L’échec est souvent perçu en France comme une anomalie, un sujet tabou qu’il vaut mieux éviter. Pourtant, il peut être une formidable source d’apprentissage et de progrès. Auteur de « Jouf Off » publié aux Éditions Valeur Ajoutée, Julien Le Corre partage sa vision d’un droit à l’échec, critique les mythes de la « startup nation » et explore comment réconcilier réussite et échec pour stimuler l’innovation.
Vous écrivez que l’échec est « un droit et une liberté ». Pourquoi était-ce important pour vous de transmettre ce message ?
L’échec est indispensable et normal. Si on nous avait interdit l’échec, nous n’aurions jamais appris à parler, à marcher, à vivre tout simplement. Pourtant en France la peur d’échouer – et surtout, d’être vu en train d’échouer – est chevillée au corps. Les Français ont la terreur du ridicule. Être vu en position d’infériorité est une idée insupportable. Je pense qu’il est important de combattre ce présupposé culturel et de réhabiliter le droit, voire l’obligation, à l’échec. D’expliquer que les “erreurs” de parcours sont la condition même du parcours.
Votre livre critique la vision dominante de la « startup nation ». Que reprochez-vous à cet idéal entrepreneurial ?
Je conteste un peu le storytelling disruptif autour de la “startup nation” française. Je pense que la startup nation valorise principalement des métriques financières, et qu’elle est un système service d’entrepreneurs qui viennent majoritairement de milieux financiers favorisés et sont passés par des grandes écoles. C’est juste une remise au goût du jour de déterminismes socio-économiques historiques de la société française.
©speedylifeQuel impact espérez-vous que Jour Off aura sur ses lecteurs, en particulier les entrepreneurs ?
J’ai écrit ce livre pour poser des questions et stimuler le débat. Sur la semaine de 4 jours, sur le télétravail, sur le travail lui-même. Si cela fait réfléchir, tant mieux !
Pensez-vous que la société française est prête à changer son regard sur l’échec entrepreneurial ?
J’aimerais que cela soit le cas mais je ne pense pas. L’échec reste vu comme une anomalie. C’est aux grands entrepreneurs français de prendre la parole sur le sujet. J’ai vu récemment une interview de Xavier Niel où il expliquait qu’il échouait tout le temps. C’est ce genre de discours qu’il faut normaliser pour réconcilier la réussite et l’échec – et comprendre que l’un est la condition de l’autre.
©speedylife
©speedylife
©speedylife
©speedylife
©speedylife
©speedylife
©speedylife