Les oeufs français sont pollués, selon une enquête

Une enquête de Radio France révèle que 57% des 91 œufs analysés en France contiennent des PFAS, ces polluants éternels quasi-indestructibles. 25% dépassent les seuils réglementaires.
Dans les Ardennes, Anne et Sébastien Abraham élevaient leurs poules en toute quiétude avant qu’une enquête de Radio France ne vienne bouleverser leur quotidien. Leurs œufs présentent une concentration de PFAS 40 fois supérieure à la limite autorisée. Cette découverte fait écho à celle de 52 autres œufs contaminés en France, mise en lumière le 6 octobre 2026.
Découverte choquante pour Anne et Sébastien Abraham
À Haraucourt, un paisible village des Ardennes, Anne et Sébastien Abraham cultivent des légumes et élèvent des poules. Ils ne s’attendaient pas à ce que leurs œufs affichent la plus forte contamination de l’étude menée par le réseau ICI et la Cellule investigation de Radio France. Le laboratoire Labocéa, basé à Quimper, a mesuré une concentration de 40,1 microgrammes de PFAS par kilogramme dans leurs œufs, soit 24 fois la norme fixée à 1,7 microgramme par kilogramme.
Les Abraham rejoignent ainsi les nombreuses victimes invisibles d’une pollution qu’ils ignoraient. Leurs poules, en grattant la terre et en se nourrissant d’insectes contaminés, accumulent ces substances dans leur organisme. Louis Delon, directeur de l’Institut écocitoyen des territoires lyonnais, souligne que les poules de particuliers sont plus exposées à ces pollutions environnementales.
Origine de la contamination des œufs
La contamination exceptionnelle des œufs d’Anne et Sébastien Abraham trouve son origine dans l’épandage de boues provenant d’une papeterie de Stenay, spécialisée dans les emballages imperméabilisés aux PFAS. Ces boues, riches en polluants, ont été utilisées pendant des années comme engrais sur les terres agricoles locales, contaminant durablement l’écosystème. Les poules absorbent ces substances en grattant le sol, ce qui conduit à la contamination de leurs œufs.
Les régions des Ardennes et de la Meuse figurent parmi les plus touchées par cette pollution. Le recours aux boues de stations d’épuration comme engrais semblait anodin, mais personne ne mesurait alors la présence massive de PFAS dans ces résidus.
Cartographie de la contamination des œufs en France
Entre février et juin 2026, Radio France a mené une enquête sur 91 œufs prélevés à travers le pays. Il en ressort que 52 œufs (57%) contiennent des PFAS, avec 23 (25%) dépassant les seuils réglementaires. Les Ardennes et la vallée du Rhône sont des zones particulièrement à risque.
À Pierre-Bénite, près de Lyon, un œuf présente 16,3 microgrammes par kilogramme, soit 9,5 fois la norme. La proximité avec les usines Daikin et Arkema, utilisant des substances fluorées, explique cette concentration. Une étude récente désigne Lyon comme un point critique de la pollution aux PFAS, en raison de rejets industriels contaminant sols et nappes phréatiques.
Les œufs analysés proviennent à 54% de poulaillers de particuliers et à 46% du commerce. Les œufs de particuliers sont plus souvent contaminés, faute des contrôles imposés aux élevages commerciaux. Depuis le 1er janvier 2023, la réglementation française oblige les producteurs commerciaux à réaliser des analyses, mais les poulaillers privés échappent à cette obligation.
Consommer des œufs en toute sécurité : ce que disent les experts
Xavier Coumoul, toxicologue à l’université Paris Cité et directeur de recherche à l’Inserm, conseille d’éviter les œufs fortement contaminés. Interrogé par Radio France, il met en garde contre les effets à long terme de ces molécules persistantes, soulignant le risque de bioaccumulation. Les populations vulnérables, telles que les femmes enceintes et les jeunes enfants, doivent être particulièrement prudentes.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments recommande une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour les quatre PFAS majeurs. Un adulte de 70 kg ne devrait pas dépasser 308 nanogrammes par semaine, alors qu’un œuf contaminé à 40 microgrammes en représente déjà 130 fois plus.






