Le 6 novembre 2025, l’étude menée par EPI-PHARE (ANSM–Cnam) a confirmé que la prise de Dépakine, un médicament largement utilisé contre l’épilepsie, peut accroître le risque de troubles neuro-développementaux chez l’enfant lorsqu’il est pris par le père juste avant la conception. Les résultats, fondés sur l’analyse de millions de naissances, éclairent une question essentielle pour les familles : comment concilier traitement et projet de bébé ?
Un risque accru si le père prend de la Dépakine avant la conception
L’étude d’EPI-PHARE s’appuie sur 2,8 millions d’enfants nés entre 2010 et 2015. Parmi eux, 4 773 sont nés d’un père traité par valproate, la molécule de la Dépakine, dans les quatre mois précédant la conception. 583 ont été diagnostiqués avec au moins un trouble neuro-développemental : 149 avec un trouble de l’attention avec hyperactivité, 77 avec un trouble du spectre de l’autisme, 42 avec un trouble du développement intellectuel, et plusieurs centaines d’autres avec des troubles de la communication ou des difficultés d’apprentissage. Selon l’ANSM, « les résultats montrent une augmentation globale de 24 % du risque de troubles neuro-développementaux » pour ces enfants. Cette période correspond à la durée de la spermatogenèse, c’est-à-dire le cycle de production des spermatozoïdes.
Le signal le plus fort concerne les troubles du développement intellectuel (TDI) : l’ANSM précise que « le risque apparaît doublé, soit 3,5 cas supplémentaires pour 1 000 enfants nés d’un père traité au moment de la conception ». Dans les chiffres détaillés : 42 enfants exposés présentaient un TDI, 77 des troubles du spectre de l’autisme et 149 un trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH).
Parce qu’il s’agit de risques rares mais bien identifiés, les autorités recommandent désormais d’aborder ces questions avant un projet de grossesse, afin de pouvoir adapter le traitement si nécessaire.
La Dépakine, un traitement à ne jamais arrêter seul : l’importance du dialogue médical
Pour les patients, cette nouvelle inquiétude pourrait faire craindre qu’il faille arrêter immédiatement la Dépakine. Or, c’est exactement l’inverse : un arrêt intempestif est très dangereux. « Dans l’épilepsie, un arrêt brutal du traitement peut être extrêmement délétère », rappelle Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM. Il insiste : tout changement « doit se faire avec le médecin ».
Cette mise au point est essentielle pour la vie quotidienne des familles. La Dépakine reste un traitement majeur pour de nombreux patients épileptiques. Certaines personnes ne répondent pas aux alternatives, ce qui rend impossible un arrêt sans encadrement médical. La priorité est donc d’en discuter suffisamment tôt avec un neurologue ou un médecin généraliste.
En pratique, les hommes sous Dépakine et envisageant une grossesse doivent se rapprocher de leur praticien pour savoir :
- si un changement vers un autre antiépileptique — comme la lamotrigine ou le lévétiracétam — est possible ;
- quel délai est nécessaire entre le changement de traitement et le début d’un projet de conception ;
- comment organiser un suivi pour maintenir une bonne stabilité des crises.
Ces échanges permettent d’adapter le traitement sans mettre en danger ni le patient ni le futur enfant.
Un impact concret pour les couples : anticiper quelques mois avant le projet de grossesse
Pour les couples, la première conséquence est simple : il faut anticiper. Comme la spermatogenèse dure environ trois à quatre mois, le traitement pris durant cette période est pris en compte par l’étude. Cela signifie que planifier une grossesse peut nécessiter d’ajuster son calendrier.
Beaucoup découvrent également que la santé du père peut avoir un impact sur la future grossesse, ce qui reste moins connu du grand public. L’étude EPI-PHARE fournit un nouvel outil d’information : comprendre que certains médicaments peuvent influencer la qualité des spermatozoïdes, et donc, indirectement, le développement de l’enfant.
Cette connaissance, communiquée sans alarmisme, permet aux couples d’avancer de façon pragmatique : adapter un traitement si possible, ou patienter quelques mois, ou encore poursuivre le traitement si aucune alternative n’est viable.
©speedylife
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