Sanofi vend son usine d’Amilly : vers une pénurie d’aspirine ?

Le site d’Amilly sera repris par Astrea Pharma, un sous-traitant européen ayant récemment acquis deux autres usines en France.
Le 5 mars 2025, Sanofi a annoncé la mise en vente de son usine d’Amilly, située dans le Loiret. Ce site historique produit plusieurs médicaments phares du groupe, dont l’Aspegic et le Kardegic, utilisés pour leurs effets analgésiques et anticoagulants. Cette décision intervient cinq mois après la cession du Doliprane à un fonds américain et s’inscrit dans une stratégie d’externalisation des médicaments sans ordonnance.
Si Sanofi assure que cette opération n’aura aucun impact sur l’emploi, les syndicats et plusieurs responsables politiques pointent le risque de rupture d’approvisionnement et dénoncent une perte de contrôle sur des traitements essentiels. Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de l’industrie pharmaceutique française ?
Sanofi poursuit son désengagement de la production grand public
En octobre 2024, Sanofi cédait 50 % de sa filiale Opella, spécialisée dans les médicaments sans ordonnance, à Clayton, Dubilier & Rice (CD&R), un fonds d’investissement américain. Cette opération concernait notamment le Doliprane, déclenchant une vague de critiques et une enquête parlementaire.
La vente de l’usine d’Amilly s’inscrit dans cette même logique : Sanofi veut se concentrer sur les médicaments et vaccins innovants, laissant aux sous-traitants la production de traitements plus anciens.
Le site d’Amilly sera repris par Astrea Pharma, un sous-traitant européen ayant récemment acquis deux autres usines en France. Quant aux marques Aspegic, Kardegic et Cardirene, elles seront désormais commercialisées et développées par Substipharm, un laboratoire français.
Pénurie en vue ? Un scénario catastrophe redouté
L’usine d’Amilly a une importance stratégique : c’est le seul site en Europe capable de synthétiser le principe actif du Kardegic, un médicament utilisé par des millions de patients souffrant de maladies cardiovasculaires. Chaque année, 27 millions de boîtes sont vendues en France.
Le risque principal : une rupture d’approvisionnement.
Depuis plusieurs années, la France fait face à des pénuries récurrentes de médicaments, y compris pour des traitements courants comme le paracétamol et les antibiotiques. La cession d’un site stratégique à un opérateur externe, soumis à moins de contraintes nationales, pourrait aggraver la situation.
| Médicament | Indication principale | Production actuelle | Risque de pénurie ? |
|---|---|---|---|
| Doliprane | Antalgique (paracétamol) | Transférée à CD&R | Oui, si le nouvel opérateur privilégie l’export |
| Aspegic | Antalgique et anti-inflammatoire | En cours de cession à Substipharm | Incertitude |
| Kardegic | Prévention des maladies cardiovasculaires | Production unique en Europe à Amilly | Très élevé |
Face à ces inquiétudes, le gouvernement tente d’afficher sa vigilance. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a assuré que l’État surveille la situation de très près. Pourtant, aucune garantie formelle n’a été obtenue pour assurer un maintien de la production en France à long terme.
Après le Doliprane, l’Aspegic et le Kardegic : jusqu’où ira Sanofi dans sa politique de cession ? Si la multinationale assure que l’emploi est préservé et que l’approvisionnement restera stable, rien ne garantit que cette stratégie ne débouchera pas, à terme, sur une disparition progressive de la production en France.






