timbre étant devenu un obstacle — 1,39 € en 2025 contre 0,88 € en 2019, avec une hausse prévue à 1,52 € en 2026 — ces services modernisés facilitent l’accès au geste.

Malgré les mutations, la carte postale reste un pilier économique pour certains. Les cartes représentent encore 30 % du chiffre d’affaires des éditions Jack, selon leur PDG. Les points de vente touristiques s’accrochent à ce produit d’appel rentable : achetées 0,12 € HT, revendues 0,50 à 0,60 € TTC, elles permettent de dégager une marge sans grande prise de risque.

Quand l’écriture devient un acte de transmission

Loin d’être un simple souvenir de vacances, la carte postale devient un acte social, voire militant. Catherine, ancienne institutrice, écrit chaque semaine à ses enfants… depuis qu’ils ont quitté la maison. « J’écris une carte postale par semaine à chacun de mes enfants […] ma fille en a 40 », précise-t-elle dans 20 Minutes. Elle perpétue aussi ce geste envers ses anciens élèves, créant un lien durable au fil des années.

Plus inattendu encore : certains, comme Éric, envoient leurs cartes à des inconnus. « À la fin des vacances, on envoie une dernière carte postale à un Ehpad […] On a parfois reçu des réponses très drôles », témoigne-t-il avec tendresse. Ce geste désintéressé transforme la carte en vecteur de solidarité, bien loin de la logique transactionnelle du jeu d’argent.

Claire, vendeuse à Toulouse, confirme dans La Dépêche : « Je ne remarque pas de baisse significative du nombre de ventes de cartes postales. Cela fait partie des produits que je n’enlève jamais ». Même constat chez les utilisateurs : Louise en envoie 32 chaque été, Stéphane les colle « sur le frigo », et Marie les expose « en évidence dans le salon ».

Laisser un commentaire