Dans l’imaginaire collectif, la police a souvent un visage très simple. Celui du contrôle routier. Du radar. Du procès-verbal glissé sous l’essuie-glace. Beaucoup de citoyens croisent la police uniquement dans ces moments-là, et finissent par réduire tout un métier à cette expérience ponctuelle, parfois frustrante. Le livre Renfort collègue d’Alexandre Vigier vient percuter cette vision de plein fouet.
À travers des chroniques inspirées du réel, l’auteur montre ce que l’on ne voit jamais. La police de nuit. La police des interventions urgentes. La police qui gère la détresse humaine, la violence familiale, les tentatives de suicide, les scènes que personne ne souhaite voir mais que quelqu’un doit pourtant affronter. On découvre alors que la partie « visible » du métier est en réalité marginale dans le quotidien des policiers.
Ce que fait la police quand on ne la voit pas
Alexandre Vigier raconte des interventions sous tension, des équipages qui enchaînent les situations imprévisibles, des policiers confrontés à des drames humains qui ne laissent pas indemnes. Rien de spectaculaire. Rien de médiatique. Juste une succession de moments lourds, répétés et qui finissent par user. Ce que le livre révèle, c’est l’écart immense entre ce que le public perçoit du métier et ce qu’il est réellement. La majorité des missions ne se déroule ni sur une route ni derrière un carnet à souche. Elle se déroule dans des appartements, des cages d’escalier, des parkings, des nuits froides où l’on répond à un appel qui ne peut pas attendre. Cette réalité est rarement racontée. Elle est pourtant centrale. Le livre insiste aussi sur les conditions dans lesquelles ces missions sont menées. Des locaux vétustes, un matériel parfois insuffisant, une fatigue constante. Ce décor discret dit beaucoup de la distance entre la représentation publique du métier et son exercice quotidien. Ce qui frappe surtout, c’est l’impact humain. Les images vues, les cris entendus, les scènes traversées ne disparaissent pas à la fin du service. Elles s’accumulent. Elles expliquent en partie pourquoi le taux de suicide dans la police est si élevé. Renfort collègue rappelle ainsi une évidence que l’on oublie facilement. La police n’est pas d’abord celle qui sanctionne. Elle est celle qui intervient quand plus personne ne sait quoi faire.
Lire ces chroniques, c’est accepter de déplacer son regard. Comprendre que derrière l’uniforme que l’on croise parfois pour un contrôle banal, il y a des femmes et des hommes qui, la veille ou le lendemain, auront géré des situations bien plus lourdes que ce que l’on imagine. Et c’est peut-être là l’intérêt majeur du livre. Rétablir une forme de réalité dans un imaginaire collectif qui, faute de connaître le métier, s’est construit sur des fragments visibles mais trompeurs.
©speedylife
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