6 salariés aidants sur 10 n’en parlent pas à leur employeur

22% des Français aident un proche, et 5 millions sont salariés. Pourtant, 61% n’en parlent pas à leur employeur, malgré des impacts mesurables sur leur travail.
Aidants et salariés : deux réalités qui coexistent pour plusieurs millions d’actifs en France. Pourtant, dans l’entreprise, cette situation reste majoritairement tue. Une enquête nationale met en lumière l’ampleur du phénomène et ses conséquences concrètes sur le travail, la carrière et l’organisation interne.
Proches aidants : Une réalité sociale massive
Au cours des douze derniers mois, 22% des Français déclarent avoir accompagné régulièrement un proche en situation de dépendance, de maladie chronique ou de handicap. Parmi eux, 18% sont toujours concernés.
Les estimations évoquées dans l’étude citent environ 5 millions de salariés aidants en France, soit près de 7% de la population totale selon les données de l’Observatoire OCIRP 2025.
Ce chiffre installe l’aidance dans le champ des enjeux structurels du marché du travail. Il ne s’agit plus de situations isolées, mais d’une réalité démographique appelée à croître avec le vieillissement de la population et l’allongement des carrières.
Comme le rappelle Sandrine Dorbes, créatrice du cabinet HOW MUCH : « Les estimations parlent d’environ 5 millions de salariés aidants en France. Cela représente environ 7% de la population française (sources Observatoire OCIRP 2025). Dans ce contexte, l’entreprise ne peut plus traiter l’aidance comme un sujet privé : c’est un enjeu d’organisation du travail, de prévention et de performance durable. »
Une charge de temps significative
L’aide apportée n’est pas marginale en volume horaire.
Près de deux aidants sur trois consacrent au moins 6 heures par semaine à leur proche. Plus d’un tiers y passent plus de 10 heures hebdomadaires, déplacements compris.
La configuration familiale est souvent ascendante : l’aide concerne principalement un parent. Mais 35% des aidants accompagnent plusieurs personnes simultanément.
Par ailleurs, 36% d’entre eux ont aussi un ou plusieurs enfants à charge. Cette situation, parfois qualifiée de « génération sandwich », cumule responsabilités parentales et soutien à un proche dépendant.
Des répercussions directes sur le travail
L’enquête montre que l’activité professionnelle est fréquemment ajustée.
Parmi les salariés aidants :
- 57% déclarent une baisse temporaire de disponibilité ou de productivité
- 33% ont augmenté leur recours au télétravail
- 29% ont connu des retards ou absences imprévues
- 22% ont réduit leurs heures ou sont passés à temps partiel
Ces ajustements peuvent être ponctuels ou durables. 12% indiquent avoir refusé une promotion, une mobilité ou une mission en raison de leurs contraintes d’aidance.
Cependant, 38% estiment ne constater aucun impact notable sur leur activité. L’intensité de l’aide et la situation du proche expliquent ces écarts.
Un silence majoritaire dans l’entreprise
Malgré ces effets mesurables, 61% des salariés aidants n’ont informé ni leur manager ni les ressources humaines de leur situation.
Seuls 37% ont déclaré leur rôle, principalement auprès de leur manager direct.
Les raisons avancées sont multiples :
- 34% souhaitent séparer vie professionnelle et vie personnelle
- 28% ignorent l’existence de dispositifs internes
- 24% ne se considèrent pas légitimes à se définir comme aidants
- 25% craignent un impact négatif sur leur carrière
À ces éléments s’ajoutent la peur d’être jugé, d’être perçu comme moins fiable ou de subir une forme de mise à l’écart.
Un impact financier non négligeable
L’aidance ne mobilise pas seulement du temps.
57% des aidants déclarent avoir supporté un coût ou une baisse de ressources au cours des douze derniers mois. Pour 21%, ces dépenses sont qualifiées de significatives, notamment pour les transports, les soins ou l’aide à domicile.
41% indiquent ne pas avoir eu de dépenses particulières, ce qui traduit une forte hétérogénéité des situations selon le niveau de dépendance et les dispositifs publics mobilisés.
Une attente forte d’un cadre formalisé
L’étude révèle également une demande explicite de structuration au sein des entreprises.
81% des salariés aidants se disent favorables à la mise en place d’un « accord aidants » (46% absolument, 35% peut-être).
Les mesures jugées prioritaires privilégient la souplesse :
- 55% citent le télétravail et les horaires flexibles
- 45% mentionnent les congés spécifiques ou une banque de jours
- 32% souhaitent un temps partiel temporaire sans pénalité
- 25% évoquent la présence d’un référent RH
Sandrine Dorbes précise que « Notre enquête montre une majorité de salariés aidants encore silencieux, mais une attente massive de solutions simples et activables vite — horaires flexibles, télétravail, congés et banque de jours. Un “accord aidants”, c’est d’abord un cadre clair, protecteur et confidentiel, pour éviter que l’aidance ne se transforme en décrochage professionnel. »
Un enjeu organisationnel pour les entreprises
La sous-déclaration constitue un point central. L’accès aux aménagements dépend souvent de la capacité du salarié à signaler sa situation.
Or, l’absence de politique claire ou de référent identifié freine cette démarche. 22% des répondants déclarent ne connaître aucune mesure dans leur entreprise, et 10% indiquent qu’il n’en existe aucune.
L’aidance s’impose ainsi comme une question de gestion des ressources humaines, de prévention des risques psychosociaux (RPS) — c’est-à-dire des risques liés au stress, à la charge mentale et à l’organisation du travail — et de maintien dans l’emploi.





