Bien-être

Alimentation : Zoom sur le plaisir alimentaire des enfants


Clarisse Rosius
Vendredi 15 Décembre 2017




Les chercheurs de l'Inra ont montré que les enfants associant plutôt l'alimentation au plaisir font les choix de meilleure qualité nutritionnelle. Ces résultats suggèrent que le plaisir alimentaire pourrait servir de levier dans des interventions visant à encourager la consommation d'aliments « bons pour la santé » chez les enfants.


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Plaisir et santé sont deux concepts souvent opposés lorsqu'il est question d'alimentation, notamment chez l'enfant. Or, des chercheurs de l'Inra ont montré que les enfants associant plutôt l'alimentation au plaisir font les choix de meilleure qualité nutritionnelle. Ces résultats suggèrent que le plaisir alimentaire pourrait servir de levier dans des interventions visant à encourager la consommation d'aliments « bons pour la santé » chez les enfants. Ces travaux viennent d'être publiés dans la revue International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity.

Dans un contexte d'amélioration de l'état de santé de la population, les campagnes de santé publique - à destination des enfants notamment - portent surtout sur les valeurs nutritionnelles des produits, en les répartissant dans deux catégories : les produits « sains » versus les produits « gras/sucrés ». Dès leur plus jeune âge, les enfants acquièrent des valeurs nutritionnelles envers l'alimentation mais également des valeurs hédoniques, c'est-à-dire liées au plaisir (dont on distingue trois dimensions : sensorielle, cognitive et sociale).

Une attitude hédonique envers l'alimentation chez les enfants constitue-t-elle une menace ou au contraire un atout pour une meilleure alimentation ?

Pour étudier ce lien entre plaisir et santé, les chercheurs de l'Inra ont mené une expérimentation auprès d'une soixantaine d'enfants âgés de 5 à 11 ans. Les scientifiques ont mesuré la dominance « hédonique » ou « nutritionnelle » des attitudes des enfants envers leur alimentation au moyen d'un nouvel outil sur tablette tactile composé de deux jeux. Le premier jeu est une tâche d'association consistant à choisir les deux aliments qui vont le mieux ensemble parmi trois selon des critères hédoniques ou nutritionnels. Le second est une tâche de catégorisation consistant à classer des aliments dans les catégories suivantes : « ça donne des forces », « ça fait grossir », deux catégories nutritionnelles, ou « c'est miam », « c'est beurk », deux catégories hédoniques.

De plus, les scientifiques ont proposé un buffet à l'heure du goûter à ces mêmes enfants. Le buffet était composé d'aliments de plus ou moins bonne qualité nutritionnelle : des fruits, mais aussi des gâteaux et des bonbons. Les enfants devaient se constituer un goûter avec 5 assiettes au choix. Ils partageaient ensuite leur goûter ensemble.

Les résultats montrent que les enfants qui associent le plus l'alimentation au plaisir sont ceux qui font les choix de meilleure qualité nutritionnelle : ils ont choisi en moyenne une portion de fruits en plus que les enfants qui ont les attitudes les plus nutritionnelles.

Ces résultats sont en rupture avec l'idée largement répandue selon laquelle acquérir « une conscience nutritionnelle » dès le plus jeune âge serait le garant d'une alimentation favorable à la santé. Ces travaux suggèrent au contraire que le plaisir alimentaire pourrait servir de levier dans des interventions visant à encourager la consommation d'aliments favorables à la santé de l'enfant.

Les chercheurs travaillent à présent à la mise en place d'interventions chez l'enfant basées sur le plaisir et visant à revaloriser affectivement les aliments sains pouvant être proposé aux enfants lors du goûter, un repas primordial dans le rythme alimentaire de l'enfant français et généralement propice à la consommation d'aliments gras et sucrés.


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