Cet insecticide interdit continue de circuler en France, avec des risques graves pour la santé

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Le SNIPER 1000 EC DDVP continue d’être utilisé dans les foyers contre les cafards et les punaises de lit. | Speedy life

Cet insecticide interdit depuis 2013 continue d’être utilisé contre les cafards et les punaises de lit. L’Anses décrit désormais un risque bien installé dans les logements, avec des intoxications, des enfants exposés et plusieurs cas graves.

Le SNIPER 1000 EC DDVP ne devrait plus circuler en France depuis plus de dix ans. Pourtant, ce produit à base de dichlorvos reste acheté dans des circuits parallèles puis utilisé dans des appartements et des maisons comme solution de secours face aux nuisibles. Le dernier bulletin de l’Anses montre que le danger ne se limite pas à une fraude à la marge : il s’agit d’un problème concret de sécurité domestique, avec des expositions nombreuses et des accidents parfois sévères.

Un insecticide vendu sur des marchés, à la sauvette et dans de petits commerces

Le SNIPER 1000 EC DDVP est interdit en France et dans l’Union européenne depuis 2013, en raison de la toxicité du dichlorvos. Malgré cela, il n’a pas disparu des circuits de vente parallèles. Les données réunies par l’Anses montrent que, lorsque le mode d’obtention est connu, le produit est acheté principalement sur des marchés ou à la sauvette, dans 62,2% des cas renseignés. Les petits commerces représentent 11% des situations documentées.

Le produit circule aussi autrement. Dans 11,8% des cas, il a été donné par une tierce personne. Dans 10,2% des situations, il a été rapporté de l’étranger hors Union européenne. Les achats sur Internet apparaissent également dans les remontées des Centres antipoison, même s’ils sont moins fréquents que les ventes informelles sur le terrain.

Ce mode de diffusion explique en partie la persistance du produit. Il échappe aux circuits classiques, passe de main en main, voyage avec les acheteurs et reste associé à une image de produit « fort » censé régler rapidement un problème d’infestation. L’Anses indique en outre que ce produit est importé principalement d’Afrique subsaharienne, ce qui confirme l’existence d’un approvisionnement encore actif.

Les intoxications ont augmenté entre 2023 et 2025

Le bulletin Vigil’Anses, publié en avril 2026, actualise les données des Centres antipoison sur la période du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2025. Le bilan recense 363 événements concernant le SNIPER 1000 EC DDVP. Parmi eux, 351, soit près de 97%, correspondent à une exposition effective au produit. Les autres cas relèvent de demandes d’information.

Au total, 434 personnes ont été exposées. L’âge des personnes concernées va de deux mois à 87 ans, avec un âge médian de 29 ans. Les femmes représentent 61% des cas. Surtout, 320 personnes, soit 74% des exposés, ont présenté des symptômes.

Ces chiffres prolongent et aggravent les constats déjà formulés dans le précédent bilan de l’Anses. Le produit n’est donc pas un reliquat anecdotique d’un ancien marché illégal. Il continue d’être manipulé, utilisé et à l’origine d’accidents en nombre important. Le document de 2026 parle d’ailleurs d’une forte augmentation du nombre d’événements et de cas par rapport au bilan précédent.

Les usages domestiques représentent plus de sept expositions sur dix

Le tableau des circonstances d’exposition donne une image très nette du problème. Sur les 351 événements d’exposition255, soit 72,5%, sont liés à une utilisation au domicile pour lutter contre des nuisibles. Le produit n’est donc pas seulement acheté ; il est massivement employé dans des logements occupés.

C’est là que le risque devient immédiat. Une pulvérisation dans une chambre, une application dans une cuisine, une mauvaise aération, un retour trop rapide dans la pièce ou un stockage négligent suffisent à exposer les habitants. Les intoxications relevées ne concernent pas un usage industriel ou spécialisé, mais un usage privé, souvent réalisé par des personnes qui veulent simplement se débarrasser de punaises de lit ou de cafards.

