Tendances

Chez les petits artisans, la fourrure fait un four


Béatrix Foisil-Penther
Mercredi 23 Décembre 2015




Entre les pourfendeurs de la fourrure et la concurrence asiatique, les temps sont durs pour les petits artisans fourreurs.


On ne parle pas ici des grandes maisons de luxe. Quand il s’agit de fourrure, pour elles, les voies sont toutes tracées. Elles ont su s’adapter à un virage de style à 360 degrés, avec force créatifs et designers à la clé. Là où ça roule moins, en revanche, c’est pour les petits artisans fourreurs. Aux prises avec les anti-fourrure, d’un côté, et la concurrence asiatique, notamment chinoise, de l’autre, le business s’est réduit comme peau de chagrin. C’est en substance ce qu'Hélène, à la tête d'une boutique-atelier dans le 10ème arrondissement de Paris, ancien épicentre du commerce et de la fabrication de fourrure, a expliqué à M Le Magazine du Monde : depuis plusieurs années, « je ne vends pratiquement plus rien à des particuliers. » Si en plus, on prend en compte les températures quasiment printanières en ce début d’hiver, 13 degrés à Paris le 23 décembre, il n’y a plus qu’à mettre la clé sous la porte.
 
La faute à la production. Elle « est partie en Chine », ajoute Hélène. Moins chère de fait, et plus importante, voire de masse. Par ailleurs, « la transformation stylistique opérée chez les grands fourreurs, soucieux de prendre un virage mode pour perpétuer leur activité, n’a pas eu lieu ici », peut-on lire dans M. Là dessus, est venu se greffer un mouvement radicalement anti-fourrure. Pourtant, Alain Beaumet qui possède une boutique rue du Faubourg-Poissonnière, dit à : « il faut être honnête, ce que racontent les associations, ce sont des conneries. Nos peaux viennent d’élevages, pas d’animaux sauvages, et ils ne sont pas maltraités. S’ils l’étaient, les pelages seraient de très mauvaise qualité.  » Des propos qui rejoignent ceux des cousins Yannis et Dimitrios : « faire des pièces luxueuses revient à sublimer la toison de l’animal, et son existence. »

Aujourd’hui, tous s’accordent à dire que le salut viendra de l’Internet. Car la fourrure, « un produit de riches, entre les mains de pauvres  », n’a plus l’aura qu’elle avait : « dans les années 1980, toutes les femmes voulaient une fourrure, les gens se privaient de plein de choses pour se la payer. De nos jours, ils veulent encore de la fourrure, mais pas se priver pour l’avoir.  » Avec l’immédiateté d’Internet, « marge et flexibilité » sont plus importantes, explique Dimitrios. Avec ces nouveaux outils, « je peux savoir en temps réel ce qui marche et adapter ma fabrication pour vendre plus. » CQFD.


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