Billets : ces euros que vous connaissez vont changer

Les billets en euros préparent une importante transformation. La Banque centrale européenne veut renouveler leur apparence et deux univers très différents sont encore en compétition : les grandes figures de la culture européenne et la nature. Plus de 9 millions de personnes ont déjà donné leur avis.
La Banque centrale européenne (BCE) prépare une nouvelle génération de billets qui doit renouveler leur identité visuelle, mais aussi améliorer leur sécurité et leur durabilité. Avant d’arrêter son choix, l’institution demande aux Européens de se prononcer sur dix propositions. Le vote reste ouvert jusqu’au 21 septembre 2026.
Billets : pourquoi la BCE veut-elle changer leur apparence ?
Depuis la naissance de l’euro, l’architecture constitue le principal univers graphique des billets. Chaque valeur évoque une période différente de l’histoire architecturale européenne, du style classique jusqu’à l’architecture du fer et du verre du XIXe siècle.
Les éléments les plus visibles sont des fenêtres et des portails au recto et des ponts au verso. Ils ne reproduisent pas des monuments existants. Lors de la conception des premiers euros, l’un des objectifs était justement d’éviter de privilégier un pays plutôt qu’un autre. Les fenêtres et les portails symbolisent l’ouverture et la coopération en Europe, tandis que les ponts évoquent les liens entre les peuples européens et avec le reste du monde, explique la Banque centrale européenne.
D’autres symboles figurent également sur les coupures, notamment la carte de l’Europe, le drapeau européen et les étoiles de l’Union européenne. La deuxième génération de billets, baptisée série « Europe » et introduite progressivement à partir de 2013, utilise aussi le portrait d’Europe, personnage de la mythologie grecque, dans certains de ses éléments de sécurité.
Les euros ont donc déjà évolué depuis leur lancement en 2002. La prochaine génération pourrait cependant marquer une rupture visuelle beaucoup plus nette.
La BCE souhaite que les futurs billets représentent davantage des éléments auxquels les Européens peuvent s’identifier. « Les billets en euros sont plus qu’un moyen de paiement, ils constituent l’un des symboles les plus tangibles de l’Europe », déclarait Christine Lagarde lors du lancement de la consultation, selon la Banque centrale européenne.
Marie Curie pourrait apparaître sur le billet de 20 euros
La première option ferait entrer plusieurs personnalités européennes dans les portefeuilles.
Le thème « La culture européenne : espaces culturels partagés » associe chacune des six valeurs à une grande figure de l’histoire du continent. Maria Callas est prévue pour le billet de 5 euros, Ludwig van Beethoven pour celui de 10 euros et Marie Curie Skłodowska pour la coupure de 20 euros.
Miguel de Cervantes serait associé au 50 euros, Léonard de Vinci au 100 euros et Bertha von Suttner au billet de 200 euros.
L’autre face ne serait pas simplement consacrée à ces personnalités. Elle représenterait des lieux ou activités culturels partagés en Europe : spectacle vivant, musique, enseignement, bibliothèques, musées ou encore places publiques.
L’apparition de personnages historiques identifiables constituerait un changement particulièrement visible par rapport aux coupures actuelles. Mais rien ne garantit encore que cette piste sera finalement retenue.
Des oiseaux et des fleuves plutôt que Beethoven ?
La seconde possibilité écarte les personnalités célèbres pour faire de la nature européenne le fil conducteur des nouvelles coupures.
Le thème « Fleuves et oiseaux : la résilience dans la diversité » suit le parcours de l’eau à travers différents paysages européens. Chaque valeur associe un environnement naturel à un oiseau.
Le billet de 5 euros pourrait ainsi montrer une source de montagne accompagnée d’un tichodrome échelette. Une cascade et un martin-pêcheur sont associés au 10 euros. Sur le projet du billet de 50 euros, une cigogne blanche survole un paysage fluvial. Le 200 euros emmène quant à lui jusqu’à la mer, avec le fou de Bassan.
Les versos seraient notamment consacrés aux institutions européennes.
Ces propositions sont le résultat d’un long processus de sélection. Le concours de graphisme organisé par la BCE avait attiré 1.241 candidatures provenant de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Après plusieurs étapes, dix projets sont désormais soumis à l’avis du public.
Plus de 9 millions de personnes ont déjà voté
La BCE a ouvert sa consultation à la fin du mois de juillet 2026. Et le sujet mobilise largement au-delà des spécialistes de la monnaie.
Au 14 septembre, plus de 9 millions de personnes avaient déjà participé, a annoncé Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne. Il a qualifié l’opération de « l’une des consultations publiques européennes les plus réussies jamais menées ».
Les Européens peuvent encore donner leur avis jusqu’au 21 septembre 2026.
Le résultat ne fonctionnera cependant pas comme celui d’une élection classique. Le projet ayant recueilli le plus de suffrages ne deviendra pas nécessairement automatiquement le prochain billet.
Les réponses du public doivent éclairer le Conseil des gouverneurs de la BCE. En parallèle, l’institution fait réaliser une enquête comportant les mêmes questions auprès d’un échantillon représentatif de la population de la zone euro.
Le graphisme définitif doit être choisi vers la fin de l’année 2026.
Plus de 31 milliards de billets sont toujours en circulation
Cette transformation intervient alors que les paiements par carte, smartphone ou montre connectée prennent une place croissante dans la vie quotidienne. Pourtant, le billet n’est pas près de disparaître.
À la fin de l’année 2025, 31,3 milliards de billets en euros étaient en circulation, selon le rapport annuel de la BCE. Leur valeur cumulée atteignait 1.619,5 milliards d’euros.
Les espèces ne servent d’ailleurs pas seulement aux paiements quotidiens. Elles peuvent être conservées comme réserve de valeur et présentent l’avantage de pouvoir être utilisées sans smartphone ou connexion à un système de paiement électronique.
La BCE continue donc d’investir dans l’avenir du cash. Les futures coupures doivent intégrer de nouveaux dispositifs de sécurité afin de renforcer leur résistance à la contrefaçon. L’institution souhaite également employer des matériaux et des procédés de fabrication plus durables.
Changer un billet ne consiste donc pas seulement à choisir une nouvelle illustration. Derrière le graphisme se trouvent des contraintes de sécurité, de fabrication, de résistance et d’utilisation à très grande échelle.
Quand ces nouveaux billets arriveront-ils dans votre portefeuille ?
Le choix du graphisme, attendu vers la fin de 2026, sera suivi d’une longue phase technique. Il faudra finaliser les nouveaux billets, intégrer leurs dispositifs de sécurité, réaliser les tests nécessaires puis préparer leur production à grande échelle.
La BCE précise qu’aucune décision définitive n’a encore été prise concernant le calendrier et les modalités de mise en circulation de la nouvelle série.
Un horizon a néanmoins été évoqué publiquement. Le 3 juin 2026, Piero Cipollone a indiqué que l’institution se préparait à émettre les premières coupures de la nouvelle série au début des années 2030.
Cette indication ne constitue pas une date ferme. Elle permet surtout de comprendre le délai qui sépare la sélection d’un graphisme de l’arrivée d’une véritable coupure dans un distributeur ou dans la caisse d’un commerçant.
Les billets actuels resteront donc encore plusieurs années dans les portefeuilles. Mais leur possible successeur commence à se dessiner. Reste à savoir si la prochaine génération fera apparaître Marie Curie, Beethoven et Léonard de Vinci ou si l’Europe préférera raconter son identité à travers ses fleuves, ses paysages et ses oiseaux.