Le bulletin mentionne aussi 12 cas d’ingestion de produit déconditionné et 4 cas d’ingestion d’un aliment sur lequel se trouvait du produit. Ces situations rappellent qu’un insecticide interdit, une fois introduit dans un logement, peut contaminer l’environnement quotidien de manière bien plus large qu’une simple pulvérisation sur des plinthes ou un matelas.

Les enfants exposés à cet insecticide

Le chapitre consacré aux enfants est l’un des plus marquants du document. L’Anses recense 39 événements dans lesquels un enfant a ingéré le produit laissé à sa portée. Ce chiffre dit beaucoup du niveau de danger associé à la banalisation du flacon dans un foyer.

Le produit n’est pas toujours perçu pour ce qu’il est réellement : une substance interdite, hautement toxique, qui ne devrait jamais être stockée dans un logement. Une fois acheté dans un circuit parallèle, il peut être posé dans un placard accessible, laissé dans une pièce de vie ou conservé sans précaution particulière. C’est dans cette séquence que surviennent les accidents les plus évitables.

Le bulletin rappelle par ailleurs que les personnes exposées ont entre deux mois et 87 ans. Ce détail statistique montre que l’exposition ne se limite pas à l’utilisateur direct. Dans un espace habité, le produit peut toucher l’ensemble des occupants, y compris ceux qui ne l’ont ni acheté ni manipulé.

18 cas sévères et quatre décès

L’Anses rappelle que les intoxications aiguës au SNIPER 1000 EC DDVP peuvent provoquer des symptômes respiratoires, digestifs, neurologiques ou neuro-musculaires, pouvant aller jusqu’au décès. Les chiffres de gravité confirment ce niveau de risque.

Parmi les 434 personnes exposées43 cas ont été classés en gravité moyenne et 18 cas en gravité forte. Le bilan mentionne quatre décès. Sur les 18 cas graves, dix correspondent à une tentative de suicide, incluant trois décès après ingestion du produit. Les autres cas sévères concernent des situations accidentelles, notamment des ingestions par de jeunes enfants ou des adultes, l’application du produit par une femme de ménage, ou encore le fait d’avoir dormi dans la pièce après traitement.

Ces éléments rappellent une réalité simple : la dangerosité du produit ne tient pas seulement à un usage extrême. Elle se manifeste aussi dans des contextes ordinaires, au sein d’un logement, après une exposition qui peut sembler banale au départ.

L’Île-de-France concentre la majorité des cas liés à cet insecticide

La géographie du phénomène reste très marquée. 67% des événements recensés concernent l’Île-de-France. À elle seule, la Seine-Saint-Denis représente 22% des événements. Le tableau détaillé fourni par l’Anses fait apparaître 80 événements dans ce département, devant Paris avec 45 événements. Viennent ensuite le Val-d’Oise avec 27, l’Essonneet le Val-de-Marne avec 22 chacun.

Le produit ne reste toutefois plus limité à cette seule zone. Le bulletin mentionne désormais des expositions signalées dans plusieurs grandes villes, notamment MarseilleLyon et Limoges, ainsi qu’en Outre-mer. Plusieurs personnes avaient acheté le produit en région parisienne avant de l’utiliser ailleurs. Le sujet ne peut donc plus être réduit à un problème strictement francilien.

Les recommandations de l’Anses

Pour les punaises de lit, l’Anses rappelle que la première réponse ne doit pas être chimique. Les méthodes physiques restent privilégiées : aspiration, lavage à température adaptée, traitement thermique et intervention ciblée. En cas de persistance de l’infestation, l’agence recommande de faire appel à un professionnel de la lutte antiparasitaire disposant d’un Certibiocide.

L’Anses déconseille aussi l’achat de produits biocides sur les marchés ou à la sauvette, en raison du risque d’acheter des produits interdits ou adultérés. Le message est clair : un flacon sans garantie d’origine, acheté hors circuit classique, ne devrait jamais finir dans un logement.

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