Sexisme dans le sport : un guide bannit les angles de caméra dégradants sur les athlètes féminines

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Sexisme dans le sport : un guide bannit les angles de caméra dégradants sur les athlètes féminines © Speedy life

L’Union européenne de radio-télévision publie en juillet 2026 un guide de 23 pages interdisant les angles de caméra sexualisants sur les athlètes féminines. Gros plans dégradants, ralentis suggestifs : les retransmissions sportives changent de paradigme après Paris 2024.

Depuis juillet 2026, un document de 23 pages redistribue les cartes de la retransmission sportive en Europe. L’Union européenne de radio-télévision (UER) publie « Raising the Bar », un guide pratique qui interdit formellement les angles de caméra sexualisants visant les athlètes féminines. Gros plans sur l’entrejambe, ralentis suggestifs lors des atterrissages, cadrages insistants sur les fesses : autant de pratiques désormais proscrites. Le sexisme visuel dans le sport féminin devient enfin un sujet traité frontalement, avec des consignes claires pour les réalisateurs, photographes et vidéastes. Les championnats d’Europe d’athlétisme à Birmingham, prévus du 10 au 16 août 2026, serviront de terrain d’expérimentation grandeur nature.

D’où vient cette révolution des retransmissions sportives ?

Paris 2024 : quand Yannis Exarchos a changé les règles du jeu

La rupture s’amorce durant les Jeux olympiques de Paris 2024. Yannis Exarchos, chef diffuseur de l’événement, impose une directive radicale : traiter les athlètes masculins et féminins avec la même rigueur visuelle. Fini les cadrages complaisants réservés aux femmes, fini les ralentis douteux lors des épreuves de saut. Le principe repose sur une logique simple : si un angle de caméra ne serait jamais utilisé pour un homme, pourquoi l’appliquer à une femme ? Yannis Exarchos instaure une grille de lecture technique, centrée sur la performance, la puissance musculaire et la précision gestuelle. Paris 2024 marque donc un tournant symbolique, prouvant qu’une autre narration visuelle du sport féminin reste possible sans sacrifier l’audience ni l’esthétique.

Le guide UER ‘Raising the Bar’ : une formalisation attendue

L’UER prolonge cette dynamique en publiant en juillet 2026 un document structuré, élaboré avec European Athletics et plusieurs championnes de renom. Holly Bradshaw, médaillée de bronze au saut à la perche aux Jeux de Tokyo 2021, et Ivana Španović, championne du monde de saut en longueur à Budapest en 2023, participent activement à sa rédaction. Le guide détaille les disciplines les plus exposées à la sexualisation : saut en hauteur, saut à la perche, saut en longueur et épreuves de course. Treize plans de caméra spécifiques sont identifiés comme sexualisants et formellement proscrits. Chaque discipline bénéficie d’un schéma illustrant les angles respectueux, ceux qui valorisent la technique sans instrumentaliser le corps féminin.

Les images interdites : ce que les athlètes ne veulent plus voir

Gros plans sur l’entrejambe, ralentis douteux : pourquoi ces angles doivent disparaître

Le guide pointe explicitement les cadrages problématiques. Les gros plans sur l’entrejambe ou les fesses des athlètes n’apportent strictement aucune valeur informative à la retransmission. Pire encore, ils détournent l’attention du public de l’exploit sportif vers une objectivation du corps. Les ralentis, souvent utilisés pour décortiquer un geste technique, deviennent problématiques lorsqu’ils isolent des parties du corps sans lien avec la performance. L’UER souligne que « les athlètes elles-mêmes soulignent constamment que les angles de vue qui mettent le mieux en valeur la puissance, la précision et la technique de leur discipline sont souvent ceux-là mêmes qui les traitent avec dignité et respect ». Autrement dit, bien filmer le sport féminin ne nécessite aucun compromis : technique et respect vont de pair.

Le saut à la perche, le saut en longueur : quand la technique prime sur l’apparence

Holly Bradshaw apporte un éclairage technique crucial : selon elle, 90% du saut à la perche réside dans la course d’élan, le placement de la perche et l’impulsion. Le franchissement de la barre et l’atterrissage ne représentent qu’une fraction de l’exploit. Pourtant, les retransmissions traditionnelles concentrent souvent leurs cadrages sur ces derniers instants, moments où les athlètes sont les plus vulnérables visuellement. Le guide recommande désormais de filmer prioritairement la phase d’élan et d’impulsion, là où se joue réellement la performance. Pour le saut en longueur, même logique : cadrer la vitesse, l’appel, la détente, plutôt que l’atterrissage dans le sable. Ivana Španović insiste sur le rôle des commentateurs, qui doivent enrichir la lecture visuelle en expliquant les subtilités techniques, plutôt que de commenter l’apparence physique.

Que disent les athlètes elles-mêmes ?

Holly Bradshaw et Ivana Španović : les voix des championnes

Holly Bradshaw témoigne de son expérience : les athlètes féminines subissent depuis des années des cadrages qu’elles jugent intrusifs et dégradants. Le guide UER traduit enfin leurs revendications en directives concrètes. Ivana Španović, de son côté, rappelle que « les commentateurs jouent également un rôle crucial pour enrichir les retransmissions ». Elle regrette toutefois que le document actuel ne traite pas spécifiquement des commentaires oraux, souvent émaillés de remarques sur la plastique des athlètes plutôt que sur leurs qualités sportives. Glen Killane, directeur sport de l’UER, justifie l’initiative par « l’urgence de renforcer les normes de diffusion afin de garantir une couverture qui respecte et reflète systématiquement le talent, la force et le dévouement des sportives ».

Dignité et respect : au cœur de la performance

Le guide ne se contente pas d’interdire : il propose une vision alternative de la retransmission sportive. Filmer une athlète avec dignité ne signifie pas gommer sa féminité, mais refuser de la réduire à son apparence. Les angles techniques, ceux qui montrent la puissance musculaire, la coordination, la vitesse, offrent un spectacle tout aussi captivant, voire davantage. L’UER parie sur une transformation culturelle : habituer les publics à regarder le sport féminin comme on regarde le sport masculin, avec le même sérieux analytique. Les réseaux sociaux, toutefois, témoignent d’une résistance. Des milliers de commentaires ironiques ou hostiles accompagnent la publication du guide, révélant la profondeur du sexisme ambiant. Certains internautes craignent une baisse d’audience, d’autres ironisent sur les tenues sportives féminines, souvent imposées par les fédérations elles-mêmes.

Au-delà du sport : un modèle pour les médias ?

L’initiative de l’UER dépasse le cadre sportif. Elle interroge la manière dont les médias représentent les femmes dans tous les domaines. Si un guide peut transformer les retransmissions d’athlétisme, pourquoi ne pas étendre la réflexion à d’autres disciplines, voire à d’autres secteurs médiatiques ? Le sport féminin devient ainsi un laboratoire d’égalité visuelle, un terrain où redéfinir les standards de représentation. L’UER envisage d’ailleurs de généraliser ces recommandations à l’ensemble des sports après l’expérimentation de Birmingham. Reste à savoir si les diffuseurs, les photographes et les commentateurs s’approprieront pleinement ces nouvelles normes, ou si la résistance culturelle freinera la transformation. Une chose demeure certaine : après Paris 2024 et le guide « Raising the Bar », les athlètes féminines ne toléreront plus d’être filmées comme des objets.

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