Droits des voyageurs : vers une baisse des protections incluses dans le prix ?

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Droits des voyageurs : vers une baisse des protections incluses dans le prix ? © Speedy life

La principale faiblesse du dispositif actuel réside paradoxalement dans sa méconnaissance.

Alors que l’Union européenne s’apprête à réviser le règlement encadrant les indemnisations en cas de retards ou d’annulations de vol, une inquiétude grandissante gagne les associations de consommateurs. La réforme envisagée pourrait exclure des millions de passagers du droit à indemnisation, tout en laissant inchangé le prix payé pour voyager.

L’Europe réécrit les règles du ciel : une réforme en passe de décoller

Mis en place en 2004, le règlement européen (CE) n° 261/2004, dit EU261, encadre les droits des passagers en cas de perturbation de leur vol. Il garantit, sous certaines conditions, des indemnisations pouvant aller jusqu’à 600 euros, dès trois heures de retard. Mais depuis plusieurs mois, une réforme de ce cadre légal est en discussion à Bruxelles. Elle prévoit notamment de relever les seuils ouvrant droit à compensation : cinq heures pour les vols de moins de 1 500 kilomètres, neuf heures pour ceux entre 1 500 et 3 500 kilomètres, et jusqu’à douze heures au-delà.

Ces changements ne sont pas anodins. Selon une estimation citée dans une enquête d’AirAdvisor publiée le 5 mai 2025, environ 75 % des passagers actuellement éligibles seraient exclus du dispositif si ces seuils étaient adoptés. À cela s’ajoute un accroissement des cas d’exemptions où les compagnies pourraient échapper à leur obligation de rembourser.

Une compensation intégrée au prix, mais menacée de disparition

Le débat sur la réforme soulève une question de fond : que paie réellement un passager quand il achète un billet d’avion ? Selon les données disponibles, le coût moyen de l’application de l’EU261 pour les compagnies serait d’environ 4 euros par billet. Un montant dérisoire comparé aux prix pratiqués sur le marché aérien, mais qui garantit aux passagers une protection en cas d’imprévu.

Ce filet de sécurité, inclus dans le tarif, joue un rôle d’autant plus crucial que seulement 13 % des voyageurs français déclarent avoir recours à une assurance voyage privée. Et ces couvertures, souvent inadaptées aux revenus modestes, ne remplacent en rien la compensation forfaitaire prévue par l’Union européenne. Pour une famille de quatre personnes, le coût d’une telle assurance peut atteindre 180 euros, contre 16 euros pour la couverture implicite via l’EU261.

Ainsi, la réforme reviendrait à supprimer une protection sans diminuer le prix payé, une forme de régression du droit sans contrepartie financière.

Des passagers peu informés mais massivement opposés

La principale faiblesse du dispositif actuel réside paradoxalement dans sa méconnaissance. Selon la même étude, seuls 50 % des Français savent qu’ils ont droit à une indemnisation en cas de retard ou d’annulation de vol. Et seuls 12 % ont déjà entamé des démarches pour la réclamer. Ce déficit d’information, que les compagnies n’ont guère cherché à combler, empêche une pleine effectivité du règlement.

Pourtant, lorsqu’ils sont informés, les voyageurs rejettent massivement la réforme : 92 % d’opinions défavorables au recul des droits, et 67 % qui réclament même un renforcement du dispositif. Plus frappant encore, les jeunes de 18 à 26 ans — souvent présentés comme moins politisés — se montrent les plus intransigeants : 94 % d’entre eux désapprouvent tout affaiblissement de leurs droits une fois ceux-ci portés à leur connaissance.

Un recul social sous couvert de simplification réglementaire

Derrière les objectifs officiels — alignement des normes, clarification des obligations — la réforme semble motivée par un intérêt économique des compagnies aériennes, confrontées à une hausse du trafic passagers et à une pression croissante sur leur rentabilité. En 2024, près de 287 millions de passagers ont subi un retard ou une annulation de vol en Europe, dont 30 millions en France. L’indemnisation potentielle représente un risque financier réel pour les transporteurs, d’autant plus que ces retards sont en augmentation.

Mais pour les défenseurs des consommateurs, il ne s’agit pas de “simplification”. Anton Radchenko, PDG d’AirAdvisor, prévient : « L’EU261 est un symbole de la protection des consommateurs européens. Affaiblir ce règlement nuirait à la confiance des passagers, à la responsabilité des compagnies et à la réputation de l’UE. Ce n’est pas une réforme, c’est un recul ».

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