Ce lundi 10 novembre 2025 à 11 h 31, les femmes « travaillent gratuitement » jusqu’à la fin de l’année. L’expression est symbolique, mais le calcul est réel : avec 14,2 % de différence de salaire moyen à temps plein, les femmes françaises effectuent, en équivalent temps de travail, sept semaines sans rémunération par rapport aux hommes. Cette estimation, réalisée chaque année par le collectif Les Glorieuses illustre la persistance d’un déséquilibre économique majeur au cœur de notre société.
Un symbole annuel pour mesurer les inégalités de travail et de salaire
Le calcul repose sur les chiffres les plus récents de l’Insee : à poste et temps de emploi comparables, les femmes gagnent toujours 14,2 % de moins que les hommes. Ce décalage, appliqué sur l’année, équivaut à un arrêt virtuel du paiement le 10 novembre à 11 h 31. « Il faut encore un coup de pouce pour accélérer dans la lutte pour l’égalité salariale », a déclaré Rebecca Amsellem, fondatrice du collectif Les Glorieuses, citée par Le Monde. Depuis 2016, l’écart n’a reculé que de 0,9 point, passant de 15,1 % à 14,2 %.
Autrement dit, le rythme du rattrapage reste extrêmement lent. « À ce rythme-là, on atteindra l’égalité en 2167 », estime Rebecca Amsellem, toujours dans Le Monde. Le message est clair : sans politiques plus contraignantes, ni changements dans les pratiques salariales des entreprises, la parité économique restera hors de portée.
Des causes structurelles qui freinent la parité économique
Derrière ces 14,2 % se cache une multitude de facteurs économiques et sociaux. Le premier, et le plus visible, concerne le temps de travail : près de 30 % des femmes exercent un emploi à temps partiel, contre moins de 10 % des hommes. Cette répartition résulte souvent de la gestion du quotidien familial ou du manque de places en crèche, qui freine l’activité à plein temps.
Deuxième facteur, la ségrégation professionnelle : les métiers les plus féminisés sont aussi ceux où les rémunérations sont les plus basses. À l’inverse, les secteurs les mieux payés (industrie, technologies, finance) restent largement masculins.
Enfin, l’accès aux postes de pouvoir demeure limité : les femmes occupent à peine 22 % des sièges dans les comités exécutifs du CAC 40, selon les données consolidées en 2025. Une situation qui limite mécaniquement leur progression salariale et leur influence sur les décisions internes.
Ces écarts s’installent dès l’entrée sur le marché du travail. D’après les statistiques de l’Insee, à diplôme et expérience équivalents, une jeune femme touche en moyenne 9 % de moins qu’un homme dès sa première embauche. Ces différences initiales se cumulent ensuite au fil des carrières, amplifiant l’écart global.
Une égalité salariale encore loin d’être atteinte malgré les obligations légales
Depuis 2019, la loi impose aux entreprises françaises de plus de 50 salariés de publier un index d’égalité professionnelle. Cet outil, censé favoriser la transparence, attribue une note sur 100 selon plusieurs critères : écarts de rémunération, augmentations, promotions et retour de congé maternité. Mais ses effets restent mitigés.
En théorie, une entreprise notée sous 75 doit corriger sa situation dans un délai de trois ans, sous peine de sanction financière. En pratique, peu d’amendes sont infligées. Beaucoup d’entreprises obtiennent des scores artificiellement élevés en raison de marges d’interprétation dans le calcul. D’ailleurs, le ministère du Travail a annoncé une évaluation du dispositif d’ici la fin de 2025, avec l’objectif de rendre la méthode plus rigoureuse et d’intégrer davantage de critères qualitatifs, comme la mixité dans les promotions et la transparence des grilles salariales.







