Sommes-nous tous manipulables ? Ces neuf profils psychologiques qui influencent notre rapport à l’information

Pourquoi une même actualité provoque-t-elle des réactions radicalement différentes ? Pourquoi certains s’indignent immédiatement quand d’autres s’inquiètent, relativisent ou cherchent à comprendre ? Dans Les émotions sous influence, Hervé Mafille explore les ressorts psychologiques de la manipulation et invite chacun à identifier ses propres vulnérabilités.
Imaginez une annonce gouvernementale proposant de réduire fortement la vitesse maximale sur autoroute.
Pour certains, cette mesure apparaît immédiatement comme une avancée en matière de sécurité. Pour d’autres, elle constitue une atteinte à la liberté individuelle. D’autres encore y voient une contrainte supplémentaire pesant sur leur efficacité quotidienne. Une seule information, trois interprétations.
Ce décalage révèle une réalité fondamentale : nous ne recevons jamais une information de manière parfaitement neutre. Nos expériences, nos valeurs, nos inquiétudes et notre personnalité influencent la manière dont nous la comprenons.
Dans Les émotions sous influence, Hervé Mafille fait de cette diversité psychologique le point de départ d’une réflexion sur les mécanismes de manipulation.
La manipulation exploite ce qui nous touche personnellement
Une campagne de désinformation n’a pas nécessairement besoin de convaincre tout le monde avec les mêmes arguments.
Un discours dénonçant une injustice pourra mobiliser des individus particulièrement sensibles aux questions morales. Un message alarmiste trouvera davantage d’écho auprès de personnes préoccupées par la sécurité. Un récit mettant en scène une victime pourra susciter une réaction immédiate chez celles et ceux dont l’empathie constitue un moteur essentiel. Cette capacité à mobiliser des sensibilités différentes explique pourquoi certains contenus provoquent des réactions particulièrement intenses.
L’émotion devient alors un point d’entrée dans notre jugement.
Pour comprendre ces mécanismes, Hervé Mafille s’appuie sur l’Ennéagramme, un modèle de personnalité distinguant neuf profils.
Neuf profils, neuf manières de réagir
L’ouvrage présente successivement le Réformateur, l’Altruiste, le Battant, l’Individualiste, l’Investigateur, le Loyaliste, l’Épicurien, le Chef et le Médiateur. Chaque profil est associé à des motivations dominantes et à des sensibilités particulières.
Le Réformateur, attaché à la justice et à l’intégrité, pourrait être particulièrement réceptif à un discours dénonçant un scandale. Le Loyaliste, soucieux de sécurité, pourrait être davantage touché par une information annonçant une menace. Le Chef, sensible à son autonomie, pourrait réagir vivement à un récit présentant une autorité comme abusive.
À l’inverse, l’Investigateur pourrait chercher à accumuler les informations avant de prendre position, tandis que le Médiateur pourrait privilégier l’apaisement et éviter les confrontations.
Ces comportements ne doivent pas être compris comme des réactions automatiques ou universelles. Ils constituent des hypothèses de lecture proposées par l’auteur pour aider chacun à examiner ses propres habitudes. Hervé Mafille accompagne cette démarche d’un questionnaire de 54 affirmations permettant au lecteur d’explorer son profil.
Le livre reconnaît toutefois les limites de cet outil, notamment l’absence de validation statistique indépendante. L’Ennéagramme doit donc être abordé comme un support d’introspection et non comme un diagnostic psychologique établi.
Le véritable enjeu : identifier ses angles morts
L’intérêt de cette approche réside moins dans le fait d’attribuer une étiquette à chaque individu que dans la possibilité de comprendre ses propres réactions. Une personne particulièrement sensible à l’injustice peut apprendre à distinguer une indignation fondée d’une colère artificiellement entretenue.
Une autre, préoccupée par les menaces, peut s’interroger sur la fiabilité d’une information alarmante avant d’en tirer des conclusions. L’objectif n’est pas de supprimer les émotions. Celles-ci jouent un rôle essentiel dans nos décisions et nos relations.
Il s’agit plutôt d’éviter qu’elles deviennent les seules responsables de notre jugement.
Mieux se connaître pour mieux comprendre les autres
La démarche proposée dans Les émotions sous influence possède également une dimension relationnelle.
Dans les débats familiaux, professionnels ou politiques, les désaccords naissent parfois de sensibilités différentes face à une même situation. Comprendre qu’une personne réagit d’abord par inquiétude, tandis qu’une autre exprime principalement un sentiment d’injustice, peut contribuer à apaiser les échanges.
Cette connaissance mutuelle ne garantit pas le consensus. Elle permet néanmoins de dépasser certaines incompréhensions.
Dans un environnement médiatique marqué par la polarisation, cette capacité devient précieuse. La principale leçon de l’ouvrage est finalement accessible à tous : avant de chercher à comprendre pourquoi les autres se laissent influencer, il peut être utile de s’interroger sur les mécanismes qui orientent nos propres convictions.
Car personne n’est totalement à l’abri de la manipulation. Mais chacun peut apprendre à reconnaître les situations dans lesquelles il devient plus vulnérable.






