Le 28 novembre 2025, Auchan a confirmé que 294 à 300 supermarchés de son réseau métropolitain basculeront progressivement sous les couleurs d’Intermarché ou de Netto. Cette opération, présentée comme une « opportunité de croissance », vise à repositionner la stratégie commerciale du distributeur. Pour les salariés de ces magasins, la question essentielle reste toutefois l’emploi. Le directeur général d’Auchan Retail, Guillaume Darrasse, assure que « Il n’y aura pas d’emplois supprimés ». Reste à comprendre ce que ce changement d’enseigne signifie pour leurs conditions de travail et leur avenir professionnel.
Une mutation inédite par son ampleur
La décision d’Auchan de faire passer ses supermarchés sous franchise Intermarché ou Netto représente l’un des plus importants transferts de marques jamais opérés dans la distribution française. 294 magasins sont directement concernés, même si certaines communications rondes évoquent « près de 300 supermarchés ». Ces points de vente génèrent ensemble 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et mobilisent 11 400 salariés, des caissiers aux directeurs de magasin.
Même si les magasins changent de bannière, les contrats de travail restent chez Auchan. Les salariés conservent donc leur employeur, leur ancienneté et leurs avantages sociaux. Cette dissociation entre enseigne commerciale et employeur administratif est atypique dans le secteur. Elle implique cependant une adaptation quotidienne. Les équipes devront progressivement suivre les pratiques des Mousquetaires : plan merchandising différent, politique de prix ajustée, priorités commerciales parfois éloignées de celles d’Auchan.
Pour garantir une transition fluide, Auchan prévoit un accompagnement opérationnel sur plusieurs mois. La mise en œuvre complète pourrait s’étaler « jusqu’à fin 2026 ». Cette temporalité longue vise à ménager les organisations internes. Cependant, elle prolonge aussi l’incertitude pour des équipes déjà éprouvées par plusieurs années de réorganisations dans la grande distribution.
Un fonctionnement quotidien réorienté vers les standards Intermarché et Netto
Le passage sous enseigne Intermarché ou Netto implique un changement de culture de magasin. Les Mousquetaires privilégient souvent une gestion plus locale, avec des leviers d’autonomie plus importants pour les directeurs. Cette philosophie peut séduire, notamment pour les salariés aspirant à plus de responsabilités immédiates. Dans certains points de vente, elle pourrait même accélérer des promotions internes ou favoriser l’expression d’initiatives commerciales.
Cependant, ce modèle implique aussi une charge de travail réorganisée. Les assortiments évoluent. Les opérations commerciales changent. Les méthodes d’implantation en rayon se rapprochent de la logique Mousquetaires, souvent plus modulable mais plus exigeante en réactivité. L’une des principales interrogations concerne la polyvalence accrue : certains salariés craignent d’être davantage sollicités en caisse, en rayon ou en réserve, selon les besoins du magasin.
Pour autant, la direction martèle qu’il ne s’agit pas d’un projet d’économie sur les équipes. « Ce n’est pas un projet de diminution des coûts. C’est un projet de développement et de croissance », a affirmé Guillaume Darrasse. Ces propos visent à couper court à l’idée fréquemment associée aux changements d’enseigne : celle d’une rationalisation qui cache une réduction de postes.
Syndicats vigilants, salariés partagés
Sur le terrain, les syndicats accueillent l’annonce avec prudence. Ils reconnaissent que le maintien des contrats est un signal positif mais soulignent que la garantie d’emploi ne suffit pas à définir un cadre de travail protecteur. D’après plusieurs représentants locaux, la question clé concerne les conditions réelles d’exercice du métier.
Les salariés interrogés se montrent, eux aussi, partagés. Certains voient dans ce changement une chance de relancer leur magasin, parfois en perte d’attractivité. D’autres redoutent une pression accrue sur les résultats ou une multiplication des tâches. Le passage sous enseigne Netto, notamment, interroge les équipes habituées à une offre plus large et à une identité de marque différente. La bascule vers un modèle orienté prix bas pourrait modifier profondément leur relation quotidienne avec les clients.
Enfin, la question de l’évolution de carrière se pose. Si Auchan reste l’employeur, la progression hiérarchique pourra-t-elle continuer au sein d’un magasin devenu Intermarché ? Ou faudra-t-il envisager des mobilités vers d’autres magasins Auchan restés sous leur enseigne initiale ? Pour l’heure, l’entreprise promet d’éclaircir ces points dans un calendrier de réunions sociales prévues sur 2026.
Un test inédit pour la grande distribution française
L’opération Auchan–Intermarché constitue un cas presque unique dans la grande distribution : une enseigne garde ses salariés mais confie l’exploitation commerciale de ses magasins à une autre marque. Cette dissociation crée une zone grise sociale qu’il faudra clarifier. Elle permet d’éviter les licenciements, mais elle introduit un double encadrement : Auchan pour l’administratif, Mousquetaires pour l’opérationnel.
Pour les salariés, cette situation demande une forte capacité d’adaptation. Certains devront réapprendre des procédures, d’autres devront intégrer des stratégies commerciales nouvelles. Les équipes encadrantes, elles, devront devenir des traducteurs internes entre deux cultures de distribution. Une exigence qui peut aussi devenir une opportunité : formation renforcée, montée en compétences et nouvelles responsabilités.
Dans les régions où les magasins Auchan étaient en difficulté, certains salariés évoquent toutefois un sentiment de « changement imposé ». Le succès de l’opération dépendra donc en grande partie de la qualité de l’accompagnement et de la transparence de la communication interne.
Le rôle déterminant du dialogue social dans les mois à venir
Pour rassurer les salariés, Auchan multiplie les échanges avec les représentants du personnel. Réunions locales, communication dédiée, dispositifs de questions-réponses : chaque magasin bénéficie d’un suivi. L’entreprise souligne qu’elle veut construire la transition avec les équipes, et non l’imposer. L’annonce d’un calendrier s’étendant jusqu’à fin 2026 évite une rupture brutale, mais laisse un long temps d’incertitude qu’il faudra gérer avec tact.
L’année 2026 s’annonce donc décisive. La façon dont Auchan accompagnera ses équipes, et dont les Mousquetaires intégreront les nouvelles pratiques, déterminera si cette transformation deviendra un modèle social innovant… ou une source durable de tensions internes.
©speedylife
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