Suicides : une hausse inquiétante chez les jeunes et les seniors depuis 2020

Le suicide progresse en France et les derniers chiffres publiés par la DREES dans son 6e rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS) , le 25 février 2025, sont alarmants. Après plusieurs décennies de baisse, la tendance s’inverse depuis 2020, soit après la crise sanitaire.
Les jeunes femmes en détresse : un mal-être qui explose
Selon le rapport de l’ONS, publié par la Drees, sur la seule année 2022, 9 200 personnes se sont suicidées en France, soit une augmentation de 3,3 % par rapport à l’année précédente. Le taux atteint désormais 13,3 suicides pour 100 000 habitants (2022), contre 13,1 pour 100 000 habitants en 2020. Le rapport souligne par ailleurs que le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes. Nonobstant, deux catégories de la population sont particulièrement touchées : les jeunes femmes, dont les hospitalisations pour gestes auto-infligés explosent, et les hommes âgés.
Les chiffres dévoilés par la DREES ne laissent aucune place au doute. En 2023, 77 601 personnes de plus de 10 ans ont été hospitalisées pour un geste auto-infligé, soit 128 hospitalisations pour 100 000 habitants. Chez les filles âgées de 15 à 19 ans, la situation est encore plus préoccupante : leur taux d’hospitalisation atteint 516 pour 100 000 en 2023, contre 354 en 2017, soit une augmentation de 46 % en six ans.
Le taux de suicide chez les jeunes femmes, bien que plus faible que chez les hommes, suit une tendance inquiétante. Entre 2020 et 2022, il a bondi de 40 %, atteignant 1,6 décès pour 100 000 habitantes. La DREES met en avant plusieurs explications. « L’augmentation des pensées suicidaires et des syndromes dépressifs chez une minorité importante d’adolescentes et de jeunes femmes depuis 2014 », la crise sanitaire, les violences sexistes et sexuelles, et l’impact des réseaux sociaux qui véhicules des « normes de beauté stéréotypées et la sexualisation des corps féminins ».
Les hommes âgés sont les plus vulnérables
Le rapport de la DREES brise une idée reçue : ce ne sont pas les jeunes qui meurent le plus par suicide, mais les personnes âgées. En 2022, le taux de suicide des 85-94 ans atteint 35,2 pour 100 000, soit trois fois plus que la moyenne nationale. Pour les hommes de plus de 85 ans, la situation est encore plus dramatique. Leur taux de suicide a bondi entre 2021 et 2022, passant de 77 à 86 pour 100 000 habitants. Concrètement, cela signifie qu’ils sont huit fois plus à risque que les femmes du même âge et 25 fois plus que les hommes de moins de 25 ans.
L’entrée en EHPAD est identifiée comme l’un des principaux éléments déclencheurs de pensées suicidaires chez les seniors. La DREES estime que « les comportements suicidaires des hommes âgés surviennent généralement lorsqu’ils subissent une perte de pouvoir décisionnel, à la fois sur leur épouse et sur leur quotidien ». Le veuvage et l’isolement aggravent leur détresse. Contrairement aux jeunes, les personnes âgées planifient davantage leur suicide, et s’assurent que celle-ci aboutisse… Le rapport alerte les autorités publiques en insistant sur la nécessité d’une meilleure prise en charge de la dépression chez les jeunes et les seniors, souvent minimisée chez ces derniers, sous prétexte qu’elle fait partie du vieillissement.






