Entreprises du CAC 40 : les femmes de plus en plus aux commandes

Dans les hautes sphères des grandes entreprises françaises, les femmes progressent. Mais à quel prix ? Derrière les quotas et les avancées législatives, les chiffres révèlent une réalité plus contrastée. Entre véritables opportunités et simples ajustements cosmétiques, la féminisation du CAC 40 cache des complexes dynamiques, loin de l’égalité annoncée.
Le 1er janvier 2024, la féminisation des instances dirigeantes du CAC 40 atteint un nouveau palier. Selon l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises, les femmes représentent désormais 27,98 % des comités exécutifs des entreprises du CAC 40, contre seulement 9,5 % en 2014. Une avancée indéniable, mais qui cache encore de nombreux freins à l’accession des femmes aux postes les plus élevés. L’impact de la loi Rixain et les stratégies des entreprises pour intégrer davantage de femmes à leurs effectifs suscitent autant d’enthousiasme que de critiques. Qu’en est-il vraiment ? Décryptage.
État des lieux de la féminisation des entreprises du CAC 40
Les chiffres sont clairs : les femmes restent sous-représentées aux plus hauts niveaux de gouvernance. Sur les 80 postes de Président-Directeur Général, de Président ou de Directeur Général des entreprises du CAC 40, seules cinq femmes occupent des postes de pouvoir, soit 6,25 %, un taux identique à 2023. Aucune femme n’est PDG, un chiffre qui fait désordre à l’heure des discours sur la parité.
Si la féminisation des comités exécutifs progresse avec 27,98 % de femmes en 2024, certaines entreprises font figure de bons élèves tandis que d’autres traînent encore des pieds :
- Entreprises dépassant 40 % de femmes au Comex (Comité exécutif) : Engie, Kering, Pernod Ricard, Schneider Electric et Société Générale.
- Entreprises entre 30 % et 40 % : Accor, Axa, BNP Paribas, Carrefour, Crédit Agricole, Dassault Systèmes, Edenred, Hermès, L’Oréal, Michelin, Publicis, Orange, Saint-Gobain et Vivendi.
- Une entreprise sans aucune femme au Comex : EssilorLuxottica.
Les entreprises semblent ainsi osciller entre une véritable volonté d’inclusion et contrainte légale imposée par la loi Rixain, qui exige 30 % de femmes au Comex en 2026 et 40 % en 2029. Et pour se conformer à ces quotas, certaines n’hésitent pas à augmenter artificiellement le nombre de sièges au Comex plutôt que de promouvoir de véritables talents féminins.
Plafond de verre : une lente érosion
Le plafond de verre, indicateur de la difficulté pour les femmes d’accéder aux plus hautes responsabilités, a été divisé par deux en 16 ans, passant de 21,82 en 2008 à 9,97 en 2024. Toutefois, certaines entreprises continuent à cristalliser ces inégalités :
- LVMH : prix citron du plafond de verre avec seulement 12,50 % de femmes au Comex, alors que 65 % de ses cadres sont des femmes.
- Safran : prix orange de la promotion professionnelle, avec 26,32 % de femmes au Comex, quasiment en adéquation avec la proportion de femmes cadres dans l’entreprise.
Féminisation et ghettoïsation
Une autre tendance se dessine : la polarisation des entreprises. Certaines deviennent de véritables « ghettos roses », où les effectifs sont majoritairement féminins (ex : L’Oréal, Hermès, BNP Paribas, Danone ), tandis que d’autres masculins restent à outrance (ex : Airbus, Renault, Vinci, TotalEnergies). Résultat : les femmes progressent, mais souvent dans des secteurs et des fonctions où elles sont déjà surreprésentées, ce qui limite la mixité réelle des entreprises.
Pourquoi les entreprises féminisent-elles leurs effectifs ?
Si la pression réglementaire joue un rôle, la féminisation des entreprises ne repose pas uniquement sur des obligations légales. Plusieurs facteurs expliquent cet intérêt croissant des grandes entreprises pour la mixité.
Un enjeu économique
Les études montrent que les entreprises plus féminisées sont plus performantes. Selon l’Observatoire SKEMA :
- La rentabilité opérationnelle des entreprises est positivement corrélée à la féminisation, notamment au niveau du middle-management (coefficient de corrélation : 0,4628).
- Les entreprises dont le Comex est le plus féminisé affichent une rentabilité opérationnelle de 23,55 % contre seulement 11,93 % pour les moins féminisées.
- Les marchés financiers les jugent aussi plus attractives : leur PER (Price Earning Ratio) est supérieur (23,76 contre 22,35 pour les moins féminisées).
Un enjeu d’image et de réputation
Les attentes des consommateurs évoluent. 50 % des consommateurs sont des consommatrices, et une entreprise plus féminisée est perçue comme plus proche de ses clients. De plus, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont devenus des leviers clés pour attirer les investisseurs et les talents. Ainsi :
- Les risques RSE des entreprises les plus féminisées sont 29,70 % inférieurs à ceux des moins féminisées.
- Le risque environnemental est de 60,75 % plus faible pour les entreprises aux Comex féminisées.
Un levier de rétention des talents
Les entreprises mettent également l’accent sur la stabilité des effectifs. Les femmes, en moyenne, démissionnent moins que les hommes, ce qui permet une meilleure conservation des compétences et une rentabilisation des investissements en formation.
Féminisation : quels gains pour la rentabilité et la performance ?
Loin d’être un simple effet de mode ou une obligation légale, la féminisation des entreprises produit des effets concrets sur leur performance économique et sociétale.
Des bénéfices économiques avérés
- Les entreprises dont l’encadrement est le plus féminisé enregistrent une rentabilité opérationnelle moyenne de 22,80 %, contre 10,99 % pour les moins féminisées.
- Les risques liés à la RSE et à l’environnement diminuent significativement avec la féminisation des effectifs.
- Le salaire moyen dans les entreprises les plus féminisées est supérieur de 24,37 % par rapport à celles qui le sont le moins.
Un impact plus marqué au middle-management qu’au Comex
L’étude révèle une corrélation plus forte entre la mixité du middle-management et la performance que celle du Comex :
- Féminisation du Comex et rentabilité : corrélation de 0,3746.
- Féminisation de l’encadrement et rentabilité : corrélation de 0,4628.
- Féminisation des effectifs et rentabilité : corrélation de 0,5180.
Ce qui signifie que l’influence des femmes sur la performance ne se limite pas aux instances dirigeantes. La diversité au sein du middle-management et des effectifs globaux est encore plus déterminante.





