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Le « ghosting », ou la rupture par disparition numérique


Mardi 22 Septembre 2015




Aujourd’hui, on peut mettre fin à une relation amoureuse, en choisissant le ghosting, soit rompre en disparaissant du jour au lendemain, sans communiquer.


À l’ère digitale, c’est surprenant. Quoi ? Le principe de rompre, de plaquer quelqu’un avec qui on vit une relation amoureuse depuis parfois des années, sans un mot. On s’évapore dans la nature. Et plus un tweet, plus un mail, plus un SMS n’est envoyé à son ex-amoureux(se). Parfois même, on ferme son compte Facebook. À la rubrique people, Sean Penn a fait récemment les frais de cette méthode radicale. Sa compagne Charlize Theron, aurait mis un terme à leur relation by ghosting comme cela se dit en Anglais : Charlize Theron ended her relationship with Sean Pean by ghosting, rapporte le New York Times. By ghosting ? En faisant le fantôme en somme. Et de fait, « de plus en plus de gens rompent sans aucune explication » rapporte le site de madame.lefigaro.fr qui consacre un long papier à ce phénomène.
 
Signe des temps ? C’est paradoxal à l’heure de l’hyperconnexion, de s’exprimer par un silence, même s’il est éloquent. Cela s’apparente à un genre de « disparition numérique. » Osons aussi le terme de détox amoureuse. Dans tous les cas, on « organise sa propre disparition, physique et virtuelle » sans avertissement préalable. C’est une nouvelle façon de faire, une nouvelle habitude. Les deux s’ancrent dans l’air du temps. À tel point que le New York Times se fait l’écho de cette évolution des mœurs. Elle paraît un rien lâche. Pire que de larguer ou de se faire larguer par texto. À l’ère 2.0, on se protège donc derrière le tout numérique. Un comportement pas forcément masculin, car 23% des femmes s’évaporeraient dans la nature, contre 17% des hommes, selon l’édition américaine de Elle. Rappelons que de plus en plus, les relations amoureuses naissent et s’amplifient par le biais des outils numériques : on swipe et on match sur Tinder, on like sur Facebook. Et puis on finit par ghoster.
 
Interrogée par le site du Figaro, la psychothérapeute Elisabeth Joy LaMotte dénonce le rôle des réseaux sociaux : « les technologies ont amplifié notre inclination à ghoster. Facebook, Twitter et Instagram facilitent le partage de détails intimes avec les autres. En même temps, on n’a jamais passé aussi peu de temps à communiquer directement dans nos relations les plus intimes. » Lisa Letessier, psychologue spécialisée en thérapie comportementale, et auteur de La rupture amoureuse paru chez Odile Jacob, ajoute : « le coup de la disparition a toujours existé, mais les gens ont de plus en plus de mal à faire face à des discussions émotionnelles, douloureuses (…) ce n’est pas de la lâcheté, c’est plutôt le signe d’une personnalité évitante, qui a tendance à fuir les conflits et les discussions qui vont provoquer des émotions. Mais on peut aussi mettre dans le même panier les personnes qui ont peur de l’engagement… » Dans tous les cas, on peut avoir peur des fantômes, car ghoster s'avère effrayant.
 

Béatrix Foisil-Penther
Journaliste, rédactrice, conceptrice, auteur et literary scout. En savoir plus sur cet auteur



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