Maternités : un rapport préconise la fermeture des structures à faible activité

Un rapport gouvernemental publié le 29 septembre 2026 préconise la fermeture des maternités à faible activité au profit de centres de périnatalité de proximité. Pour les femmes enceintes en zones rurales, montagneuses ou insulaires, la réforme soulève des inquiétudes majeures : éloignement des structures, coût des trajets, stress accru. Les sages-femmes libérales dénoncent une réforme trop hospitalo-centrée qui invisibilise leur rôle.
Le rapport gouvernemental publié le 29 septembre recommande de fermer les petites maternités pour centraliser les activités dans des centres de référence. Cependant, pour les femmes enceintes vivant à 100 km de la maternité la plus proche, cette « optimisation » suscite anxiété et précarité. Le document, remis à la ministre de la Santé Stéphanie Rist, qualifie d’« insoutenable » le maintien de nombreuses structures peu actives et propose de les transformer en centres de périnatalité de proximité. Une restructuration qui soulève une question cruciale : comment garantir l’accès aux soins pour toutes les femmes, partout sur le territoire ?
Les impacts de la réduction des maternités sur les femmes enceintes
Défis accrus pour les futures mères : distance, coût, stress
La réorganisation proposée par le rapport gouvernemental affecte directement le quotidien des femmes enceintes, surtout celles vivant loin des grandes villes. La fermeture d’une maternité signifie souvent des trajets plus longs pour chaque consultation, échographie ou suivi, augmentant le coût et le temps de transport. Pour les femmes qui travaillent, concilier rendez-vous médicaux et obligations professionnelles devient un défi.
Le stress culmine lors de l’accouchement. Rejoindre une maternité éloignée dans les temps, anticiper les contractions, affronter la peur d’accoucher en route : autant de sources d’angoisse pour les futures mères isolées géographiquement. Les naissances étant imprévisibles, l’éloignement des structures accentue le sentiment d’insécurité. Certaines femmes choisissent même de s’installer temporairement près de la maternité avant le terme, avec les contraintes financières et familiales que cela implique.
Les régions rurales, montagneuses et insulaires particulièrement touchées
Les régions rurales, montagneuses et insulaires sont les plus concernées. Dans ces zones, les maternités à faible activité sont cruciales pour des populations déjà fragilisées par l’éloignement des services publics. Fermer une maternité dans les Alpes ou en Corse oblige les femmes à traverser des cols enneigés ou à prendre le bateau pour accoucher. Les conditions climatiques, les routes sinueuses et l’accès difficile en urgence transforment un accouchement en véritable parcours du combattant.
Le rapport du 29 septembre reconnaît ces difficultés et propose de maintenir une offre de proximité via les centres de périnatalité, sans garantir que toutes les zones isolées en bénéficieront. Selon Le Monde, le seuil de 300 naissances par an, issu des décrets de 1998, pourrait déterminer quelles maternités restent ouvertes. Cependant, atteindre ce seuil est souvent impossible dans les zones peu denses, risquant de créer des déserts médicaux en périnatalité.
Les centres de périnatalité : une solution de proximité ?
Le fonctionnement des nouveaux centres
Pour pallier la fermeture des petites maternités, le rapport propose des centres de périnatalité de proximité. Ces structures offriraient tous les soins ne nécessitant pas de plateau technique obstétrical, comme les consultations prénatales, échographies, ateliers de préparation à la naissance et suivi postnatal. Fonctionnant 24 heures sur 24, elles seraient dotées d’une équipe de sages-femmes et d’une télé-expertise permanente vers la maternité de référence.
L’objectif est de rapprocher le suivi de grossesse des femmes tout en centralisant les accouchements dans des établissements mieux équipés. Si ce modèle semble cohérent sur le papier, des questions persistent concernant les moyens alloués, le nombre et l’emplacement de ces centres, et leur capacité à remplacer la sécurité psychologique d’une maternité de proximité.
La télé-expertise : un suivi suffisant ?
