Promotions : le piège marketing qui ruine la santé des Français

Le 20 mai 2025, sept associations françaises, dont Foodwatch, France Assos Santé et le Réseau Action Climat, ont publié les résultats d’une vaste enquête portant sur les promotions pratiquées dans la grande distribution. En analysant 4 726 offres issues de cinq grandes enseignes, elles révèlent une tendance préoccupante : la majorité des promotions concernent des produits contraires aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS). Un constat qui remet en question la responsabilité des distributeurs dans l’accès à une alimentation saine. Et qui soulève une question cruciale : à qui profitent réellement ces promotions ?
Promotions en supermarché : quand la santé passe à la trappe
Elles s’étalent en tête de gondole, dans les prospectus, en ligne, attirant le chaland à coups de pourcentages alléchants. Mais selon l’étude conjointe de sept associations publiée le 20 mai 2025, deux tiers des promotions (66 %) portent des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés. Seuls 12 % mettent en avant des produits considérés comme bénéfiques pour la santé : fruits, légumes, céréales complètes.
Derrière ces chiffres, une stratégie commerciale bien rodée : les supermarchés incitent à consommer davantage de produits transformés, souvent les moins chers à produire, mais aussi les plus nocifs sur le plan nutritionnel. L’étude s’appuie sur l’analyse de 40 catalogues issus de Carrefour, Intermarché, E.Leclerc, Lidl et Système U. Résultat : 47 % des promotions portent sur des aliments ultratransformés, et 39 % concernent des produits notés D ou E sur le Nutri-Score.
Audrey Morice, porte-parole de Foodwatch, n’y va pas par quatre chemins : « Les supermarchés bradent notre santé. » Et ce n’est pas une exagération : 40 % des promotions ciblent des aliments qu’il faudrait « fortement limiter », comme la charcuterie ou les plats préparés à base de viande rouge.
Une alimentation toxique promue à coups de pourcentages
Pourquoi ces produits ? Parce qu’ils sont bon marché, très rentables, et que leur aspect pratique répond aux impératifs d’un quotidien pressé. Mais à quel prix ? En France, une mauvaise alimentation est responsable de 57 000 décès annuels. Et le marketing promotionnel y contribue puissamment.
Benoît Granier, du Réseau Action Climat, alerte sur la dimension écologique : « L’empreinte carbone de notre alimentation représente à elle seule 24 % des émissions nationales. » Autrement dit, ces promotions nuisent autant à la santé humaine qu’à la planète.
Et les enseignes ? Carrefour tente de se défendre : « 30 % de nos promotions concernent des produits sains », affirme l’entreprise. Intermarché met en avant « 10 % de réduction chaque week-end sur les fruits et légumes ». Des arguments jugés largement insuffisants par les associations, qui dénoncent un double discours permanent entre les slogans de communication et la réalité des pratiques.
Des associations mobilisées
Face à ce constat, les associations ne se contentent pas de dénoncer. Elles exigent des mesures claires. Dans leur communiqué commun, elles réclament que « 50 % des promotions concernent des produits de qualité, à des prix accessibles », incluant « au moins 10 % de produits biologiques hors ultra-transformation ».
Et elles ne sont pas seules : selon un sondage commandé par le Réseau Action Climat en mars 2025, 88 % des Français soutiennent ces revendications. Un plébiscite massif, qui traduit l’exaspération croissante des consommateurs face à la déconnexion entre promesse marketing et réalité nutritionnelle.
Le concept même de « marché à deux vitesses » est pointé du doigt. « Les produits les moins bons pour la santé sont bradés, tandis que les produits sains restent au prix fort », observe Audrey Morice. Une inégalité qui frappe surtout les foyers les plus précaires, déjà davantage exposés aux risques liés à la malbouffe.
L’affaire ne s’arrête pas là. Le débat est relancé autour d’une régulation plus stricte des promotions alimentaires. Les associations appellent l’État à renforcer le cadre législatif, déjà entamé avec la loi EGalim, mais jugé trop permissif. Le levier des promotions pourrait devenir un outil puissant de politique de santé publique. Encore faut-il que les enseignes acceptent de revoir leurs priorités. Et que les consommateurs continuent de se mobiliser pour exiger mieux.





