Installez-vous en Italie et gagnez 100 000 euros !

La province autonome de Trente, située dans le nord de l’Italie, a annoncé une initiative visant à revitaliser 33 de ses villages alpins confrontés à un déclin démographique. Cette mesure propose une subvention pouvant atteindre 100 000 euros pour l’achat et la rénovation de maisons abandonnées dans ces communes.
Le Trentin, région italienne qui paie pour être habitée
La mesure a tout d’un coup marketing, mais elle repose sur une réalité dramatique : 33 villages de la province de Trente comptent aujourd’hui plus de maisons vides que de foyers occupés. Dans certaines localités, les écoles ont fermé, les commerces ont disparu, et l’ambiance frôle celle d’un décor de cinéma abandonné. Pour enrayer l’érosion démographique, les autorités locales misent sur un plan inédit, soutenu par la loi budgétaire de 2024, avec 30 millions d’euros mobilisés, dont 10 millions d’euros rien que pour ce programme.
« Le but est de revitaliser des communautés locales et de promouvoir la cohésion territoriale », a déclaré Maurizio Fugatti, président de la province de Trente.
Une maison, un chèque de 100 000 euros… et dix ans de fidélité
La somme annoncée n’est pas versée sans conditions. L’Italie ne distribue pas des maisons contre promesse de vacances. Il s’agit d’un contrat, précis et contraignant.
Le montant se découpe en deux volets : 20 000 euros pour l’achat de la maison, 80 000 euros pour sa rénovation. En contrepartie, le bénéficiaire s’engage à résider dans le bien ou à le louer (hors courte durée) pendant dix années consécutives. Toute infidélité ou non-respect entraîne le remboursement intégral de la subvention.
L’écueil de cette proposition est en effet prévisible : les nouveaux propriétaires pourraient se spécialiser dans la location de courte durée. Les villages deviendraient des lieux touristiques au lieu d’être des lieux de vie.
Cerise sur le gâteau fiscal : seuls les Italiens vivant hors de la région, y compris à l’étranger, sont éligibles. Les habitants de Trente de moins de 45 ans, eux, sont expressément exclus. La mesure cible donc un public jeune et mobile, en quête d’ancrage territorial.
Des villages ciblés, pas une carte postale
Sur les 217 communes que compte la province, seules 33 ont été sélectionnées, parmi lesquelles Livo, Bresimo, Rabbi ou Vermiglio. Des localités parfois situées à proximité de stations de ski, parfois isolées à plus de 1 200 mètres d’altitude. Leur point commun ? Des rues désertées, des services publics en berne, et un tissu social à reconstruire.
« Ce sont des lieux à forte identité culturelle qui ont subi un déclin progressif de leur population », souligne Nicola Teofilo, journaliste à Immobiliare News. Il évoque « un cadre de vie unique et paisible dont beaucoup rêvent », mais prévient sur « la difficulté liée à l’éloignement des principaux services ».
Une mesure transposable en France ?
L’annonce italienne a suscité des commentaires jusqu’en France. Maël Bernier du site Meilleurtaux estime que le principe est « intéressant, mais ne peut réussir que si on recrée aussi des écoles, des transports, des soins. Elle rappelle qu’« en France aussi, des villages meurent faute de jeunesse et d’investissement local ». Pour Jean-Philippe Doux, consultant en habitat, ce plan pourrait inspirer certaines zones rurales françaises, « à condition de ne pas recréer des friches administrées ».
Plutôt que d’offrir des maisons à un euro, comme dans d’autres régions d’Italie, le Trentin a choisi de valoriser la restauration du patrimoine par un soutien massif. Un pari osé, qui repose sur une fidélité décennale et un attachement sincère au territoire. La liste des communes concernées sera rendue publique courant avril 2025. D’ici là, l’Italie attend ses nouveaux voisins, à condition qu’ils soient prêts à miser sur une autre idée du temps, loin des centres commerciaux et du très haut débit.





