Une interdiction récente, des restaurateurs pris de court
Le 1er juillet 2025, le gouvernement français a officiellement élargi l’interdiction de fumer à plusieurs lieux publics extérieurs, dans le cadre de sa politique de lutte contre le tabagisme. Parcs, plages surveillées, abords des écoles ou encore équipements sportifs sont désormais concernés. Les contrevenants s’exposent à une amende de 135 euros, tandis que les responsables d’établissements n’ayant pas signalé l’interdiction risquent jusqu’à 750 euros.
Cette mesure n’a pas épargné le secteur de la restauration, bien qu’en apparence, les terrasses des cafés et restaurants aient été exclues du champ d’application. Dans les faits, la situation s’avère plus complexe. Comme l’a révélé l’UMIH, principal syndicat du secteur, des « situations absurdes » se multiplient. L’organisation cite, par exemple, deux établissements voisins situés sur des plages adjacentes : l’un, sur une plage interdite à la baignade, autorise la cigarette, l’autre, sur une zone surveillée, en est empêché.
Cette inégalité de traitement a poussé l’UMIH à adresser une lettre ouverte à la ministre du Travail, Catherine Vautrin, réclamant une « ouverture d’une concertation immédiate ». Le syndicat déplore un manque de dialogue et une complexité réglementaire croissante, en particulier pour les professionnels qui doivent expliquer ces règles mouvantes à une clientèle de plus en plus confuse.
Un soutien public marqué, mais un climat économique tendu
Les restaurateurs doivent également composer avec une opinion publique majoritairement favorable aux espaces sans tabac. D’après une étude YouGov relayée par TF1 Info (28 mai 2025), environ 68 % des Français soutiennent l’interdiction de fumer sur les terrasses. Cette proportion atteint même 79 % chez les 18-24 ans. Des données qui renforcent la pression sur les professionnels, contraints de s’adapter à une clientèle en mutation.
Pour les défenseurs de la santé publique, les terrasses représentent un angle mort de la législation. L’Alliance contre le tabac n’a pas caché son indignation face à leur exclusion de l’interdiction, dénonçant « de véritables aquariums à fumée et à fumeurs » (Le Monde, 31 mai 2025). L’association rappelle que le tabagisme tue 75 000 personnes par an en France et coûte 156 milliards d’euros à la société.
Le constat est partagé par l’organisation DNF (Demain sera Non-Fumeur), qui milite activement pour des terrasses sans fumée. « Une terrasse sans tabac, c’est une bulle de bien-être. C’est un choix commercial gagnant, une posture alignée sur les attentes de la société », affirme-t-elle dans un rapport publié le 30 mai 2025. Elle précise que 68 % des terrasses couvertes ou semi-couvertes contrôlées à Paris ne respectaient pas les règles en vigueur en 2024.
Malgré cette évolution des attentes sociétales, les syndicats du secteur insistent sur les conséquences économiques. Catherine Quérard, présidente du GHR (Groupement des hôtelleries et restaurations), rappelle que « nos terrasses ouvertes […] réalisent en moyenne 30 % de leur chiffre d’affaires. Se priver des fumeurs […] aurait de lourdes conséquences », comme le rapporte Tendance Hôtellerie. Pour de nombreux établissements, notamment dans les zones touristiques, la terrasse représente un espace vital pour la rentabilité, en particulier en période estivale.
Entre contraintes réglementaires et incertitudes commerciales
La difficulté principale pour les restaurateurs réside dans la mise en œuvre concrète du décret. Si les terrasses semblent juridiquement exclues de l’interdiction, la réalité du terrain impose des ajustements. Dans certains cas, les municipalités appliquent des règles locales restrictives, rendant la situation encore plus confuse pour les gérants et leurs équipes. Cette cacophonie réglementaire accentue la crainte d’amendes, voire de contrôles répétés.
À cela s’ajoute la pression d’une clientèle de plus en plus attentive à la qualité de l’environnement. Les consommateurs non-fumeurs, désormais majoritaires, expriment de plus en plus leur mécontentement lorsqu’ils sont exposés à la fumée sur une terrasse. Cette tension latente entre usagers nourrit un climat d’incompréhension. Pour les restaurateurs, il devient alors délicat de concilier satisfaction client, obligations sanitaires et rentabilité.
Face à ces enjeux croissants, l’UMIH appelle à un changement de méthode. Dans son communiqué du 20 août 2025, le syndicat plaide pour « le dialogue plutôt que l’imposition, la co-construction plutôt que la surprise réglementaire ». Il souhaite qu’une réflexion soit menée pour mieux articuler les impératifs de santé publique avec les réalités économiques du secteur.
Pour l’heure, aucune réponse officielle n’a été formulée par le gouvernement. Les professionnels, eux, continuent de gérer au quotidien les conséquences d’une mesure aux contours flous, mais aux impacts très concrets. Alors que la saison estivale bat son plein, la tension monte d’un cran sur les terrasses françaises.
©speedylife
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