Médicaments : pourquoi 108 traitements sont désormais jugés trop risqués

Publié le
Lecture : 3 min
Medicaments Pourquoi 108 Traitements Sont Desormais Juges Trop Risques©speedylife

Ils sont dans nos armoires, parfois depuis des années. Pourtant, plusieurs médicaments courants sont désormais considérés comme plus dangereux qu’utiles par des experts indépendants. La nouvelle mise à jour dévoilée pour 2026 élargit encore la liste noire, avec des risques parfois méconnus du grand public.

Début décembre 2025, la revue Prescrire a publié sa nouvelle actualisation annuelle des médicaments à écarter. Cette édition 2026 cible une longue série de traitements dont la balance entre bénéfices et risques est jugée défavorable. En France, où l’automédication reste très répandue, l’alerte concerne directement la santé du quotidien.

Médicaments dangereux : une liste noire qui s’allonge et inquiète

La nouvelle édition de la liste noire publiée par Prescrire dresse un constat sévère. Au total, 108 médicaments sont désormais classés comme plus dangereux qu’utiles pour l’année 2026. Parmi eux, 89 restent commercialisés en France, ce qui renforce le sentiment de décalage entre autorisation administrative et évaluation indépendante des risques. Autrement dit, ces médicaments sont toujours disponibles alors même que leur efficacité est contestée face à des effets indésirables parfois lourds.

Dans cette liste figurent plusieurs noms extrêmement connus du grand public. Voltarène, dont la molécule est le diclofénac, est très utilisé contre les douleurs articulaires. Smecta, à base de diosmectite, est couramment prescrit contre la diarrhée. Maxilase, un sirop destiné aux maux de gorge, fait aussi partie des produits pointés. Or, selon Prescrire, ces médicaments exposent les patients à des risques cardio-vasculaires, digestifs ou allergiques sans apporter de bénéfice suffisant face à des alternatives plus sûres. Comme le résume la revue, « quand un traitement médicamenteux paraît souhaitable, d’autres options thérapeutiques ont une meilleure balance que ces médicaments à écarter ».

L’édition 2026 marque aussi l’entrée de quatre nouveaux traitements dans cette liste noire. Il s’agit de Chondrosulf, utilisé contre l’arthrose, Veoza, prescrit contre les bouffées de chaleur liées à la ménopause, Lyfnua, indiqué contre la toux chronique, et Ondexxya, un antidote injectable utilisé en milieu hospitalier. Là encore, l’analyse repose sur l’observation d’effets indésirables jugés trop importants au regard des bénéfices observés. Cette évolution montre que la surveillance des médicaments ne concerne pas uniquement les anciens traitements, mais aussi les produits les plus récents.

Pourquoi ces produits restent autorisés

La question centrale demeure la suivante : pourquoi ces médicaments considérés comme dangereux restent-ils disponibles en pharmacie ? La réponse tient à la différence fondamentale entre l’autorisation de mise sur le marché, délivrée par les autorités sanitaires, et l’évaluation du rapport bénéfices-risques menée par Prescrire. L’autorisation repose sur des essais cliniques démontrant une efficacité statistique et une tolérance jugée acceptable dans un cadre strict. Mais l’analyse indépendante, elle, s’appuie sur l’utilisation en conditions réelles, sur la pharmacovigilance et sur le recul apporté par plusieurs années de prescriptions.

Dans ce cadre, Prescrire considère qu’un médicament doit être écarté lorsqu’il existe des alternatives plus sûres, ou lorsque son bénéfice est jugé trop faible par rapport à ses risques. La revue insiste aussi sur un point essentiel : dans certaines situations, l’absence de traitement constitue parfois l’option la plus prudente. Cette position, qui peut surprendre, repose sur la volonté de limiter l’exposition inutile à des effets indésirables graves, parfois irréversibles.

Autre élément central du débat : l’automédication. Plusieurs des médicaments visés sont accessibles sans ordonnance, ce qui accroît mécaniquement le danger potentiel. Smecta, par exemple, est souvent perçu comme un produit inoffensif, presque banal. Pourtant, la diosmectite peut entraîner des troubles intestinaux sévères chez certains patients, notamment les enfants. De son côté, le diclofénac expose à un sur-risque d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux, notamment en cas d’utilisation répétée. Ces risques sont désormais bien documentés, mais restent encore largement sous-estimés par le public.

Médicaments à domicile : ce qu’il faut faire

Face à cette liste noire, de nombreux Français se demandent comment réagir. Faut-il jeter immédiatement ces médicaments ? Faut-il interrompre un traitement en cours ? Les spécialistes sont unanimes sur un point : il ne faut jamais arrêter brutalement un traitement sans avis médical. Même lorsqu’un médicament est jugé plus dangereux qu’utile, la décision doit être individualisée. Elle dépend de l’état de santé du patient, de ses antécédents, de la durée du traitement et des alternatives disponibles. Les experts rappellent que le dialogue avec le médecin ou le pharmacien reste essentiel.

Concrètement, si un de ces médicaments se trouve dans votre armoire à pharmacie, la première étape consiste à lire attentivement la notice, notamment les contre-indications et les effets indésirables. Ensuite, il est recommandé de demander conseil à un professionnel de santé avant toute nouvelle prise. Les produits non utilisés doivent être rapportés en pharmacie, où ils sont éliminés dans une chaîne sécurisée afin de limiter les risques environnementaux et sanitaires. Cette démarche est d’autant plus importante que certains principes actifs peuvent contaminer les eaux et les sols.

Enfin, cette nouvelle actualisation de la liste noire pose une question plus large sur l’information du public. Malgré l’abondance de données scientifiques, le message reste souvent brouillé entre publicité, habitudes de prescription et croyances populaires. Or, comme le rappellent les experts de Prescrire, le danger ne vient pas seulement de la molécule elle-même, mais aussi de l’illusion de sécurité qui entoure certains médicaments très répandus. La multiplication des alertes depuis plusieurs années montre que la pédagogie autour des risques médicamenteux reste un enjeu majeur de santé publique, au cœur de la vie quotidienne.

Laisser un commentaire