Additifs cachés : comment les marques manipulent les consommateurs

Yuka et Que Choisir Ensemble révèlent le 3 novembre 2026 l’additive washing : 19 produits sur 20 affichant « sans conservateurs » contiennent des additifs problématiques. Cette pratique marketing exploite l’effet de halo pour tromper les consommateurs en quête de produits sains.
Vous avez mis ce produit dans votre panier parce qu’il promettait « sans conservateurs ». Mais saviez-vous qu’il contenait peut-être un additif plus problématique ? C’est exactement le piège que dénoncent Yuka et Que Choisir Ensemble dans une enquête publiée le 3 novembre 2026 : l’additive washing, ou comment le marketing alimentaire exploite nos biais cognitifs pour nous vendre une illusion de santé.
« Sans conservateurs », « sans colorants » : des mentions qui rassurent mais trompent
Depuis plusieurs années, les rayons des supermarchés se couvrent de promesses rassurantes. « Sans conservateurs », « sans colorants artificiels », « sans arômes » : ces mentions fleurissent sur les emballages, répondant à une préoccupation croissante des consommateurs pour leur santé. Pourtant, derrière ces allégations se cache une réalité bien différente. L’enquête conjointe de Yuka et Que Choisir Ensemble révèle que sur 20 produits ultra-transformés analysés, 19 contiennent au moins un additif classé comme « à risque élevé ». « Il est marqué sans conservateur sur le produit, mais il y a plein d’autres additifs à l’intérieur qui sont aujourd’hui problématiques », explique Julie Chapon, cofondatrice de l’application Yuka.
Ces mentions « sans » ne sont encadrées par aucun texte réglementaire spécifique en Europe, contrairement aux allégations nutritionnelles comme « riche en fibres » ou « pauvre en sucres ». Les marques jouissent donc d’une liberté totale pour valoriser l’absence d’un ingrédient tout en en dissimulant d’autres, parfois plus controversés. Les polyphosphates (E450, E452), les nitrites ou encore les mono- et diglycérides d’acides gras figurent parmi les substances régulièrement retrouvées dans ces produits « sans conservateurs ».
L’effet de halo : la psychologie derrière le piège
Le mécanisme est redoutablement efficace. Il repose sur un biais cognitif bien documenté : l’effet de halo. « Une seule information positive suffit à modifier la perception de tout le produit », soulignent les deux associations dans leur rapport. Une étude publiée en 2018 dans le Journal of Consumer Behaviour avait déjà démontré ce phénomène : lorsqu’un emballage affiche « sans conservateurs », le consommateur perçoit automatiquement le produit comme plus sain, même si sa composition globale reste problématique.
Ce biais cognitif fonctionne comme un écran de fumée. La mention rassurante capte l’attention, détourne le regard de la liste complète des ingrédients et déclenche un sentiment de confiance immédiat. Les marques l’ont bien compris : en misant sur l’absence d’un additif spécifique, elles construisent une image « santé » sans modifier en profondeur leurs recettes. Résultat : le consommateur croit faire un choix éclairé alors qu’il tombe dans un piège marketing parfaitement orchestré.
Yuka et Que Choisir Ensemble décortiquent les étiquettes
Pour réaliser cette enquête, les deux associations ont passé au crible 20 produits ultra-transformés affichant des mentions « sans » sur leur emballage. Le verdict est sans appel : 19 d’entre eux contiennent au moins un additif jugé problématique selon la classification établie par Yuka et Que Choisir, basée sur les travaux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Parmi les marques épinglées figurent Ker Cadélac, Daunat, Président, Old El Paso, Moulin de Valdonne, Alsa, Pasquier, Haribo, Findus, Knorr, Blini, Elle & Vire, Père Dodu, Vico, Ben’s Original, Yoplait, Carrefour et Coopérative U. Le record est détenu par les bonbons Haribo Miami Pik : huit additifs différents dans un seul produit. « Derrière ces promesses rassurantes se cache parfois une tout autre réalité, avec des produits qui affichent l’absence de certains additifs, mais qui en contiennent en réalité d’autres, parfois controversés et moins connus du grand public », déplore Julie Chapon.
Les vrais additifs cachés : du marketing « sans » au risque réel
Quels sont ces additifs dissimulés derrière les mentions « sans » ? Les polyphosphates (E450, E452) figurent en tête de liste. Utilisés comme agents de texture ou stabilisants, ils sont associés à des risques rénaux et cardiovasculaires selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Les nitrites, présents dans de nombreuses charcuteries, sont quant à eux classés comme cancérogènes probables par le CIRC.
Des études récentes de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiées en 2023, établissent un lien entre certains additifs comme les diphosphates ou les mono- et diglycérides d’acides gras et un risque accru de cancer et de maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, en juin 2026, Yuka révélait que 65% des sirops à la menthe vendus en France contenaient du bleu brillant FCF (E133), un colorant controversé associé à des troubles de l’hyperactivité chez l’enfant. Autant de substances qui échappent à la vigilance des consommateurs éblouis par une promesse de « sans conservateurs ».
Pourquoi les marques jouent ce jeu dangereux
Pour les industriels de l’agroalimentaire, l’additive washing représente un avantage concurrentiel majeur. Dans un contexte où les consommateurs se méfient de plus en plus des produits ultra-transformés, afficher une mention « sans » permet de rassurer sans engager de reformulation coûteuse. Les marques contactées par les associations justifient leur pratique en rappelant que la liste complète des ingrédients figure au dos de l’emballage. Techniquement, elles respectent la loi. Moralement, elles exploitent un vide réglementaire.
Ce phénomène s’inscrit dans une stratégie marketing plus large : capitaliser sur la culture du « healthy » sans en assumer les contraintes. Retirer un conservateur tout en ajoutant un autre additif moins connu permet de surfer sur la vague du « mieux manger » sans investir dans une véritable amélioration nutritionnelle. Les consommateurs, eux, paient le prix de cette illusion : ils croient acheter plus sain, mais s’exposent aux mêmes risques sanitaires.
Face à l’additive washing, la vigilance s’impose. Premier réflexe : ignorer les mentions « sans » en façade et consulter systématiquement la liste des ingrédients au dos de l’emballage. Les additifs y sont identifiés par leur nom ou leur code européen (E suivi de chiffres). Privilégier les produits avec une liste courte et des ingrédients reconnaissables reste la règle d’or. Comme l’a déjà montré Foodwatch pour les produits protéinés, la promesse marketing ne reflète pas toujours la réalité nutritionnelle.