La télé-expertise est la pierre angulaire de ces centres. Grâce aux outils numériques, les sages-femmes pourraient consulter à distance des spécialistes en cas de complication. Ce système fonctionne déjà pour certaines consultations spécialisées, mais est-il suffisant pour une grossesse à risque ?
Les avis des professionnels de santé divergent. Pour certains, la télémédecine est une avancée majeure, comblant la pénurie de spécialistes en zones rurales. D’autres estiment que rien ne remplace l’examen clinique direct, le contact humain et la réactivité en cas d’urgence. La mortalité néonatale affecte davantage les familles précaires, et l’éloignement des soins aggrave les inégalités. La télé-expertise pourra-t-elle combler cette fracture territoriale ou l’accentuera-t-elle ?
Qui décide ? Les sages-femmes libérales protestent contre le manque de concertation
Eliette Bruneau refuse de signer : « on a oublié les professionnels de ville »
Le rapport du 29 septembre est signé par trois médecins : Marie-Pierre Bonnet, pédiatre, Elsa Kermorvant, anesthésiste-réanimatrice, et Loïc Sentilhes, gynécologue-obstétricien. Eliette Bruneau, sage-femme libérale et coprésidente de l’Association nationale des sages-femmes libérales (ANSLF), a refusé de le signer. Dans une lettre à la ministre de la Santé, elle déclare : « Cette mission devait proposer des réponses aux mauvais résultats de notre pays en termes de morbimortalité infantile, tout en s’attachant à améliorer les prises en charge maternelles. Mais si le consensus a été obtenu sur l’organisation des soins hospitaliers, beaucoup d’axes d’amélioration proposés par les acteurs de ville ont été négligés. »
Ce désaveu public met en lumière les tensions au sein de la mission. Pour Eliette Bruneau, le rapport est « trop hospitalo-centré » et ignore le rôle des sages-femmes libérales, pourtant crucial dans le suivi des grossesses, notamment en zones rurales. Selon Egora, les organisations professionnelles de sages-femmes (CNP-M, CNSF, UNSSF) ont soutenu cette décision et se sont désolidarisées du rapport. Le Conseil national des sages-femmes de France (CNSF) dénonce « l’impossibilité de poursuivre des travaux dont le cadre n’a jamais permis de garantir la rigueur scientifique, ni d’engager de véritables concertations. »
La place des sages-femmes libérales dans la réforme
Au-delà du symbole, le refus d’Eliette Bruneau soulève une question fondamentale : quelle est la place des sages-femmes libérales dans la réforme de la périnatalité ? Ces professionnelles jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans le suivi des grossesses, notamment là où les gynécologues-obstétriciens manquent. Elles assurent les consultations prénatales, les échographies, la préparation à la naissance et le suivi postnatal. Pourtant, le rapport se concentre surtout sur l’organisation hospitalière, négligeant leur rôle.
Pour les sages-femmes libérales, la restructuration des maternités pourrait même aggraver leur situation. Si les centres de périnatalité sont créés sans réelle coordination avec les professionnels de ville, il existe un risque de doublons ou, pire, de zones blanches sans offre de suivi. Les sages-femmes réclament une véritable concertation, la reconnaissance de leur expertise, et une intégration pleine et entière dans la réorganisation du système de soins périnatal. Sans elles, la proximité promise par les centres de périnatalité pourrait rester un vœu pieux.
En résumé, la réforme des maternités françaises dépasse l’organisation hospitalière. Pour les femmes enceintes en zones rurales, montagneuses ou insulaires, elle soulève des questions d’accès aux soins, de sécurité et d’égalité territoriale. Les centres de périnatalité de proximité peuvent-ils compenser la fermeture des petites maternités ? La télé-expertise suffira-t-elle à garantir un suivi de qualité ? Et surtout, les sages-femmes libérales, actrices de première ligne, seront-elles enfin entendues ? Les conclusions définitives de la mission, attendues en octobre 2026, devront apporter des réponses concrètes à ces interrogations.






