Passing auditif : le petit mensonge du quotidien qui en dit long sur notre rapport à l’audition

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69% des Français adoptent au moins une stratégie pour cacher leurs difficultés à entendre. | Speedy life

Faire répéter une fois, deux fois, puis abandonner. Sourire alors qu’on n’a pas tout compris. Éviter les dîners bruyants. Le « passing auditif » désigne ces réflexes qui permettent de cacher une difficulté à entendre. Selon un sondage OpinionWay pour Audika, ils concernent 69% des Français.

Le sujet paraît anodin, presque banal. Pourtant, il touche à la vie sociale, à la santé et à l’image que chacun veut donner de soi. D’après un sondage OpinionWay pour Audika réalisé auprès de 1.159 Français les 25 et 26 avril 2026, 60% des personnes interrogées disent rencontrer régulièrement des difficultés à entendre ou à comprendre des conversations. Mais seuls 16% reconnaissent un trouble auditif identifié. Entre les deux, il y a tout un ensemble de stratégies discrètes, souvent automatiques, pour ne pas dire que l’on n’a pas entendu.

Audition : quand on préfère faire semblant plutôt que faire répéter

Le « passing auditif » commence souvent par une scène très simple. Une phrase se perd dans le bruit d’un restaurant. Une voix au téléphone devient moins nette. Une conversation de groupe va trop vite. Au lieu d’interrompre, beaucoup préfèrent suivre comme ils peuvent.

Le sondage OpinionWay pour Audika met des chiffres sur ce comportement : 66% des Français ont déjà fait semblant d’avoir compris une conversation qu’ils n’avaient pas bien entendue. 69% adoptent au moins une stratégie de dissimulation. Parmi les réflexes les plus courants : laisser passer une phrase, répondre vaguement, se mettre en retrait ou lire sur les lèvres.  

Ce n’est pas seulement une question d’appareil auditif. C’est d’abord une question de gêne. Dire « je n’ai pas entendu » oblige à reconnaître une difficulté devant les autres. Or 35% des Français trouvent cette phrase difficile à prononcer, et 41% préfèrent ne pas parler du sujet.  

Le vrai problème n’est pas toujours d’entendre, mais d’oser le dire

Dans la vie quotidienne, ces petits silences peuvent sembler sans gravité. Pourtant, ils finissent par modifier les habitudes. D’après le sondage, 36% des Français ont déjà changé leur comportement en raison de difficultés auditives. Certains évitent les bars et les restaurants. D’autres raccourcissent les conversations par fatigue ou prennent moins la parole en groupe.  

Les moments les plus touchés sont ceux où le lien social devrait être le plus naturel : repas entre amis, discussions familiales, sorties, réunions, appels téléphoniques. C’est précisément là que le passing auditif devient pesant. On ne quitte pas forcément la conversation, mais on y participe moins.

Le phénomène rappelle que l’audition ne sert pas seulement à entendre des sons. Elle permet de suivre une blague, de répondre au bon moment, de rester dans le rythme d’une discussion. Quand elle devient incertaine, l’effort de concentration augmente. La fatigue aussi.

L’Assurance maladie rappelle qu’une altération de l’audition non traitée ou mal prise en charge peut avoir des conséquences physiques, psychologiques et cognitives, notamment fatigue, maux de tête, isolement, dépression et déclin cognitif.  

Les jeunes aussi concernés par le passing auditif

L’un des enseignements les plus marquants du sondage concerne les jeunes. Les difficultés d’audition restent souvent associées à l’âge. 70% des Français les relient au vieillissement. Pourtant, 68% des 18-24 ans déclarent eux aussi rencontrer régulièrement des difficultés à entendre ou à comprendre une conversation.  

Chez les moins de 35 ans, la dissimulation est même particulièrement forte : 75% déclarent cacher leurs difficultés auditives. La honte est également plus présente dans cette tranche d’âge : 42% des moins de 35 ans auraient honte de dire qu’ils entendent mal.  

Cette gêne a des effets très concrets. Chez les 18-24 ans, 59% disent modifier leurs comportements. Ils évitent davantage les lieux bruyants, prennent moins la parole ou participent moins à certaines conversations de groupe.  

Le sujet n’est donc pas réservé à la retraite ou au grand âge. Il traverse les générations, avec une particularité chez les jeunes : la peur que le problème d’audition donne une image décalée d’eux-mêmes.

Des aides existent, mais le premier pas reste difficile

Depuis la réforme du 100% Santé, une partie des aides auditives peut être prise en charge sans reste à charge pour les assurés disposant d’une complémentaire santé responsable. Les équipements de classe I bénéficient notamment d’au moins 30 jours d’essai avant achat et d’une garantie de 4 ans, selon l’Assurance maladie.  

Ce progrès ne supprime pas tous les freins. Le sondage Audika indique que le taux d’équipement auditif en France atteint 55%, mais que 45% des malentendants ne sont toujours pas équipés.  

Autrement dit, la question n’est plus seulement financière. Elle touche aussi au regard porté sur l’aide auditive. Pour beaucoup, consulter revient à franchir une frontière symbolique : accepter que l’audition ait changé.

Michaël Tonnard, directeur général d’Audika, résume ce blocage : « les difficultés auditives restent masquées bien avant d’être prises en charge, non par manque d’information, mais par peur de l’image que cela pourrait renvoyer ».  

Ce que le passing auditif devrait nous faire comprendre

Le passing auditif n’est pas un simple mensonge de politesse. C’est un signal faible. Quand il devient fréquent, il peut indiquer qu’une personne compense en permanence une gêne qu’elle n’a pas encore envie de nommer.

L’Organisation mondiale de la santé souligne que la perte auditive non prise en charge peut favoriser l’isolement social et la solitude. Elle mentionne également un risque accru de démence et de déclin cognitif accéléré lorsque la perte auditive n’est pas traitée.  

La bonne attitude consiste donc à banaliser le sujet. Faire répéter ne devrait pas être vécu comme une faiblesse. Demander à changer de place dans un restaurant, baisser le volume ambiant ou consulter pour un bilan auditif ne devrait pas être perçu comme un aveu de vieillissement.

Le sondage Audika montre surtout une chose : beaucoup de Français entendent moins bien qu’ils ne veulent bien le dire. Et c’est souvent dans les gestes les plus ordinaires que cela se voit.

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