Zambie : Hakainde Hichilema réélu avec 61 %, mais sa victoire cache un avertissement politique

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Sur le papier, la victoire est nette. Hakainde Hichilema vient de décrocher cinq années supplémentaires à la tête de la Zambie avec plus de 61 % des suffrages. Mais derrière les célébrations à Lusaka, cette présidentielle laisse apparaître plusieurs tensions : accusations de l’opposition, arrestations, critiques sur les conditions du scrutin et frustration persistante face au coût de la vie. Le président a gagné confortablement. Son deuxième mandat pourrait être beaucoup moins tranquille.

Une victoire nette pour Hakainde Hichilema

Après plusieurs tentatives avant son accession au pouvoir en 2021, Hakainde Hichilema, 64 ans, vient d’obtenir un deuxième mandat consécutif. Selon les résultats officiels proclamés le 18 août, le président sortant a recueilli 61,4 % des suffrages valides. Son principal adversaire, Brian Mundubile, arrive loin derrière avec environ 38 %. À Lusaka, l’annonce a provoqué des scènes de fête parmi les sympathisants de l’United Party for National Development (UPND). Mais les derniers jours du scrutin avaient été nettement plus tendus. Le soir de l’élection du 13 août, onze personnes ont été arrêtées lors d’une opération des forces de sécurité, dont des personnalités liées à l’opposition. Les autorités ont évoqué des soupçons d’activités de type milicien et la découverte d’armes. L’opposition a contesté cette version et affirmé que l’opération avait eu lieu au domicile de Mundubile.
Le dépouillement a également été temporairement interrompu après des incidents visant des agents électoraux. Le principal candidat d’opposition a réclamé une enquête indépendante sur de possibles irrégularités, accusations rejetées par le camp présidentiel.

Un scrutin qui laisse quelques zones d’ombre

La Zambie possède une tradition démocratique relativement solide. Depuis le retour du multipartisme en 1991, les changements de président se sont effectués par les urnes. Les observateurs internationaux ont décrit le scrutin de 2026 comme globalement pacifique, tout en formulant plusieurs critiques. La mission de l’Union européenne a notamment relevé des restrictions touchant certaines libertés fondamentales et des conditions de campagne jugées inégales.
Ces critiques sont particulièrement sensibles pour Hichilema. Avant de devenir président, celui-ci avait lui-même été une grande figure de l’opposition et avait connu plusieurs arrestations, dont une détention en 2017 après une accusation de trahison. Sa large victoire ne fera donc pas disparaître les interrogations concernant l’évolution politique du pays.

L’économie reste le véritable test

Le principal défi du président pourrait toutefois se trouver ailleurs : dans le portefeuille des Zambiens. Lorsque Hichilema arrive au pouvoir en 2021, la Zambie traverse une profonde crise financière. Le pays était devenu en 2020 le premier État africain à faire défaut sur sa dette souveraine pendant la pandémie de Covid-19. Depuis, son gouvernement a restructuré une grande partie de la dette, restauré la confiance de certains investisseurs et relancé plusieurs secteurs de l’économie. Mais ces améliorations macroéconomiques ne se traduisent pas encore suffisamment dans la vie quotidienne d’une partie de la population. Pauvreté, chômage et coût de la vie restent des préoccupations majeures. Brian Mundubile en a fait l’un de ses principaux arguments de campagne. Avec près de quatre électeurs sur dix derrière son principal adversaire, Hichilema obtient donc une victoire confortable, mais pas un blanc-seing.

Le cuivre pourrait changer le destin de la Zambie

Le deuxième mandat s’ouvre pourtant avec une opportunité considérable : le cuivre. La Zambie possède d’importantes réserves de ce métal devenu essentiel aux réseaux électriques, aux infrastructures et à l’électrification de l’économie mondiale. À mesure que la demande augmente, le pays attire davantage l’attention des grandes puissances et des investisseurs étrangers.
La Chine est déjà très présente dans les infrastructures et le secteur minier africain. Les États-Unis cherchent parallèlement à sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégiques, notamment à travers le développement du corridor de Lobito, qui doit améliorer les connexions entre les régions minières du continent et la côte atlantique. Cette compétition pourrait donner à Lusaka une nouvelle capacité de négociation. Mais elle soulève aussi une question essentielle : comment transformer la richesse du sous-sol en emplois et en amélioration concrète du niveau de vie ? C’est probablement sur ce terrain que se jouera réellement le deuxième mandat de Hakainde Hichilema. Après avoir stabilisé une économie lourdement endettée, le président doit désormais réussir une étape plus difficile : faire en sorte que la croissance et le retour des investisseurs soient ressentis par la population. Sa victoire électorale est nette. La bataille pour convaincre les Zambiens que le redressement économique profite réellement au pays, elle, ne fait que commencer.

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