Femme, cheffe d’entreprise, en première ligne de la guerre économique

Cheffe d’entreprise et experte en intelligence économique, Élysabeth Benali-Léonard revient sur son parcours dans des univers encore très masculins. Entre biais persistants, manque de visibilité des femmes et enjeux de leadership stratégique, elle livre un témoignage engagé et inspirant, invitant les entrepreneures à oser, à s’imposer et à prendre toute leur place dans les secteurs clés de la guerre économique.
Être une femme a-t-il influencé la manière dont vous avez été perçue dans cet univers très masculin ?
Probablement, au début. Mais très rapidement, rien ne matérialisait mon statut. Il m’est bien sur arrivé lors de mes déplacements dans le monde pour rencontrer pour la première fois nos distributeurs, tous masculins sans exception, qu’on prenne mon assistant ingénieur pour le PDG que j’étais et moi pour son bras droit. Mais avec un sourire et une poignée de main, les choses étaient rétablies.
Ces deux milieux ou j’ai exercé, celui de la protection contre la foudre, à cheval entre l’industrie et le bâtiment, comme celui, très différent de l’intelligence économique, ont trop tendance à invisibiliser les femmes. Dans l’exercice de mes fonctions, en tant que Présidente de la filière industrielle de la foudre au sein du Syndicat GIMELEC, j’ai souvent perçu comme un atout d’être une femme dans ce monde d’hommes, parce que mon approche, mon fonctionnement est différent. Alors que prévalait un climat conflictuel souvent entre les chefs d’entreprises, alors que leur personnalité et peut être certains égos entretenaient des tensions, mon approche a permis je crois de concilier des positions et de fédérer autour d’un projet de coalition. De manière générale, hormis bien sur dans certains pays du Moyen-Orient ou j’ai eu à exercé, et ou la notion d’être perçue comme une femme visible, je n’ai pas ressenti d’en avoir supporté l’appréciation différente, ou mes interlocuteurs l’ont bien caché ?
Pourquoi y a-t-il si peu de femmes visibles dans les champs de l’intelligence économique et de la stratégie ?
Peut-être parce qu’elles ne s’imposent pas assez. Parce que si elles ne s’imposent pas, si elles ne tirent pas d’elles-mêmes une chaise pour s’inviter autour de la table, ce milieu très masculin reste dans un entre-soi, faute aussi d’interlocutrices qui prédominent. Lors d’un important colloque en intelligence économique qui s’est tenu l’an passé à l’Ecole Militaire, douze personnes étaient à l’affiche. Douze hommes. Pas une seule femme n’a été invitée pour caractériser les plus hautes fonctions qu’elles exercent dans l’intelligence économique. Qui connait Nathalie Paugam, Responsable des Interceptions légales aux Communications électroniques de Défense, Emilie Bonnefoy, fondatrice d’OpenSezam ? Et j’ai vingt autres noms à vous citer… dans la sécurité économique… Expliciter qu’elles sont tellement peu visibles qu’on finit par trouver ça normal. Une femme est énormément jugée sur ce qu’elle renvoie dans son mode d’expression, dans sa tenue, et ce peut être très décourageant d’évoluer dans un monde comme ça.
Votre parcours peut-il servir de modèle ou de déclencheur pour d’autres femmes dirigeantes ?
J’aimerai. J’aimerai qu’il booste les indécises. J’aimerai qu’il soit un point de départ pour renforcer la cordée des femmes entrepreneures. Entreprendre est un défi, qui met en œuvre la passion de son projet, le challenge de la prise de risque, l’audace de tenter d’ouvrir de nouvelles voies, d’opérer dans un espace de liberté, d’innovation. De disrupter l’existant. C’est une aventure humaine que l’entreprenariat. Et les femmes ont beaucoup d’atouts. Une entreprise sur trois est crée par une femme, avec des ratios toujours défavorable lorsqu’on compare les octroi de financements par les banques. Alors que statistiquement, les entreprises pilotées par des femmes sont moins exposées à la faillite que celles gérées par des hommes. Citons un exemple, parmi les entreprises du S&P500, 94% soit 468 sont gérées par des hommes. Le solde, 6%, soit les 32 entreprises dirigées par des femmes, ont affiché des performances nettement supérieures aux autres. L’observatoire Skema a établi l’an passé que la féminisation des comex engendre une hausse de rentabilité, et des risques financiers minorés.
Quel message aimeriez-vous transmettre à une entrepreneure qui hésite à s’engager dans des secteurs exposés ?
De foncer, d’oser. De nombreuses femmes ont ce terrible sentiment d’imposture. Savez-vous que même Claudie Haigneré, célèbre astronaute, a vécu ce ressenti et jugé utile en plus de son doctorat de médecine, de faire un doctorat de sciences pour s’estimer, elle, admissible ? Malheureusement, en tant que femmes, nous sommes conditionnées à ne pas prendre trop de place, à rester plutôt effacées. Néanmoins, et malgré ou à cause de l’impact de ce conditionnement lié à une éducation genrée notamment, nous avons acquis une plus grande discipline et une plus grande exigence. Le goût du travail bien fait. Bien sûr il y a des traits de caractères, mais comme souvent les femmes ont eu besoin de faire plus leur preuve dans la sphère professionnelles, je les crois extrêmement impliquées ; Angela Merkel en a été une illustration toute sa vie.






