Le 4 décembre 2025, la généralisation du Nutri-Score a été abandonnée par l’Assemblée nationale après un vote extrêmement serré — 120 voix contre 117. Le dispositif, pensé pour devenir obligatoire sur la quasi-totalité des emballages, devait transformer la manière dont les consommateurs lisent les informations nutritionnelles. Son rejet laisse désormais un paysage fragmenté, où certains produits afficheront le Nutri-Score, d’autres non, et où plusieurs filières conservent une exclusion totale de cette indication.
Ce qui aurait changé : une étiquette obligatoire sur la plupart des aliments du quotidien
Si le texte avait été adopté, le Nutri-Score serait devenu un repère nutritionnel incontournable dans les rayons. Presque tous les produits préemballés auraient dû afficher l’échelle allant de A (favorable) à E (moins favorable), avec un objectif central : réduire les asymétries d’information et faciliter la comparaison. Cette uniformisation aurait permis à chacun de juger rapidement de la qualité nutritionnelle d’un biscuit, d’un plat préparé ou d’un dessert lacté. Plusieurs industriels s’étaient d’ailleurs déjà adaptés. « Une céréale très célèbre […] a changé la recette […] pour qu’elles soient moins sucrées et moins grasses », expliquait le sénateur Bernard Jomier, preuve que le dispositif produisait des effets avant même son obligation.
En pratique, cette généralisation aurait aussi contraint les marques réticentes, notamment celles qui proposent des produits ultratransformés, à afficher une note parfois défavorable. Une taxe dissuasive de 5 % du chiffre d’affaires hors taxes était également prévue en cas de refus, ce qui aurait fortement incité les entreprises à se conformer au dispositif. Pour les consommateurs, cela signifiait un paysage nutritionnel entièrement restructuré, dans lequel choisir un produit aurait reposé sur un indicateur unique et lisible.
Ce qui restera finalement : un Nutri-Score partiel, volontaire et parfois absent
Le rejet du 4 décembre maintient donc une situation beaucoup plus hétérogène. Les produits qui affichaient volontairement le Nutri-Score continueront de le faire, tandis que les autres, notamment ceux dont les notes seraient plus sévères, pourront s’en dispenser sans conséquence. Cette non-obligation entretient une asymétrie pratique : dans un même rayon, un consommateur pourra comparer deux pizzas si elles portent le Nutri-Score mais restera sans repère sur la troisième si la marque choisit de ne pas l’afficher. Cette absence de lisibilité uniforme pourrait rendre plus difficile un achat éclairé au quotidien.
Par ailleurs, certaines catégories restent encore totalement exclues du dispositif, comme le prévoyait déjà le projet initial. Les produits sous AOC, AOP, Label Rouge, IGP ne sont pas concernés. Cela signifie que les fromages traditionnels, les charcuteries sous appellation ou encore certaines huiles d’olive labellisées conserveront une absence de notation nutritionnelle. Pour les consommateurs, cette exception protège le lien au terroir mais crée aussi une différence d’information entre produits comparables. Le rejet du texte confirme cet équilibre hybride, où tradition, marketing et nutrition coexistent sans règle uniforme.
Une réforme suspendue qui laisse les consommateurs face à une transparence inégale
Le rejet ne signe toutefois pas la fin du Nutri-Score, qui reste largement utilisé sur une base volontaire. Mais il limite son rôle d’outil systématique. Pour les consommateurs, la question centrale demeure : comment garantir la lisibilité des informations nutritionnelles lorsque l’affichage reste partiel ? Les autorités sanitaires défendent depuis longtemps l’intérêt d’un repère coloré unique, alors que les tableaux nutritionnels classiques — pourtant obligatoires — restent difficiles à interpréter pour un grand nombre d’usagers.
Enfin, la généralisation aurait probablement entraîné une dynamique de reformulation plus massive, ce qui aurait eu un impact direct sur la qualité nutritionnelle de nombreux produits du quotidien. L’exemple cité par le sénateur Bernard Jomier montre que des modifications réelles émergent parfois lorsque l’industrie anticipe un changement de notation. En l’absence d’obligation, ce mouvement risque d’être plus lent, plus hétérogène, et moins systématique.
©speedylife
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