Rétatrutide : la tendance TikTok qui inquiète les autorités sanitaires

Le rétatrutide, médicament anti-obésité non autorisé développé par Eli Lilly, promet 28% de perte de poids mais circule déjà illégalement sur TikTok via des influenceurs et des laboratoires chinois. Les produits achetés en ligne ne font perdre que 7,2% de poids réel et présentent des risques sanitaires graves : infections, atteintes hépatiques, réactions allergiques.
Sur TikTok, des influenceurs fitness promettent une perte de poids de 28 % avec le rétatrutide. Cependant, ce peptide n’est pas autorisé, et les produits vendus en ligne ne font perdre en réalité que 7,2 % de poids. De plus, certains utilisateurs se retrouvent hospitalisés avec des infections ou des atteintes hépatiques. Voici ce qu’il faut savoir avant de cliquer sur ce lien WhatsApp.
Rétatrutide : la nouvelle tendance amaigrissement chez les 18-35 ans
Le rétatrutide est devenu le nouvel espoir minceur sur les réseaux sociaux. Développé par Eli Lilly, ce peptide injectable cible trois récepteurs hormonaux (GLP-1, GIP et glucagon), contrairement aux traitements actuels comme Mounjaro et Wegovy. Surnommé le « King Kong » de l’anti-obésité, il fascine une génération en quête de transformations spectaculaires.
En mai 2025, un essai clinique de phase 3 a captivé les réseaux sociaux : à dose maximale, le rétatrutide permettrait une perte de poids de 28,3 % en 80 semaines. Ce chiffre impressionnant a créé un buzz immédiat. Toutefois, le médicament n’est pas encore autorisé à la vente. Eli Lilly envisage de soumettre sa demande à la FDA en 2027, avec une commercialisation prévue aux États-Unis fin 2027 et en Europe en 2028.
Malgré cela, le rétatrutide est déjà largement disponible en ligne, vendu entre 80 et 350 dollars selon les plateformes. En France, le revendeur Azentra proposait un stylo injecteur à 299 euros pour trois à cinq mois de traitement, jusqu’à ce que l’ANSM intervienne en juillet dernier. C’était leur deuxième mise en garde en deux mois après l’interdiction de FastPen 40 mg.
Comment ça se vend ? Le circuit TikTok démystifié
Les laboratoires chinois, qui peuvent produire la molécule à des fins scientifiques, alimentent un marché noir dynamique. Leur méthode ? Faire appel à des influenceurs fitness suivis par des milliers de personnes. Jon Kluth et Dawson Weiss, avec respectivement 237 000 et 220 000 abonnés, sont parmi les plus actifs. Dawson Weiss promet : « Imaginez pouvoir manger ce que vous aimez sans conséquences. »
En France, des comptes se faisant passer pour des « pharmaciens » ou « médecins » offrent des liens d’achat ou des numéros WhatsApp. Ces faux professionnels exploitent la crédibilité de leur apparence pour rassurer des acheteurs sceptiques. Certains utilisent même du contenu généré par intelligence artificielle pour créer de faux témoignages.
En 2025, TikTok a commencé à supprimer les contenus liés aux mots-clés « retatrutide » et « reta ». En réponse, les vendeurs ont trouvé des astuces. En utilisant des emojis, des chiffres ou des orthographes alternatives comme « r3t4 » ou « rēta », ils parviennent à contourner les algorithmes de modération.
Ce que personne ne vous dit : la réalité des produits achetés en ligne
Une étude observationnelle d’août 2026 a révélé que les utilisateurs de rétatrutide acheté en ligne ne perdent que 7,2 % de leur poids en un an, contre 15,5 % dans les essais cliniques encadrés. Cette différence s’explique par des dosages approximatifs, une composition incertaine, l’absence de suivi médical et une conservation inadéquate.
Beaucoup de produits ne contiennent probablement pas la molécule annoncée. Le site Vayn affiche d’ailleurs des mentions légales telles que : « Les déclarations sur ce site n’ont pas été évaluées par la FDA. » Cela signifie que les produits sont vendus sans garantie.
Les vidéos virales montrent des transformations spectaculaires, mais pas les effets secondaires tels que nausées, vomissements ou malaises. L’ANSM met en garde : « Les peptides frauduleux injectables présentent des risques accrus d’effets secondaires, tels que des dommages au foie, infections ou réactions allergiques sévères. »
Les injections sans supervision médicale augmentent les risques d’infections cutanées, abcès ou chocs anaphylactiques. Les atteintes hépatiques peuvent survenir sans symptômes visibles, retardant le diagnostic.
Avant d’acheter : 5 questions à vous poser
Première question : le vendeur accepte-t-il un paiement traçable ? Si seules les cryptomonnaies sont proposées, méfiez-vous. Deuxième interrogation : le produit a-t-il un numéro de lot, une date de péremption, un certificat d’analyse ? Leur absence indique un produit illégal. Troisième point : le prix est-il trop bas ? Un tarif dérisoire suggère une contrefaçon.
Quatrième réflexe : vérifier la légalité du vendeur. Un site sans mentions légales, adresse physique ou numéro SIRET en France opère illégalement. Cinquième garde-fou : consulter un médecin avant toute injection. Aucun professionnel sérieux ne recommandera un médicament non autorisé acheté en ligne.
La tentation est forte face aux promesses de transformations rapides. Pourtant, entre les 28,3 % annoncés et les 7,2 % réels, l’écart révèle une arnaque sanitaire. Quand Eli Lilly commercialisera légalement le rétatrutide en 2027, le marché noir aura déjà fait de nombreuses victimes. Les autorités sanitaires émettent des alertes, TikTok censure, l’ANSM intervient. Cependant, chaque jour, de nouveaux comptes apparaissent et de nouvelles victimes cliquent. La question n’est plus de savoir si le rétatrutide fonctionne, mais combien de temps encore ce trafic perdurera sous les yeux des plateformes.






