Cacao : revalorisation de 62 %, quel impact sur les cours mondiaux et les producteurs ?

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Cacao : revalorisation de 62 %, quel impact sur les cours mondiaux et les producteurs ?
Cacao : revalorisation de 62 %, quel impact sur les cours mondiaux et les producteurs ? © Speedy life

Le 4 août 2025, le Ghana a décidé d’augmenter le prix à la production du cacao, fixant un nouveau tarif substantiellement plus élevé pour la campagne 2025‑2026, afin de mieux rémunérer ses agriculteurs.

Pourquoi le Ghana hausse-t-il le prix de production ?

Le Ghana a relevé le prix payé aux producteurs de 3 100 à 5 040 dollars par tonne, soit une progression précise de 62,58 %. Cette révision traduit l’engagement du gouvernement de garantir aux agriculteurs 70 % du prix FOB (franco à bord), contre seulement 63,9 % lors de la saison 2024‑2025, malgré un contexte de marché favorable. Le ministre des Finances, Dr Cassiel Ato Forson, souligne que l’amélioration macroéconomique, notamment un cedi renforcé (GHS 10,25/USD) et une inflation atténuée, rend viable cette hausse significative, rapport Africa Business Insider.

Quel rôle pour les agriculteurs dans cette politique de soutien ?

Cette revalorisation poursuit un objectif clairement affirmé : améliorer directement les revenus des cultivateurs. Cité par BFMTV, le ministre précise : « Le planteur de cacao reste un pilier essentiel de notre économie, et ce gouvernement est déterminé à faire en sorte qu’il bénéficie pleinement des gains réalisés ». Par ailleurs, le Ghana réintroduit le programme d’engrais gratuits, incluant insecticides, fongicides et matériel agricole, pour stimuler les rendements et renforcer la durabilité de la production

Quelles conséquences sur les cours mondiaux du cacao ?

La décision ghanéenne risque de faire remonter les cours mondiaux du cacao au moment où l’offre souffre déjà du vieillissement des plantations et des chocs climatiques dans les principaux pays producteurs tels que le Ghana et la Côte d’Ivoire.

Depuis 2024, les cours ont explosé, atteignant plus de 10 000 dollars par tonne, portés par une offre restreinte liée aux sécheresses, maladies des cacaoyers (CSSV) et à une spéculation croissante.

Entre risque de contrebande et pression concurrentielle

Depuis 2024, l’écart entre prix fixés localement et cours à l’export a alimenté une contrebande massive de cacao, estimée à plusieurs centaines de milliers de tonnes. En augmentant le prix à 5 040 USD/t, le Ghana tente de réduire l’attrait de cette voie illicite. Mais la Côte d’Ivoire pourrait être contrainte d’ajuster sa propre grille tarifaire (actuellement autour de 2 440 USD/t) pour éviter que les producteurs ivoiriens ne basculent vers le marché ghanéen.

L’initiative commune Ghana–Côte d’Ivoire, un « cartel » en gestation ?

Depuis 2018, le Ghana et la Côte d’Ivoire coopèrent via l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire–Ghana (CIGCI) pour influencer les cours mondiaux et améliorer les revenus des agriculteurs. Les critiques évoquent une ressemblance avec un cartel, surnommé le « COPEC » (OPEP du cacao), notamment parce que l’organisation a instauré une prime de 400 USD/t pour les acheteurs dès 2019.

Le Ghana trace sa voie, le marché mondial retient son souffle

L’augmentation spectaculaire du prix à la production du cacao au Ghana, annoncée le 4 août 2025, constitue un signal fort en faveur des agriculteurs.

Cette politique, combinée à des mesures d’appui comme les engrais gratuits et le système de traçabilité, répond à un impératif économique et social urgent.
Pour les marchés mondiaux, cela représente un nouveau facteur inflationniste face à une offre déjà fragilisée.

Quant aux pays concurrents comme la Côte d’Ivoire, ils pourraient devoir réviser leur propre politique tarifaire sous peine de perdre leurs producteurs ; une évolution qui pourrait remodeler la dynamique mondiale du cacao.

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