Pourquoi ce filtre UV présent dans les crèmes solaires et le maquillage inquiète les autorités

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Longtemps considéré comme un allié indispensable des étés ensoleillés, l’octocrylène, filtre UV omniprésent dans les crèmes solaires, le maquillage et les soins du quotidien, est désormais pointé du doigt. L’Anses appelle à le réduire drastiquement.

Le 2 octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis qui pourrait transformer en profondeur nos gestes quotidiens : l’octocrylène, filtre UV star des cosmétiques, devrait être drastiquement réduit dans les produits vendus en Europe. Soupçonné d’effets néfastes sur l’environnement et potentiellement sur la santé humaine, ce composant se retrouve dans près d’un tiers des solaires et dans une large gamme de soins.

Un filtre UV omniprésent dans l’univers de la beauté

L’octocrylène appartient à la famille des filtres UV organiques. Son rôle est double : il absorbe les rayons du soleil pour limiter leurs effets nocifs sur la peau et stabilise d’autres ingrédients sensibles à la lumière. Sa polyvalence explique pourquoi il a été massivement adopté par les laboratoires cosmétiques.

On le retrouve dans des crèmes solaires classiques, mais aussi dans les fonds de teint longue tenue, les crèmes de jour, les laits hydratants et certains parfums. Selon les estimations de l’Anses, près de 30 % des produits solaires en contiennent. Chaque année, ce sont plus de 1 500 tonnes qui sont utilisées rien qu’en Europe.

Jusqu’ici, la réglementation autorisait son usage jusqu’à 10 % dans une formule cosmétique (9 % pour les sprays), seuil jugé sûr par le comité scientifique européen (SCCS) en 2021. Mais ce plafond n’avait pas pris en compte l’accumulation de la molécule dans l’environnement ni ses effets potentiels sur la santé à long terme.

Les risques environnementaux et sanitaires pointés par l’Anses

L’Anses parle de « risques inacceptables » pour les organismes aquatiques. Lors des baignades ou simplement en se douchant après une journée ensoleillée, le filtre UV est libéré dans l’eau. Il se retrouve ensuite dans les boues issues des stations d’épuration, parfois utilisées comme fertilisants, ce qui entraîne une exposition persistante des sols et de la faune.

Sur le plan sanitaire, les inquiétudes portent sur des effets possibles sur la thyroïde, une toxicité pour la reproduction et un rôle de perturbateur endocrinien. Les données manquent pour établir une certitude, mais pour l’Anses, la balance bénéfice-risque n’est plus tenable.

Comment savoir si vos produits contiennent de l’octocrylène ?

La bonne nouvelle, c’est qu’il est facile de vérifier. Sur les emballages, l’ingrédient apparaît sous le nom « octocrylene » ou via son code CAS 6197-30-4. Pour les consommateurs soucieux de leur santé et de l’environnement, le premier réflexe consiste donc à lire attentivement la liste des ingrédients. En pharmacie, en parapharmacie ou en grande surface, les gammes évoluent rapidement.

Plusieurs marques proposent déjà des solaires et des maquillages garantis sans octocrylène, ce qui permet de continuer à se protéger efficacement tout en réduisant son exposition à cette molécule controversée. L’offre s’élargira encore si les restrictions européennes entrent en vigueur.

Quelles alternatives pour les fabricants et les consommateurs ?

Pour l’industrie, la transition ne sera pas sans effort. L’Anses chiffre le surcoût de la substitution à environ 39 millions d’euros par an entre 2027 et 2036, soit 0,04 % du chiffre d’affaires cosmétique européen de 2023. D’autres estimations avancent 111 millions d’euros pour une transition sur deux ans, ou 165,74 millions sur cinq ans.

Ces sommes, relativement modestes à l’échelle d’un secteur très rentable, devraient être absorbées sans grande difficulté. D’autant que des filtres alternatifs existent déjà, bien qu’elles ne soient pas forcément exemptes d’inconvénients : dioxyde de titane, oxyde de zinc ou filtres organiques plus récents. Certains sont déjà utilisés dans des produits « minéraux » ou dans des formulations dites respectueuses de l’environnement marin.

Pour le consommateur, cette évolution se traduira par un choix plus large de produits sans octocrylène. Le défi sera d’identifier les alternatives qui conjuguent efficacité solaire, sécurité d’usage et texture agréable — car une protection efficace doit aussi être plaisante à appliquer pour être adoptée au quotidien.

Vers une décision européenne en 2027

La proposition française a été transmise à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Une consultation publique est ouverte jusqu’au 24 mars 2026. Industriels, ONG, scientifiques et particuliers peuvent donner leur avis.

La décision finale est attendue pour 2027. Si la concentration autorisée est abaissée à un niveau trop faible pour être efficace, l’octocrylène deviendra de facto inutilisable. Les marques devront alors reformuler massivement leurs gammes de solaires, de soins et de maquillage.

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