Étudiants : l’université presque gratuite est-elle menacée ?

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Nantes, des étudiants formatés « French Tech »
La hausse envisagée ferait supporter plus de 4.250 euros supplémentaires à un étudiant suivant cinq années d’études universitaires. | Speedy life

Un rapport sur le financement de l’université propose de porter les frais d’inscription à 900 euros en licence et à 1.300 euros en master. Présentée comme un moyen de renforcer les ressources des établissements, cette piste ferait surtout peser une nouvelle dépense sur les étudiants qui ne bénéficient d’aucune exonération.

Le débat sur les frais universitaires ne se limite pas à une multiplication par cinq des tarifs. Entre maintien annoncé des exonérations, effets de seuil des bourses et fragilité financière des établissements, la réforme pourrait déplacer une partie du coût de l’enseignement supérieur vers les familles des étudiants.

Les étudiants non-boursiers en première ligne

La proposition de relever les frais d’inscription universitaires à 900 euros en licence et à 1.300 euros en master ne toucherait pas tous les étudiants de la même manière. Le rapport issu des Assises du financement des universités prévoit en effet de préserver les exonérations accordées aux étudiants boursiers, selon les informations publiées par Le Monde.

La hausse se concentrerait donc principalement sur les jeunes ne remplissant pas les critères d’attribution d’une bourse. Parmi eux figurent de nombreux étudiants issus de familles aux revenus intermédiaires, parfois situées de peu au-dessus des plafonds d’éligibilité.

Ces ménages devraient assumer une dépense annuelle supplémentaire de plusieurs centaines d’euros sans bénéficier nécessairement d’une aide compensatoire. La différence serait particulièrement visible pour les familles ayant plusieurs enfants inscrits simultanément dans l’enseignement supérieur.

Deux étudiants en licence représenteraient ainsi 1.800 euros de droits annuels. Avec deux enfants en master, la facture atteindrait 2.600 euros. Ces montants viendraient s’ajouter au loyer, aux transports, à l’alimentation, aux assurances, aux équipements informatiques et à la contribution de vie étudiante et de campus.

Une licence et un master coûteraient 5.300 euros

Aux tarifs envisagés, trois années de licence reviendraient à 2.700 euros. Deux années supplémentaires en master coûteraient 2.600 euros. Un parcours complet jusqu’au bac +5 représenterait donc 5.300 euros de seuls frais d’inscription.

À titre de comparaison, les droits nationaux demandés aux étudiants français et européens s’établissent actuellement à 178 euros en licence et à 254 euros en master. La même formation sur cinq ans coûte ainsi 1.042 euros aux tarifs en vigueur, hors autres contributions.

Le supplément atteindrait donc 4.258 euros sur l’ensemble du cursus. Il ne serait pas exigé en une fois, mais son accumulation pourrait peser sur la poursuite des études, notamment au moment du passage en master.

La proposition n’est pas encore une décision gouvernementale. Elle constitue l’un des scénarios destinés à répondre aux difficultés budgétaires des universités. Lors du lancement des Assises en janvier 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur avait demandé l’élaboration de solutions compatibles avec le redressement des finances publiques, en évaluant leurs effets financiers et réglementaires. Les objectifs de cette concertation sont détaillés sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur.

Des frais qui rapportent encore peu aux universités

La hausse est défendue au nom du faible poids des droits d’inscription dans le budget des établissements publics. Selon un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche publié en janvier 2025, ces frais ont rapporté environ 500 millions d’euros en 2023.

Ils ne représentaient alors que 2,7% des 18,2 milliards d’euros de recettes des établissements publics concernés. Les subventions pour charges de service public fournissaient, à elles seules, 76% de leurs ressources.  

Le système français repose donc très largement sur le financement public. Augmenter les droits reviendrait à accroître la participation directe des étudiants, même si les sommes versées resteraient inférieures au coût réel d’une année de formation.

Pour les établissements, la mesure pourrait dégager des recettes nouvelles plus rapidement qu’une réforme globale du financement. Son rendement réel dépendrait toutefois du nombre d’exonérations, des éventuelles compensations accordées par l’État et de la réaction des étudiants face aux nouveaux tarifs.

Une hausse importante pourrait aussi produire des effets différents selon les universités. Celles qui accueillent une forte proportion de boursiers percevraient moins de recettes supplémentaires que les établissements comptant davantage d’étudiants non exonérés.

La précarité étudiante complique le débat

Le projet intervient alors que les difficultés financières sont déjà largement présentes dans la population étudiante. L’Observatoire national de la vie étudiante indique que près de 80.000 étudiants ont participé à son enquête Conditions de vie 2023, dont 49.523 ont entièrement rempli le questionnaire.  

Dans les résultats détaillés de cette enquête, 20% des étudiants déclarent avoir connu des difficultés financières les empêchant de satisfaire des besoins essentiels.

Même étalée sur l’année, une dépense supplémentaire de 722 euros en licence ou de 1.046 euros en master pourrait contraindre certains jeunes à augmenter leur temps de travail salarié. Or un emploi plus prenant réduit le temps disponible pour assister aux cours, préparer les examens ou effectuer un stage peu rémunéré.

Le risque ne concerne pas seulement l’abandon des études. Des étudiants pourraient privilégier une formation proche de leur domicile, renoncer à une mobilité ou repousser leur entrée en master pour des raisons strictement budgétaires.

La notion de frais « modiques » pourrait être contestée

Une éventuelle réforme devrait également respecter le cadre juridique applicable à l’enseignement supérieur public. Le Conseil constitutionnel a reconnu en 2019 que l’exigence de gratuité s’appliquait aux formations publiques préparant à des diplômes nationaux.

Cette gratuité n’interdit cependant pas tout droit d’inscription. Des frais peuvent être demandés à condition de conserver un caractère modique et de tenir compte des capacités financières des étudiants.

Le Conseil d’État a rappelé en 2020 que l’appréciation devait prendre en considération le coût de la formation, mais également les dispositifs d’aide et d’exonération.  

La juridiction avait alors validé des droits différenciés pouvant atteindre 2.770 euros en licence et 3.770 euros en master pour certains étudiants étrangers. La décision complète du Conseil d’État précise les montants concernés et le raisonnement juridique retenu. 

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