Zegna : le tailleur italien de 116 ans est soudain devenu l’une des marques les plus désirables du luxe

Pendant longtemps, Zegna évoquait surtout le costume impeccable d’un homme qui n’avait pas besoin de demander le prix. Puis quelque chose a changé. Des silhouettes beaucoup plus décontractées, des matières spectaculaires, Hollywood, Los Angeles et une obsession presque maniaque pour le tissu ont transformé la vieille maison italienne. En 2026, alors que le luxe cherche encore son nouveau moteur, Zegna accélère et son succès raconte parfaitement ce que les hommes riches veulent porter aujourd’hui.
Tout commence avec un jeune Italien obsédé par le tissu
L’histoire débute en 1910 à Trivero, dans le Piémont. Ermenegildo Zegna n’a alors qu’une vingtaine d’années lorsqu’il fonde une entreprise textile avec une ambition considérable : fabriquer en Italie des étoffes capables de rivaliser avec les meilleurs tissus britanniques. Plus d’un siècle plus tard, cette obsession constitue toujours l’ADN de Zegna. Car avant d’être une maison de mode, Zegna est une maison de matière. La laine, le cachemire et les fibres nobles occupent une place centrale dans son histoire. Cette culture textile lui donne aujourd’hui un avantage précieux : au moment où une partie du luxe revient vers la qualité intrinsèque des produits, Zegna peut raconter une histoire qu’elle pratique depuis plusieurs générations. Mais une expertise centenaire ne suffit pas à devenir désirable.
Le véritable défi était ailleurs : comment transformer la maison du costume italien extrêmement bien coupé en marque capable de parler à l’homme contemporain ? La réponse allait passer par une petite révolution stylistique.
Le costume disparaît, l’homme Zegna apparaît
Sous la direction artistique d’Alessandro Sartori, Zegna a progressivement abandonné l’idée que l’élégance masculine devait obligatoirement passer par le costume traditionnel. À sa place apparaît un vestiaire beaucoup plus fluide : pantalons larges, vestes souples, manteaux enveloppants, chemises portées comme des surchemises, chaussures minimalistes et superpositions ton sur ton. Du beige, du brun, du gris, du blanc cassé. Beaucoup de matières que l’on a immédiatement envie de toucher. Le changement semble esthétique. Il est en réalité culturel. L’homme qui achète du luxe en 2026 n’a plus forcément besoin d’un costume cinq jours par semaine. Le télétravail, la tech, les nouveaux codes des dirigeants et la disparition progressive de la cravate dans de nombreux environnements professionnels ont brouillé la frontière entre tenue formelle et vêtement décontracté. Zegna s’est engouffré exactement dans cet espace. On pourrait appeler cela le luxe du milliardaire qui n’a plus besoin de porter un costume de milliardaire. La marque conserve les codes du tailoring précision, proportions, construction mais les applique à des vêtements suffisamment détendus pour traverser un aéroport, entrer dans un restaurant ou assister à une réunion sans jamais donner l’impression d’être trop habillé. Cette transformation commence maintenant à apparaître très clairement dans les chiffres.
En 2026, les ventes décollent
Le deuxième trimestre 2026 a envoyé un signal particulièrement spectaculaire : les revenus de la marque Zegna ont atteint 324,3 millions d’euros, soit une hausse de 16,9 % sur un an et de 16,5 % en croissance organique. À l’échelle du groupe Ermenegildo Zegna, qui contrôle également Thom Browne et Tom Ford Fashion, le chiffre d’affaires trimestriel a atteint 517,1 millions d’euros. La performance est d’autant plus intéressante qu’elle intervient dans un secteur du luxe encore très contrasté. Au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises du secteur ont globalement montré une amélioration, mais les marques positionnées tout en haut du marché continuent de se distinguer particulièrement. Et l’Amérique est devenue l’un des moteurs de Zegna. Au deuxième trimestre, les ventes du groupe y ont bondi de 22 % en organique. Gildo Zegna expliquait notamment cette dynamique par la demande pour les services personnalisés et le sur-mesure, ainsi que par le défilé organisé à Los Angeles. Le groupe prévoit par ailleurs d’ouvrir 14 à 15 boutiques en 2026 pour ses différentes marques, dont plus de la moitié aux États-Unis. Voilà qui ressemble beaucoup moins à la renaissance nostalgique d’un vieux tailleur qu’à une véritable stratégie de conquête.
Le prochain grand luxe masculin pourrait être presque invisible
Le plus fascinant dans l’ascension actuelle de Zegna est finalement ce qu’elle dit du statut social. Pendant des années, afficher une marque était une manière particulièrement efficace de signaler que l’on avait les moyens de l’acheter. Aujourd’hui, une partie du très haut de gamme fonctionne exactement à l’envers. La matière devient le logo. La coupe devient le logo. Le service devient le logo. Le client n’a plus forcément envie que toute la rue reconnaisse son manteau. Il veut parfois que seules trois personnes dans la pièce comprennent exactement ce qu’il porte.
Zegna possède une crédibilité exceptionnelle pour jouer cette carte : derrière ses vêtements se trouve une culture textile remontant à 1910, et derrière cette culture se trouve désormais une esthétique suffisamment contemporaine pour ne plus ressembler à un héritage sous vitrine. C’est peut-être là que se situe sa plus grande réussite. Zegna n’a pas essayé de devenir plus jeune en faisant du bruit. La maison a simplement redéfini ce que pouvait être un homme élégant aujourd’hui. Et si le luxe masculin des prochaines années devient plus souple, plus tactile, plus discret et plus personnel, alors une entreprise née il y a plus d’un siècle dans les montagnes du Piémont pourrait paradoxalement avoir quelques années d’avance.






