Cinquante ans après sa sortie, Bohemian Rhapsody demeure un monument. Six minutes d’opéra, de rock et de drame théâtral signées Queen, devenues la bande-son d’un demi-siècle de culture populaire. Entre exubérance, mystère et génie technique, retour sur une chanson qui n’a jamais rien voulu faire « comme tout le monde ».
Bohemian Rhapsody : La genèse d’une folie douce
En 1975, dans un studio gallois, Freddie Mercury joue quelques accords sur un piano et annonce la couleur. Roy Thomas Baker, le producteur visionnaire de Queen, se souvient : « Freddie a joué le début au piano, s’est arrêté et a dit : Voilà où commence la partie opéra. Je savais alors que nous allions entrer dans un autre monde. »
Trois semaines, 180 pistes vocales, des bandes magnétiques au bord de la saturation : Bohemian Rhapsody devient un laboratoire sonore. Mercury, Brian May et Roger Taylor y empilent les harmonies à la main, ligne par ligne, créant un chœur de cathédrale dans un studio de rock.
À l’époque, EMI trouve le titre « trop long », « trop risqué », « trop tout ». Mais Queen refuse de couper. Le groupe croit à sa démesure. Et il a raison. Le 31 octobre 1975, Bohemian Rhapsody est diffusée, marquant à jamais l’histoire du rock et de Queen.
Une chanson sans format classique, un clip qui marquera l’Histoire
Bohemian Rhapsody est une anti-chanson : pas de refrain, pas de couplet, pas de logique. Ballade, opéra, hard rock, puis silence. Mercury y condense tout ce qu’il est : théâtral, exubérant, fragile. Une confession ou une mascarade ? « Est-ce la confession d’un crime ou une métaphore queer ? » se demande encore la critique. Peu importe. Ce qui compte, c’est la mise en scène absolue de soi.
Tournée en quatre heures dans les studios d’Elstree, la vidéo promotionnelle invente, sans le savoir, le clip moderne. Visages démultipliés, halo mystique, fond noir : le clip sert d’amplificateur à la chanson et précède de plusieurs années la naissance de MTV. « Nous voulions simplement éviter de rejouer la chanson à la télévision », dira plus tard le batteur Roger Taylor. Résultat : l’image devient partie intégrante du son, et Bohemian Rhapsody devient un mythe total.
Un demi-siècle plus tard, l’effet reste entier
En 2025, les 50 ans de Bohemian Rhapsody sont célébrés par des rééditions de A Night at the Opera et une série de concerts-hommage. Mais au-delà du marketing, c’est un rappel : la pop peut être ambitieuse, baroque, et survivre à tout.
À l’heure où les morceaux sont calibrés pour TikTok, Bohemian Rhapsody reste une gifle : six minutes d’imprévisibilité pure. Une chanson qui prend son temps, qui ne s’excuse de rien, et qui transforme le kitsch en grandeur.







