Pourquoi notre penderie déborde : les chiffres chocs sur les achats de vêtements en France

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Entre dressing qui s’étire et placards qui ploient, les Français semblent toujours prêts à craquer pour un nouveau vêtement. En 2024, ils ont acheté 3,5 milliards d’articles neufs, du jean basique au pyjama pastel, en passant par des sneakers à prix cassés.

Une frénésie d’achats qui ne faiblit pas

La mode en France ne ralentit pas. Elle avance, pleine vitesse, propulsée par une mécanique bien huilée : production de vêtements à flux tendu, prix mini et disponibilité permanente. Le baromètre Refashion 2025 le confirme : 3,507 milliards de pièces neuves ont été achetées en 2024, soit 100 millions de plus qu’en 2023. Cette poussée représente une croissance de +2,9 %, retrouvant presque le niveau record d’avant-crise sanitaire.

Le cœur de cette consommation repose sur l’habillement, qui pèse 2,886 milliards d’articles, devant le linge de maison (362 millions) et les chaussures (259 millions). L’ensemble des rayons vêtements adultes progresse : +4,1 % pour les femmes, +3,5 % pour les hommes. Seuls les rayons bébé (-5,4 %) et enfant (-0,6 %) reculent, signe d’un basculement vers la seconde main ou d’une natalité en berne.

Mais ce qui interpelle surtout, c’est la moyenne annuelle de 42 vêtements par Français. Ce chiffre monte à 49 pièces pour les enfants, 32 pour les femmes, 19 pour les hommes. Une cadence d’achats qui, ramenée au mois, équivaut à près de trois articles neufs par personne. Difficile, dans ces conditions, de parler de modération.

La stratégie du prix choc et la montée des plateformes

Le succès du vêtement neuf repose sur un cocktail bien rodé. 71 % des volumes écoulés se concentrent dans la gamme « entrée de marché ». Parmi eux, 39 % sont classés “très accessibles”, avec un prix moyen par pièce de 4,20 euros. L’écart est saisissant : à titre de comparaison, un article de seconde main coûte en moyenne 9,50 euros, soit plus du double.

Cette structure tarifaire favorise les acteurs les plus agressifs. Les pure players, marques nativement numériques, voient leurs volumes bondir de 29,9 %, captant à eux seuls 72 % de la croissance totale. Les soldeurs progressent aussi de 10,3 %, là où les chaînes de centre-ville stagnent (+2,8 %) et les grandes surfaces déclinent (-5,1 %). L’ultra-discount s’impose comme le nouveau centre de gravité du marché.

La fast-fashion, la grande gagnante du modèle ultra-volumique

Les chaussures n’échappent pas à la logique. En 2024, 107 millions de paires de sneakers ont été écoulées, représentant 41 % du segment. Les modèles estivaux chutent de -7,4 %, victimes d’un été pluvieux. En moyenne, chaque Français a acheté 4 paires neuves, contre 6 pour les enfants, qui battent tous les records.

La domination de l’entrée de gamme ne saurait être comprise sans pointer la stratégie des géants de la fast-fashion, véritables architectes de la surabondance vestimentaire. Ces acteurs s’appuient sur un modèle industriel qui conjugue coûts planchers, renouvellement constant des collections, et marketing algorithmique sur mesure.

La seconde main : une progression réelle mais insuffisante

En parallèle, la seconde main continue de grignoter du terrain. En 2023, 38 % des Français ont acheté au moins un vêtement d’occasion, pour une moyenne de 7,3 pièces. Cela représente 63 500 tonnes par an, soit 7,1 % des volumes globaux consommés.

Les circuits entre particuliers dominent, avec 46 % des volumes via des plateformes comme Vinted ou LeBonCoin. L’économie sociale et solidaire, avec ses friperies et ressourceries, capte 33 %. Les enseignes marchandes, type Kiloshop ou friperies urbaines, pèsent 21 %. Mais seuls 11 % des acheteurs de seconde main déclarent y recourir exclusivement, ce qui ramène la proportion d’acheteurs 100 % circulaires à 4 % de la population.

Côté tarifs, le clivage est net : 3 euros en moyenne chez les associations, 9 euros via les plateformes, 15 euros chez les revendeurs professionnels. La filière reste marginale face aux volumes de neuf : près de dix fois moins de vêtements vendus que sur le circuit classique.

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